Vers des dynasties politiques en Afrique?

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://www.toys-collection.com/data/catalog/detail2/2318.jpgPendant que les autocraties et dynasties semblent être le souvenir d'un passé douloureux pour l'Europe, notre chère Afrique semble régresser tristement dans le domaine démocratique après les ébauches du début des années '90. Cette évolution du continent africain nous attriste tragiquement . Le destin de l'Afrique ne saurait être une tragédie permanente, loin s'en faut . Il appartient à l'Afrique de forger son destin comme les autres peuples de l'histoire ont su le faire avec leurs propres moyens:au prix du refus , de la révolte et du sang qui aurait servi à écrire les plus belles pages de l'histoire de ces peuples. Aucun progrès social, aucune avancée démocratique ne saurait être le résultat d’une génération spontanée.

Le continent africain a souffert pendant de longues années de la gestion catastrophique des autocrates ad vitam aeternam, avec une certaine passivité masochiste. Serait-il encore prêt d'assister les bras croisés à l'avènement de nouvelles dynasties politiques? Ne devons nous pas avoir honte de nous mêmes en prenant les allures d'ours de cirque? Arrêtons d'accabler les autres pour nos malheurs. Le reste du monde est compassionnant pour nous, et la compassion n'engendre jamais le respect de l'autre. Nous sommes les artisans de notre destin. Machiavel ne nous a-t-il pas enseigné que les événements assènent les coups les plus efficaces quand la capacité de réagir faillit ? A ce moment précis de l'évolution de notre continent, le rôle de l'intelligentsia n'est pas des moindres. Il est à l'image de ce que les Didérot, d'Alembert, Montesquieu.......auraient été pour la révolution française qui somme toute demeure une référence universelle. Nous serons tous coupables devant ce lugubre tableau politique de notre continent. Un véritable travail d'information, de formation, de conscientisation des masses populaires s'impose. Si chaque intellectuel africain jouait sa partition en travaillant à former les masses et en se formant , notre combat pour une Afrique libre, démocratique et prospère ne serait pas une chimère.
Dans notre souci de clarté discursive, donnons de succinctes définitions d'autocratie et de dynastie :
" Une autocratie est un régime politique où un seul individu détient le pouvoir, alors qualifié de pouvoir personnel et absolu. Étymologiquement, autocratie signifie " qui tire son pouvoir (cratie) de lui-même (auto) ". L'autocratie est donc un pouvoir qui n'a d'autre justification et légitimité que lui-même ."
"Dynastie, qui vient du grec dynasteia, succession de souverains qui ont une même famille. Succession de personnes célèbres d'une même famille."
Après trente-huit ( 38 ) ans de pouvoir autocratique, " Papa" Etienne Gnassingbé Eyadéma tire sa révérence à la suite d'une crise cardiaque fatale. Nous avons tels des naïfs cru que le rideau venait de se tirer sur une page de l'histoire de ce peuple togolais qui avait tant souffert de l'unanimisme, du corset idéologique dans lequel Eyadéma l'avait volontairement fourré. Avec la pateline complicité et bénédiction des caciques, des courtisans-profiteurs, de la junte militaro-politique du pouvoir défunt, des anciens dignitaires de tout poils qui n'avaient d'intérêts que les leurs, le lit fut royalement fait pour la succession dynastique du pouvoir au grand dam de l'opposition togolaise qui somme toute mérite respect et admiration. La démocratie africaine a ainsi reçu un soufflet , les démocrates et aussi le Togo. Nous avons in petto, souhaité que le Togo de Faure Eyadéma ne soit pas un exemple -modèle. Mais hélas, l'histoire de nos peuples d'Afrique continuera à balbutier encore, ce fut le tour du Gabon avec des variances. En somme, c'est le même schéma classique: après la mort du président-autocrate, le fils lui succède par le biais constitutionnel ou anticonstitutionnel au mépris du peuple .

Après le Togo, le Gabon, va -t-on assister à l'ébauche de nouvelles dynasties politiques après le temps des autocrates?
"L'histoire est une galérie de tableaux où il y a peu d'originaux et beaucoup de copies " disait Alexis de Toqueville qui aimait les formules. Au vu de la donne politique d'ensemble, il y a tout lieu de craindre que l'épidémie ne se répande. Il y a eu le cas togolais, après les condamnations des uns et des autres, Faure Eyadéma se la coule douce . Le cas gabonais ressembla à coup sur au schéma précédent. Et d'autres suivront si rien n'est fait .
Abdoulaye Wade, accusé d’avoir fait du Sénégal sa chasse gardée, use de tous les traquenards d’Ulysse possibles pour passer le relai à son fils Karim Wade. Les speculations sur les intentions réelles ou supposées de faire de son fils son successeur sont au centre du débat politique sénégalais. Le vaillant peuple du Sénégal est aux aguets.

