Une immense escroquerie d'Etat de 310 milliards F CFA

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Oumar Mariko SadiL'honorable député de Kolondiéba, Dr Oumar Mariko, est l'un des rares représentants du peuple qui se soucient du sort des pauvres. Même si ses détracteurs disent qu'il a la tête pleine de poux, n'empêche qu'à Bagadadji il n'hésite pas à descendre dans l'arène pour dénoncer les tares congénitales de ceux qui nous gouvernent. Zorro des temps modernes à la recherche des Dalton qu'il chasse et traque sans pitié, il mouille le maillot, il mérite sa prime comme un pistolero du Far West.

 

Dès lors, on comprend qu'à chaque interpellation du docteur Oumar Mariko, la panique s'installe au camp d'Agramant. Ce fut le cas jeudi dernier avec le ministre de la Fonction publique, Maître Abdoul Wahab Berthé, appelé à s'expliquer sur le lancinant dossier des partants volontaires à la retraite anticipée. Mais là échec et mat. Aussi bien Oumar Mariko que les partants volontaires et le peuple malien tout entier sont restés sur leur faim. L'avocat n'a rien lâché, il n'a pas voulu cracher le morceau. Comme tous ses prédécesseurs (ministres des Finances) interpellés sur ce dossier, il s'est réfugié dans la stratégie du silence et la dénégation systématique. "Je ne suis pas au courant" a déclaré maître Abdoul Wahab Berthé face aux assauts répétés du docteur Oumar Mariko. Or, si l'Etat est une continuité, comme il l'a reconnu lui-même, manifestement on se trouve en face d'un mensonge éhonté, une conspiration du silence au sommet de la pyramide des régimes successifs qui ont géré le Mali depuis l'instauration du programme de départ volontaire des fonctionnaires à la retraite anticipée. On a tout simplement institué la loi de l'omerta telle qu'en vigueur au sein de la mafia pour adopter l'irresponsabilité et la fuite en avant comme méthode de gouvernement.

 

En tout cas, preuve est désormais faite que le Mali est un Etat voyou qui escroque ses propres citoyens. Il a carotté les 310 milliards F CFA versés par

la Banque mondiale au programme de départ volontaire. Le document brandi l'autre jour à l'Assemblée par Oumar Mariko et qui en fait foi n'est plus qu'un secret de Polichinelle. Il a même été publié par la presse. Alors, où est donc passé le magot ? On sait qu'au temps du régime du général Moussa Traoré l'argent n'avait pas d'odeur, il y avait des tensions de trésorerie permanentes, aux mois de 90 jours succédaient les mois de 120 jours. L'argent de la Banque mondiale tombait comme mars en carême pour payer les salaires, faire face aux dépenses extra -budgétaires, s'en mettre plein les poches. Certains susurrent aussi que pour ne pas avoir à regretter un jour et pour service rendu à la nation, les membres du CTSP se sont largement sucrés sur le dos des partants volontaires.

 

Tout cela n'étonne guère. Dans un pays où les prédateurs ont partout pignon sur rue, chaque vautour a brouté à pleine dent dans la charogne. A commencer par un notaire et un avocat de la place qui ont encaissé chacun la bagatelle de 100 millions F CFA sur les 2,5 milliards accordés aux partants volontaires à titre de solidarité. On a mille preuves qu'on est en face d'une immense escroquerie d'Etat. A titre d'exemple, pour la seule catégorie A, les partants au Sénégal ont perçu 12 millions F CFA, au Burkina 10 millions alors qu'au Mali on ne leur a donné que 4 millions. L'écart est proprement scandaleux.

 

Ce n'est pas en se partageant le butin comme de vulgaires flibustiers qu'on allait dégraisser la fonction publique et fabriquer "une nouvelle race d'opérateurs", but initial du programme.

 

Plutôt en lieu et place on a fabriqué une nouvelle race d'hommes en guenilles qui squattent la Bourse du travail au vu et au su de nos dirigeants corrompus. De Huicomabougou à Fatobougou, aujourd'hui l'antre de Siaka Diakité est devenue le dernier refuge de tous les damnés du pays. Paradoxalement, face à la menace de l'ATVR d'ester en justice, l'Etat prend peur et lui accorde des miettes. On ne compte plus les anguilles sous roche. Il faut rendre gorge car pour les partants la lutte continue.

 

Mamadou Lamine DOUMBIA/L'Indépendant

Publié dans Mali

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