Le Mali face aux crises dans les pays voisins

Publié le par La Rédaction

carte fanion du Mali1Seul un président sait pourquoi il change son gouvernement à un moment plutôt qu’à un autre. Donc il ne s’agit pas de disputer à ATT sa prérogative constitutionnelle, surtout que le 9 juin 2012 et les mois et les années après, c’est lui qui sera tenu pour responsable du bilan qu’il laissera. Espérons seulement que le président a minutieusement analysé le contexte, les enjeux, les urgences, les tournants et les attentes. Pour ce qui est du contexte extérieur, on ne peut pas ne pas évoquer notre pas de porte : donc la Côte d’Ivoire en feu et le Burkina sur des charbons ardents, puis l’Algérie et le Sénégal pour lesquels il faut croiser les doigts.

 Et parmi les menaces directes, on ne peut oublier l’onde de choc libyenne sur notre nord déjà velléitaire. Au plan intérieur, le Nord est là encore et toujours avec ses menaces. L’école aussi est là et n’offre pas de solution miracle. On l’a vu avec le forum sur l’éducation qui a permis et un diagnostic et une feuille de route. Dans la réalité, les crispations demeurent, exprimant les tensions entre la demande et l’offre. L’économie aussi sera à surveiller. Les satisfecit du Fmi, de la Banque mondiale, de l’Uemoa sur notre gouvernance économique et financière indiquent, certes, que nous sommes sur la bonne voie. Mais les infrastructures et les indicateurs si utiles soient-ils ne se mangent pas.

Les revendications catégorielles vont monter à ce tournant du mandat. Et elles devront être gérées. Mais de tous les défis, le dossier des élections 2012 et celui des réformes (constitution et code de personnes notamment) sont ceux qui interpelleront le plus le gouvernement attendu. Déjà, le temps pour faire de bonnes élections est plus que juste. Il n’est pas très sûr que nous pouvons aller à la présidentielle 2012 avec un fichier électoral issu du Ravec. Ce qui est dommage. Mais même le temps d’expurger le fichier actuel pour le rendre plus recevable est compté, sans compter les autres chantiers à surveiller pour que les futures consultations électorales soient celles de notre maturité démocratique.   Concernant le chantier des réformes, l’idéal aurait été de les conduire à leur terme. Mais en avons-nous vraiment le temps? Toutes les mesures proposées pour rendre l’élection moins chère pour le contribuable sont des mesures salvatrices. Il faudra voir cependant si la mise en œuvre des plus efficientes de ces mesures passe nécessairement par une révision constitutionnelle. Nous pensons au guichet unique de l’élection que doit être l’Agence proposée par l’équipe Daba Diawara. Nous pensons aussi au couplage de la présidentielle et des législatives (rarement débattu dans notre pays). Le temps n’attend pas et il ne nous a pas attendu.

 Plusieurs fronts sont ouverts et il faut prévoir les impondérables et les contingences. Si c’est conscient de toutes ces urgences à ce tournant de son mandat qu’ATT a décidé d’opter pour un autre gouvernement, tant mieux. Mais il sait que le remaniement n’est pas une affaire du peuple mais des élites. Et lui connaît son élite bureaucratique et ou politique. Il sait que toute la semaine prochaine, les cadres s’étriperont pour les portefeuilles et que rien d’autre ne les intéressera. Le président sait aussi que pendant deux mois, la guerre est garantie pour les postes de conseillers, directeurs nationaux, chefs de projets ou directeurs financiers. Et puis, il y a le temps de l’apprentissage, de la familiarisation. Et tout ceci ajoute à la pression du temps qui fuit face aux résultats qui, eux, ne sont pas négociables. Le premier d’entre eux, nous le répétons comme le veut la méthode Coué, c’est un certificat de bonnes élections.

Adam Thiam/Le Républicain

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