En Libye, Mouammar Kadhafi ,au pouvoir depuis 1969, qui n’est pas à ses premières frasques, essaie depuis bien longtemps de préparer le fauteuil de la succession pour son fils Seif El Islam qui est un habitué des arcanes de la politique libyenne.

En Egypte, Muhammed Osni Moubarak au pouvoir depuis bientôt 30 ans, prépare son fils Gamal , selon la vox populis égyptienne, à lui succéder.

Le scenario malien

Après près de vingt trois( 23) ans de règne, Le Président Général Traoré fut balayé par une révolution populaire, le 26 mars 1991. Condamné à mort en Février 1993 pour crime de sang mais pas executé avec l’onction de Konaré. Puis condamné à la peine capitale en 1999 pour crime économique, il fut élargi et mène aujourd’hui une vie tranquille. Certains de ses compagnons des heures de gloire dont Abraham Sissoko “Ramos”, frère de Mariam Traoré, Sékou Ly…. furent graciés.

Depuis les douloureux événements de mars 1991, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. La démocratie arrive et sème sur son passage un grain de zizanie dans notre paysage politique. Les partis politiques poussent et en une nuit on devient politicien comme un champignon. Comble de l’ironie, ce sont les épigones et les fils de l’ancien dictateur qui font infraction dans l’arène politique du Mali. Certains diront que les disciples et héritiers biologiques de l’ancien bourreau de Bamako ont le droit constitutionnel de créer leur partis politiques. Nous rappelons que la démocratie malienne ne fut pas décrétée mais fut acquise de hautes luttes, donc elle contient de fortes charges émotionnelles sur le plan psycho-sociologiques. Le peuple malien n’est pas court de mémoire. Les plaies d’hier sont encore béatement ouvertes et ont besoin de temps suffisant avant d’être cautérisées, soignées, bandées et guéries. Les blessures de nos cœurs sont aussi souffreteuses que celles de nos esprits. Le régime dictatorial du Général Traoré a causé tant de souffrance pénible, d’affliction profonde que la présence de ses fils et de tous ceux qui lui sont apparentés sur l’échiquier politique malien rouvre les plaies faite par lui. L’oubli de nos peines naîtra de l’oubli de ceux qui nous ont oppressés, qui nous ont fait perdre nos rêves. Ceux-là qui ont bu la monstruosité, le mépris le plus vil vis à vis des maliens et de leur avenir, le cynisme et la désinvolture les plus révoltants ont-ils aujourd’hui les moyens de nous montrer et de nous démontrer qu’ils ont une conscience aseptisée? Qui pardonne aisément invite à l’offenser. Et le malien d’aujourd’hui n’est pas prêt à subir une nouvelle incartade. Donc, chers héritiers présomptifs, si le Général déchu vous a mis sur son testament politique, le peuple malien s’y oppose de toute sa force. Sur le forum de discussion de malilink Cheick Bougadary , a affirmé qu’il est ouvert aux critiques. …et aux suggestions. Nous ne voulons pas l’offenser, il n’y a que la vérité qui offense. Il n’y a point d’injure plus sensible que quand nous nous sentons plus coupables des fautes commises par nous-mêmes ou par nos parents. Si vous aimez le Mali autant que vous le dites, pourquoi n’avez vous pas commis un parricide devant les dérapages de votre autocrate de père pour le sauver? Brutus l’a fait avant vous. D’où vous vient cette envie soudaine de haut justicier? Ou bien serait-on tenté de dire que l’oiseau de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit?

