Terrorisme et prises d’otages dans la bande sahélo-saharienne : Le Mali dans la nasse du fait de ses agissements !

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/jpg/MALI_FCV_01-09-2010_copie-2.jpgDans cette histoire d’insécurité résiduelle et de rapts récurrents de ressortissants occidentaux dans la bande sahélo-saharienne, le Mali semble être la « tête de turc » de ses voisins notamment l’Algérie et la Mauritanie à tort ou à raison, et son attitude suscite interrogations et polémiques au sein de la communauté internationale. Une situation fâcheuse et incommodante pour notre pays qui doit s’assumer en tant qu’entité souveraine avec une ligne de conduite des plus claires et des plus transparentes dans son combat contre cet islamisme rampant qui fait de notre septentrion un vaste no man’s land où les trafiquants de tous genres ont élit domicile avec armes et bagages.

La suite des événements du dernier rapt en date survenu à Arlit au Niger, des collaborateurs du groupe français AREVA dont cinq français, un togolais et un malgache par les éléments de l’AQMI a de quoi rendre perplexe et suspicieux tout esprit lucide quant à la position du Mali face aux islamistes. Voyons le film des événements : les otages sont enlevés sur le territoire Nigérien et les auteurs se sont dirigés avec leurs prises vers le désert Malien où ils s’y trouveraient présentement. Quelques jours après, on apprend de sources Maliennes crédiblesque tous les otages sont en vie et que l’enlèvement porte la signature de la nébuleuse Al Qaeda au Maghreb Islamique. Peu de temps après, cette nouvelle fut confirmée par la fameuse chaine arabe Al Jazeera avec vidéo à l’appui. Il nous est revenu aussi que de « soi-disant négociateurs » continuent d’arpenter la colline de Koulouba pour proposer leur service au président ATT. C’en est trop pour se poser certaines questions pour le moins légitimes ! A quoi joue notre pays ? Pourquoi toujours le désert Malien ? Qu’attend l’Etat Malien pour les bouter hors de notre territoire ?

Mis à part le fait que les enlèvements se sont déroulés sur un autre territoire en l’occurrence le Niger, la suite des événements a pour théâtre d’opération le Mali. Cette affaire est devenue par la force des choses, une « affaire Maliano-malienne » puisque les islamistes se trouveraient dans le désert malien avec gîte et couvert (d’ailleurs il y a lieu de se demander si tous les islamistes sont des étrangers ? et des complices locaux, il en existe sûrement !). Les négociateurs sont pour la plupart des Maliens, pour preuve Iyad Ag Ghali serait mandaté par les autorités maliennes pour négocier la libération des otages. Donc comme d’habitude, le Mali se retrouve dans son rôle controversé « d’hébergeur d’islamistes » et de « négociateur patenté ». Toute chose difficilement compréhensible pour les pays voisins, et conduit à s’interroger véritablement sur l’attitude des autorités maliennes, sans compter que certains agissements antérieurs du Mali dans la lutte contre AQMI furent décriés, dénoncés et n’ont jusque là pas été acceptés par ceux-ci.

Il est clair que la lutte contre les islamistes et autres terroristes est un combat assez difficile du fait de l’hostilité de la zone, de la mobilité des « squatteurs », de leur connaissance du terrain, et des complicités locales vraisemblables. Un pays pris isolement ne saurait arriver à bout du phénomène.Malheureusement chaque pays agit selon son bon vouloir au gré de ses intérêts et autres considérations géopolitiques et stratégiques. Résultat : la lutte contre les islamistes apparait jusqu’à présent comme un fiasco, une déculottée, et une pantalonnade qui n’honorent point nos pays. Les quelques rares tentatives isolées de mâter ces islamistes se sont soldées par de cuisants échecs, et ce ne sont pas nos amis mauritaniens qui diront le contraire. Les islamistes se sentant en terrain conquis, tout en confiance et auréolés de leurs multiples succès dans les enlèvements avec paiement de rançon in fine sans être inquiétés, multiplient leurs méfaits de façon audacieuse et téméraire. Leur modus operandi va crescendo et dans le temps et dans l’espace faisant de la menace islamiste une préoccupation majeure pour la communauté internationale où le risque detalibanisationou d’afghanisationde la zone est bien réel.

Aujourd’hui, il est impératif pour le Mali de rassurer les autres, non pas en refusant de jouer le négociateur en tant que de besoin, car malheureusement une fois le rapt fait, la marge de manœuvre des Etats est très réduite:

- Soit négocier, sachant que ce mot englobe toutes sortes d’intrigues (paiement de rançons, échanges de prisonniers, actes de prosélytisme etc.). Nous avons l’exemple de Pierre Camatte, des deux espagnols, du couple italien etc.

