Madagascar : Ultimatum de l'armée à la Haute autorité de transition

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Andry-Rajoelina.jpgLes forces armées malgaches ont demandé lundi aux autorités en place à Madagascar de publier une "feuille de route précise" pour sortir de la crise.
La Grande muette somme les autorités et la classe politique de trouver une issue à la situation de crise qui s'enlise. La fin du mois d'avril sera la date limite pour voir une feuille de route précise, assortie d'un délai d'exécution d'une transition organisant les élections reconnues par la communauté internationale.
« Les forces armées (...) ont mis en place un espace pour sortir de cette crise profonde que nous traversons par la rencontre, suivie de débat et de prise de responsabilité immédiate, avec les autorités compétentes, et ont demandé par conséquent aux autorités de la HAT (Haute autorité de transition) de publier une feuille de route précise que l'on peut vérifier », a annoncé le général André Andrianarijaona, chef d'état-major, dans une déclaration à la presse.
Aucune date n'a été précisée concernant le calendrier demandé par l'armée, dont les hauts dignitaires ont rencontré lundi matin Andry Rajoelina, président de la HAT.
L'armée demande des précisions concernant "les projets et les voies et moyens pour sortir de la crise" ainsi que sur les "moyens financiers pour matérialiser les nombreux défis de l'Etat, comme les salaires des fonctionnaires, les élections à venir, les investissements publics, etc, même si les aides extérieures sont suspendues".
Cette déclaration intervient alors que la situation politique semble dans l'impasse et que de nombreuses rumeurs circulent concernant un possible coup d'Etat.
La semaine dernière, le ministre des Forces armées avait été limogé, mais le général Andrianarijaona ne s'est pas exprimé sur ce point, refusant les questions des journalistes.
« Nous demandons à toute la population de rester calme face à tout ce qui pourrait se produire, de ne pas se laisser influencer par les rumeurs des détracteurs et de viser les intérêts supérieurs de la nation », poursuit le texte.
« Nous lançons un appel aux hommes politiques à mettre un terme immédiatement aux manifestations de rue et à bâtir ensemble pour mettre en place une nation commune, conformément au délai accordé (fin 2010, Ndlr) au régime actuel pour qu'il puisse réaliser son défi », indique aussi le document.
Le général Andrianarijaona était accompagné du général Bruno Razafindrakoto, commandant de la gendarmerie nationale.
Madagascar est plongée dans une crise politique grave depuis fin 2008, qui a conduit à l'éviction en mars 2009 de Marc Ravalomanana et à son remplacement par son principal opposant et ex-maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, soutenu par l'armée.
Alors que des accords politiques avaient été signés l?an passé à Maputo et Addis Abeba, Andry Rajoelina est sorti de ce cadre pour annoncer unilatéralement l'organisation d'élections législatives au plus vite, processus contesté par l?opposition et la majeure partie de la communauté internationale.
«Nous lançons un appel aux hommes politiques de mettre fin aux mouvements de rue et de contribuer à la construction d'une Nation pour tous, selon un calendrier que nous avons remis au gouvernement afin de réaliser le défi», a souligné le général André Ndriarijaona, chef de l'État-major général de l'armée (CEMGAM), hier après-midi à Soanierana.
Le général André Ndriarijaona a lu un communiqué résumant la position des Forces armées, après la rencontre des hauts gradés avec Andry Rajoelina, président de la Haute autorité de la transition, quelques heures plus tôt à Iavoloha. Pendant la déclaration, il a été entouré du général Bruno Razafindrakoto, commandant de la Gendarmerie et quelques autres officiers .
Le CEMGAM a évité de préciser le calendrier. Il s'est gardé d'évoquer la décision des Forces armées en cas de non-respect du délai. En tout cas, les militaires et les gendarmes ont demandé 48 heures à Andry Rajoelina pour publier la feuille de route.Mais après discussions, tout le monde s'est mis d'accord pour attendre jusqu'à la fin du mois. Pour ce faire, la Grande muette ne s'impliquera pas d'une manière directe dans la médiation, mais va suivre de près la mise sur les rails du processus, qui devrait être reconnu par la communauté internationale.
Rajoelina prend acte
Le général André Ndriarijaona a dressé le contour des attentes des Forces armées. Il s'agit de la clarification des «voies et moyens pour la sortie de crise». Il en est de même de l'obligation assignée au gouvernement de «rassembler toutes les forces vives (...) condition nécessaire pour une élection libre et transparente, acceptée par la population malgache et la communauté internationale».
Dans le communiqué de la présidence de la HAT, parvenu dans la soirée, Andry Rajoelina affirme avoir «pris acte» de l'interpellation. Il a en même temps «exhorté les militaires d'interpeller également les autres Forces vives de la Nation pour que la volonté de trouver une solution consensuelle n’aille pas à sens unique».
La démarche de la Grande muette intervient au moment où la pression sur elle s'intensifie. Les rumeurs de coups d'État militaire se sont amplifiées, tandis que l'appel à la constitution d'un gouvernement militaro-civil devient de plus en plus insistant. Les mésententes entre certains gradés deviennent plus fréquentes, comme c'est le cas entre le Premier ministre Camille Vital et le général Noël Rakotonandrasana ou encore entre les colonels Charles Andrianasoavina et René Lylison.
L'interpellation arrive au moment où la mise en place d'un gouvernement d'ouverture, annoncé depuis fin février tarde à voir le jour. Des voix discordantes au sein du pouvoir se font entendre, critiquant la feuille de route annoncée lors de l'atelier d'Ivato. Or, après la sanction, plutôt symbolique, de l'Union africaine, l'Union européenne, s'apprête également à se positionner sur le cas de Madagascar d'ici le mois de mai.

Cyberpresse

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