GÉNOCIDE RWANDAIS: pour un devoir de vérité, contre l'impunité et l'oubli

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Genocide-Rwanda.jpgLorsque l’avion du Président Juvénal HABYARIMANA accompagné de son homologue burundais Cyprien NTARYAMIRA est abattu en plein vol le 6 avril 1994, tous les experts avertis qui suivaient la situation politique dans la région des grands lacs savaient que le sort des Tutsi rwandais était scellé. Mais ce qu’ils étaient loin de s’imaginer, c’est l’ampleur du massacre qui allait suivre.

En effet, les enquêtes les plus sérieuses démontrent que le cap du million de morts a largement été dépassé avec la découverte continue de charniers, sans compter celles et ceux qui ont été démembrés ou défigurés sous la torture et ces rescapés qui continuent à être hanté chaque nuit dans leur sommeil par ce qui commence à être accepté enfin comme un génocide dans les cercles négationnistes de l’establishment européen.

Mais comment en est-on arrivé à cette journée d’horreur du 7 avril 1994 qui a été le point de départ de ce pogrom à grande échelle où 80% de la population Tutsi a été exterminé dans une indifférence presque généralisée? A cette question, les organisations « humanitaires », les gouvernements et les Institutions internationales qui ont été accusés de « complicité de génocide » ont botté en touche, en se renvoyant la balle ou en se cachant derrière des commissions d’enquête aux résultats pipés d’avance.

S’il est probable que la cause immédiate de ce carnage à ciel ouvert a été l’attentat contre le Président rwandais, il demeure que l’orientation politique, l’organisation économique et le fonctionnement social de son régime étaient exclusivement tournés vers la satisfaction des besoins de supériorité ethnique et économique de la couche dirigeante et de sa base parasitaire. Cela a beaucoup accéléré le réveil brutal des germes virulents d’une épuration ethnique savamment inoculés bien avant l’indépendance politique du Rwanda qui fait partie de ces rares pays où l’appartenance ethnique apparaissait clairement indiquée sur la carte d’identité. Cette pratique malheureusement héritée du colonisateur belge et reconduite par les différents gouvernements successifs, a été plus forte que la pression des organisations politiques et de défense des droits de l’Homme qui se battaient ou se battent encore pour un Rwanda véritablement démocratique.

Cette folie consciente de purification ethnique a aussi été un moment de nettoyage politique et syndical, y compris des Hutu qui s’étaient démarqués de l’idéologie clanique et génocidaire du Président Juvénal HABYARIMANA ou s’opposaient à ses meurtriers plans sociaux concoctés par les institutions financières internationales.

En fondant son régime sur un soubassement idéologique ouvertement extrémiste du Hutu Power dont le bras armé était les interahamwe, c’est-à-dire « ceux qui frappent ensemble », la voie était libre pour l’un des carnages les plus tragiques du XXe siècle, vraisemblablement planifié depuis 1991. Ainsi, région par région, préfets, autorités locales et milices populaires, préparés à l’innommable, organisent la mise en œuvre de la « solution finale », avec la bénédiction d’hommes d’églises qui ont, pour la plupart, participé de manière constante et consciente à la justification idéologique de cette hiérarchisation sociale entre Hutu et Tutsi, prêchant la haine et la mort.

On ne le dira pas assez : la communauté internationale porte une lourde responsabilité dans ce crime contre l’Humanité. Même si des États continuent encore à nier ou minimiser leur rôle, certains comme la Belgique et les États-Unis ont, après l’ONU, demandé « pardon » ou émis « des regrets » aux autorités rwandaises sans que les questions de fond qui ont été à l’origine de ce crime de masse aient été abordées sérieusement, pour le présent et l’avenir.

Comme un aveugle qui vient de recouvrer la vue, la communauté internationale, par la voix de l’ONU, indique avoir pris toutes les dispositions utiles pour combattre son propre laxisme et assurer plus de réactivité à l’avenir, comme si l’histoire de cette zone turbulente des grands lacs n’était pas empreinte de ces massacres cycliques qui ne doivent rien à la fatalité !

La France est très mal à l’aise dans cette affaire. En effet, après la théorie des « génocides » et autres thèses négationnistes qui ont été battues en brèche, les langues de certains hauts d’en haut commencent à se délier pour accuser ouvertement des « ressortissants » qui ont formé, armé et participé activement aux côtés des Hutu aux exécutions de masse. Même le rapport de la mission parlementaire de 1998 qui était déjà qualifié de timide, semble avoir été, avec le recul, de la poudre de perlimpinpin.

En effet, les conclusions de la mission ont plutôt obéi à la logique de masquer les responsabilités dans le soutien logistique aux bourreaux et commanditaires dont une partie a d’ailleurs échappé à la justice internationale, mais y réside dans une impunité troublante au moment où les sans papiers n’ont pas droit de cité et que l’asile est bafoué. C’est certainement ce qui explique ce constat amer de Yann JUROVICS, ancien juriste auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda que beaucoup d’observateurs soupçonnaient ou avaient déjà annoncé : « Sans le soutien politique et militaire de la France, les extrémistes Hutus n’auraient probablement pas pu mettre en œuvre leur « solution finale »…

Il faut que la France déclassifie les éléments liés à ce « dossier Rwanda » pour qu’au-delà de certains bouc-émissaires, des arrestations sporadiques et régulées au gré des relations diplomatiques, les responsabilités soient situées au nom du devoir de vérité : il n’y a pas de place pour l’impunité et l’oubli. Des millions de citoyens l'exigent, ici et là-bas.


Sékou DIABATÉ

Président IACD-International

Président de la CASE (Coordination des Associations des Sénégalais de l'Extérieur)

Coordinateur général du RDA (Rassemblement de la Diaspora Africaine)

Publié dans Afrique

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