Union africaine : Que de défis à relever

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Afrique deboutLa transformation de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en Union Africaine les 10, 11 et 12 Juillet 2003 à Maputo (Mozambique),avaient crée, un immense espoir sur le continent africain. Et au-delà.

Il s’agit de l’espoir d’une Afrique unie, qui construit et conduit son développement économique, social et culturel dans la paix et la sécurité, en comptant d’abord sur ses propres forces, ses ressources de tous ordres. Et elles sont immenses !

Or, malgré les résultats positifs enregistrés par l’OUA sur les plans de la décolonisation, la lutte contre l’apartheid, la création d’un cadre de concertation et de dialogue à l’échelle du continent, le bilan de quarante années d’efforts dans le sens de la construction d’une véritable intégration au niveau du continent, d’une véritable Union Africaine, a été décevant.

En dépit de ce bilan désastreux, et peut-être à cause de cela, l’espoir naissait en juillet 2000 à Maputo. Nous devons, nous Africains, faire en sorte que cet espoir ne soit pas, à nouveau, déçu. La route est certes longue, semée d’embûches, pavée sûrement de périodes de découragement. Comme dirait l’autre, « le chemin n’est pas difficile, mais c’est la difficulté, le chemin ». Il faudra se battre, pied à pied. Se battre contre quoi, contre qui ? Pour quoi ? Pour qui ?

Nous devons nous battre contre nous-mêmes, d’abord ! Contre notre propension à croire que les solutions à nos problèmes viendront d’ailleurs, des autres. Nous devons nous convaincre qu’aucune Nation ou groupe de nations ne viendra faire pour nous ce que nous serons incapables de faire pour nous-mêmes. Il suffit de se retourner et d’analyser nos expériences de plus de 40 ans d’indépendance. Personne n’a résolu nos problèmes à notre place. Bien souvent nos problèmes se sont compliqués davantage, avec les autres.

Nous devons refuser de nous entretuer dans des guerres ou des conflits fratricides qui  n’ont aucun fondement sérieux et qui ne nous avancent en rien. Au contraire, ces conflits nous appauvrissent à tous les points de vue et enrichissent ceux qui soufflent sur la braise et attisent le feu. Ils nous font reculer sur tous les plans.

Nous devons mieux gérer nos ressources et les mettre au service du développement du continent. Au lieu d’en confier la gestion à d’autres, sans contrepartie réelle. Bien entendu, il ne faut pas utiliser ces ressources pour acheter des armes qui vont servir à nous entretuer. Ce qui détruit à la fois des ressources financières, des ressources humaines tout en réduisant à néant les équipements indispensables pour le développement.

Il est vrai qu’aujourd’hui, le manque de ressources financières est le goulot d’étranglement le plus crucial pour la mise en œuvre des programmes ambitieux identifiés dans le NEPAD. Si l’on analyse la situation de dépendance des pays africains vis-à-vis des bailleurs de fonds, on constate que toutes les décisions concernant la gestion des finances publiques, le choix des investissements, la répartition des ressources entre consommation et investissement, ne peuvent être prises sans l’accord des bailleurs de fonds.

Les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) qui avaient initialement pour objectifs de substituer les efforts nationaux à l’aide étrangère ont, paradoxalement, eu pour effet de renforcer l’Aide Publique de Développement (APD).

En effet, les PAS ont mobilisé l’essentiel de l’épargne intérieure pour le service de la dette, alors que les conditions d’attraction des investissements privés étrangers n’étaient pas réunies. L’équilibre des mouvements de capitaux, dès lors, n’a pu être obtenu que par un accroissement de l’APD. Ce qui a donné aux administrations publiques étrangères et internationales des possibilités accrues de s’opposer aux décisions financières nationales. Ce phénomène a été renforcé par le fait que l’APD était, pour une large part, plus un soutien financier qu’un instrument de renforcement du système productif. Aujourd’hui, l’APD décline sans améliorer les situations de dépendance antérieures.

La grande question est donc de savoir comment orienter les ressources vers le développement, si l’on ne maîtrise pas les manettes des flux financiers, si les décisions importantes nous échappent ?

Comment sortir de la situation d’incapacité actuelle à décider ? La réponse n’est pas simple.