- Soit utiliser la force ou refuser tout simplement les revendications des terroristes avec le risque de voir les otages passer de vie à trépas (le cas du français Michel Germaneau et du britannique Edwin Dyer est encore frais dans nos esprits).

La configuration actuelle avec la vie de sept personnes en jeu, ne peut être gérée dans un esprit va t’en guerre ou avec des intentions belliqueuses. L’AQMI avec ses sept otages est en position de force encore une fois. Connaissant leur cruauté et leur peu de considération pour la personne humaine, la réalité du moment commande à ce que la négociation soit privilégiée même si ces gens ne le mérite pas. Il faut faire preuve de réalisme dans le cas présent et négocier dans la mesure du possible en ayant à l’esprit la préservation de la vie d’innocents citoyens qui sont les otages dans tous les sens du terme d’une situation qui dépasse leur modeste personne.

Une fois ce problème résolu (on ne saurait préjuger de son issue heureuse ou pas), il va falloir désormais revoir toute la stratégie pour véritablement amorcer un virage dans le sens d’un nettoyage total de la bande sahélo-saharienne, et c’est en cela que le Mali, considéré comme le « maillon faible » se doit d’être ferme et de prendre ses responsabilités en tant que Etat souverain, jaloux de son indépendance et soucieux de la sécurité de ses ressortissants. En clair le Mali doit bouter hors de son territoire les terroristes et sécuriser le septentrion. Les islamistes ne sauraient écumer une partie de notre territoire national comme si de rien n’était. Le Mali et les Maliens doivent refuser même si c’est au pris de leur sang, que les islamistes squattent en toute impunité leur sol. Les pays concernés doivent comprendre que c’est un combat commun, une lutte de longue haleine qui nécessite l’implication de tous. Ils doivent s’aider à éradiquer l’intégrisme islamique et son cortège de violences et de morts d’hommes. Ces islamistes sont partout à la fois au gré de leurs intérêts, tantôt au Mali, en Algérie, au Niger, en Mauritanie et même au Tchad etc. c’est toute la bande sahélo-saharienne qui est concernée, donc tous les pays de cette zone le sont aussi. Ne rien faire ou agir seul ne résoudra jamais le problème.

Les récentes rencontres au sommet des responsables politiques et militaires des pays de la bande sahélo-saharienne en vue de mettre en place une plate forme commune et de définir les moyens et stratégies appropriés donnent de l’espoir quant à la nouvelle orientation adoptée par ces pays. Le ras le bol est total et pour une fois la volonté ferme d’agir de manière concertée au péril islamiste est perceptible. Tant que des groupuscules du genre AQMI écument le coin, la menace terroriste restera toujours présente dans le grand désert.

Désormais, les armées doivent occuper le terrain afin que les rapts cessent et éviter du coup à chaque fois cette situation de négociation qui fait de la publicité aux islamistes. C’est un secret de polichinelle que les prises d’otages de ressortissants d’occidentaux constituent une manne financière inestimable. Des islamistes aux négociateurs en passant par les complices locaux et autres, chacun y gagne, et le risque c’est qu’avec ces pluies de devises qui inondent le désert, ces malfrats ne fassent des émules et que naissent d’autres vocations répréhensibles. C’est un « business » assez juteux aujourd’hui qui fait vivre beaucoup de quidams, et finalement on est tenté de se demander si l’idéologie islamique qui sous tend le combat de l’AQMI n’est pas reléguée au second plan au profit d’un vulgaire trafic humain. J’ai peine à croire que ces gens sont des musulmans, ils s’affublent du qualificatif d’islamistes, d’apôtres religieux, alors que tous les actes qu’ils posent sont aux antipodes de la religion musulmane. Disons nous la vérité, ces gens sont des égarés, de vulgaires bandits de grand chemin qui pillent, dépouillent, et tuent. Rien à voir avec l’islam tel que nous le connaissons.

Aujourd’hui les données sont claires, les pays concernés face à la menace terroriste de l’AQMI doivent agir politiquement, économiquement et militairement dans la bande sahélo-saharienne pour anéantir l’ennemi commun, sécuriser la zone et partant amorcer le décollage socio-économique.

Makan DIALLO

Docteur en Droit privé

Avocat à la cour

Ancien ATER à l’université d’Orléans

Publié dans Mali

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