A mon goût, la création du CARE(Convergence Africaine pour le Renouveau) peine à se justifier. En lieu et place de parti politique, il aurait été plus sage, d’en faire une œuvre caritative. Ne peut-on pas servir son pays à tous les niveaux si on a réellement la fibre patriotique? Le sigle CARE est un véritable lapsus calami. Vu sous un angle purement psychanalytique, le vocable CARE apparaît comme un phénomène , un acte manqué. Sigmund Freud aurait dit que tout lapsus trouve son explication dans une source en dehors du discours et que l’élément perturbateur est l’expression d’une idée inconsciente qui, analysée de façon approfondie, apparaît dans la conscience. Sans être ironique, nous dirons que la tendance naturelle des fondateurs de ce parti aurait pu être portée sur les œuvres caritatives. CARE (un acronyme en Anglais)ne veut-il pas dire ceci dans la langue de William Shakespeare : prendre soin de? En prenant soin de ceux qui sont dans le besoin , vous feriez œuvre utile. Messieurs Traore fils, à nos yeux, vous manquez cruellement de crédibilité. Vous voulez venir en politique par opportunisme. Si ce n’est pas de l’opportunisme, dites nous ce que c’est ? Vous dites ceci: “Aucun système de gouvernance ne peut ou ne doit se perpétuer sans le consentement des administrés. Oui, le peuple blasé et désabusé du Mali dit non à une dynastie des Traoré. Nous n’avons pas aujourd’hui besoin de sang de martyrs versé pour refuser ou appeler le changement. Nous avons besoin de bâtir notre pays avec d’autres armes plus efficaces et convaincantes: la vérité et le refus. Refus d’accepter le statu-quo. Refus d’accepter l’inacceptable. La vérité ne saurait être un danger si nous acceptons de combattre à l'unisson le mensonge pour le seul salut de notre pays. La vérité est au mensonge ce que fut l'incandescence du soleil pour Icare. Tel l'âne de Buridan qui mourut entre la paille et l'eau faute d'avoir choisi , accepterons nous de mourir en refusant de choisir entre la vérité et le mensonge, nos intérêts personnels et l'intérêt supérieur de la grande nation malienne ? La réponse est assurément non , les maliens vivront et le Maliba survivra . Comme dans la " Divine Comédie " l'histoire de notre pays finira par la contemplation des étoiles , symboles de l'espoir et de l'espérance .
La carte démocratique de l'Afrique ne peut se parfaire sans un certain nombre de préalables:

-La redéfinition du rôle de l'armée dans nos pays. Vu le niveau de développement de nos pays , il serait plus sage de supprimer nos armées dispendieuses qui tirent leur raison d'être dans leur obédience et allégeance aux dictateurs dont ils assurent la garde au mépris de la vie du peuple . Il n'est un secret pour personne que le rôle de l'armée en Afrique est loin d'être neutre. Celle qu'on appelle pompeusement la "Grande Muette" fait et défait le jeu politique. Étant hautement politisée , elle est dans nos pays la dernière institution dans laquelle les dictateurs, les autocrates et dictateurs se réfugient face aux crises de mauvaises gouvernances et les crises de gestion de succession du pouvoir. Pourquoi ne pas allonger la liste des vingt-huit (28) pays indépendants du monde n'ayant pas d'armée en supprimant purement et simplement nos armées nationales.

La disqualification de tout militaire du jeu politique serait à notre sens une avancée notable. Le cas de la Mauritanie, véritable pied de nez à la démocratie, est une source d'inspiration et de réflexion profonde.
La disqualification des anciens dignitaires de tout régime autocratique, dynastique ou dictatorial: ceux –là qui sont restés dans l'appareil étatique avec les tyrans pour piller et massacrer leurs pays peuvent ils tourner casaque et devenir du coup crédibles ? Sonnons le glas de l'opportunisme politique. Qu'on arrête de faire de la politique une profession . Que les avides de pouvoir apprennent à se reconvertir. On peut servir son pays à tous les niveaux. La formation du citoyen lambda quant à la connaissance de la chose politique est l'une des conditions sine-qua-non du développement politique auquel nous aspirons. Le citoyen bien formé et informé devient une citadelle imprenable devant les velléités d'achat de sa conscience. Il sait que dans le jeu démocratique, il compte, sa voix aussi. Il n'achètera plus le vent mais accordera son suffrage selon le projet de société qu'on lui propose.
La formation morale et civique de la classe politique: que la politique cesse d'être un tremplin pour assouvir des intérêts personnels et égoïstes. Que la politique soit restituée dans son acception originelle: celle de gérer les affaires du pays. Seule doit prévaloir l'intérêt supérieur du pays.
Que tous les fils d'Afrique, soucieux de sa liberté, de son développement, de son progrès et du bonheur de nos peuples s'éveillent et participent au combat. Le rêve est permis.

Fatogoma Mohamed Ouattara
Orange, New Jersey
New Jersey , USA

fouattara2@comcast.net

www.ouattaradonzo.com
http://fouattara.blogspot.com

Publié dans Mali

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