Souvenons-nous de l’exemple des pays producteurs de pétrole qui, au début des années 70, avaient cru qu’avec l’accroissement sans précédent de leurs recettes pétrolières, ils avaient trouvé enfin l’ascenseur qui leur permettrait de rattraper les pays du Nord. Très vite, ces espoirs se sont écroulés. La chûte des prix du pétrole, de lourdes dépenses militaires, une gestion industrielle souvent désastreuse, ont transformé ces recettes pétrolières en peau de chagrin. A peine suffisantes pour alimenter le budget de fonctionnement des Etats. Il y avait notamment l’Arabie Saoudite dont les recettes pétrolières sont passées de 120 milliards de dollars en 1982 à seulement 34 milliards en 1996. Il y avait aussi l’Algérie qui avait vocation à devenir le « Japon du Maghreb ». Le Nigeria, le Gabon et aujourd’hui le Tchad.

Il faudra analyser et tirer la leçon de toutes ces expériences pour éviter à l’avenir les pièges qu’elles recèlent.

Les pays industrialisés, importateurs de pétrole, ont tout fait pour recycler en leur faveur ces fonds en favorisant d’importantes livraisons d’armes. Bien au-delà des nécessités de défense des pays pétroliers. En 1988, par exemple les dépenses militaires étaient de 344 dollars par tête d’habitant au Moyen-Orient. Contre seulement 11 dollars en Europe et 25 dollars en Afrique.

L’Afrique souffre depuis des décennies

L’Afrique souffre d’avoir tenté d’appliquer des solutions toujours proposées par d’autres et présentées comme étant « celles des Africains eux-mêmes ». Prenons l’engagement que si nous devions continuer à souffrir, qu’au moins, ce soit à partir de la mise en œuvre de nos propres propositions, propositions que nous changerions si elles s’avéraient inadaptées.

Regardons bien ce qui s’est passé en Irak où l’Administration américaine a dépensé, en quelques jours de guerre, plus de 50 milliards de dollars pour, disait-elle, protéger les Irakiens des souffrances que leur infligerait le dictateur Saddam Hussein. Mettons en parallèle ce que la même administration propose pour protéger l’Afrique entière d’une dictature certainement plus réelle et plus féroce, le SIDA. Quinze milliards de dollars, sur 5 ans ! ! ! Eh oui, 15 milliards en cinq ans pour l’Afrique contre 50 milliards en quelques jours pour la guerre en Irak ! Cela signifie que les Africains peuvent mourir doucement, à condition de ne pas trop troubler la tranquillité des Américains.

Peut-on soutenir, dans ce cas, que le sort de millions et de millions d’Africains qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, est réellement une préoccupation ? Certainement pas. Alors, puisque les autres ne se préoccupent pas réellement de notre sort, prenons-le nous-mêmes en main ! Cela paraît tellement évident qu’on hésite à l’énoncer et à l’écrire.

En réalité, il nous faut changer de mentalité, de manière d’entrevoir les rapports de force, de façon d’avancer nos pions. D’accord pour échanger, d’accord pour participer au développement mondial, mais jamais pour nous laisser dépouiller. D’accord pour la solidarité internationale. Jamais pour nous laisser gruger.

Il faut entreprendre une véritable réforme de l’aide internationale. C’est un souhait exprimé partout dans le monde, par les bailleurs aussi bien que les bénéficiaires.

Le système économique qui a réussi aux USA, après une expérimentation et une maturation de plusieurs décennies, ne peut être transplanté et appliqué en quelques semaines dans les pays en voie de développement.

Vouloir le faire entraînera fatalement des perturbations économiques, et surtout politiques, qui vont bien au-delà des capacités de maîtrise des acteurs. Aucun système économique ne peut se maintenir sans fondement politique. La prise en compte des conséquences politiques des actions préconisées par les partenaires au développement est une nécessité. Le dialogue politique doit se faire en même temps que la coopération économique. La transparence doit être de mise, de part et d’autre. La lutte contre la corruption doit être de règle, pour tous.

L’Union Africaine parviendra-t-elle à relever tous ces défis ?

 Hamidi Djola/26 Mars (Mali)

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