Togo : Tir groupé de l'opposition sur le gouvernement

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Faure GnassingbePlus d’une semaine après la hausse subite des prix des produits pétroliers au Togo, les réactions des principaux partis d’opposition continuent de se faire jour. C’est en réalité à un tir groupé que se livre l’opposition togolaise (parlementaire comme extraparlementaire) pour dénoncer les conditions dans lesquelles le gouvernement du Togo a procédé le 18 juin dernier à l’augmentation des prix des produits pétroliers. Une hausse qui a des incidences directes et indirectes sur tous les secteurs d’activité en terre togolaise.

Le samedi 19 juin dernier, les Togolais se sont réveillés avec la surprenante nouvelle les mettant en courant de la modification du coût des produits pétroliers. Une modification motivée par « une hausse conjuguée de 33% des prix du pétrole de référence, le Brent de Rotterdam, et la hausse du cours du dollar », a tenu à expliquer Kokou Gozan, ministre du Commerce et de la Promotion du secteur privé.

Des arguments qui peinent à convaincre les opposants togolais. En premier lieu, ceux qui Frac (Front républicain pour l’alternance et le changement). Aimé Gogué, premier responsable de l’Addi (Alliance des démocrates pour le développement intégral, membre du Frac) estime ainsi qu’il est temps que le pouvoir en place à Lomé « rende compte au peuple des économies qu’il a réalisées quand il a eu à procéder à la subvention du prix du carburant et créer le Fer (Fonds d’entretien routier) ». Dans le même sillage, Patrick Lawson, premier vice-président de l’Ufc (Union des forces de changement), s’est insurgé contre « l’inefficacité des caisses de péréquation en matière de contrôle des prix du ciment et du carburant au Togo » ! « Au Bénin, la population a été avertie 04 mois à l’avance avant la dernière hausse du prix du carburant (…) Au Ghana, le litre d’essence coûte 445 fcfa. Autant d’exemples qui montrent que le Togo est un Etat à part dans la sous-région. La misère va donc y prendre dans les semaines à venir une ampleur bien particulière dans ces conditions. Raison pour laquelle vous devez plus que jamais persévérez dans la réclamation de la victoire de Jean-Pierre Fabre lors de la présidentielle du 04 mars dernier », a lancé de son côté Robert Olympio, responsable à l’Organisation de l’Ufc lors du dernier meeting hebdomadaire du Frac.

Quand le Rpt franchit le Rubicon

« Quand on fait de la politique, il faut être psychologue ; l’augmentation du prix de l’essence de 75 fcfa au Togo est anormale (…) On ne peut pas procéder à la modification du prix des produits pétroliers quand une partie de la population a les pieds dans l’eau », avertit Agbéyomé Kodjo, président de l’Obuts (Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire, un parti qui vient d’être dissout par la justice togolaise). Et cet ancien Premier ministre du Togo de lire dans le dernier arrêté du ministre Gozan un signe irréfutable de la fin prochaine de l’ère Rpt (Rassemblement du peuple togolais, parti au pouvoir au Togo depuis 1969) : « Le régime Rpt va tomber tout seul car ses yeux sont bandés actuellement. C’est de cette façon que le Tout-puissant laisse tomber des êtres humains qui se rendent coupables d’inconduites », a fait remarquer Gabriel Kodjo le 26 juin dernier, à la faveur de la 15ème marche du Frac visant à contester la victoire de Faure Gnassingbé lors de la présidentielle du 04 mars 2010. Mieux, rectifie Jean-Pierre Fabre : « Ceux que les dieux veulent perdre, ils les rendent fous (…) Les manquements dans la gouvernance du Rpt sont de plus en plus criards et nombreux. La dernière ébullition de la couche sociale de la société togolaise est une marque de l’existence de l’injustice qui règne au Togo. Une réalité contre laquelle s’insurge le Frac depuis plusieurs semaines. Notre mobilisation n’est donc pas celle du Frac, mais celle de tout le peuple togolais (…) Nous n’avons pas le droit de laisser perdurer des injustices en terre togolaise ; chaque vie humaine a un prix aux yeux de Dieu » !

C’est pratiquement le même son de cloche qui résonne au sein de l’opposition extraparlementaire et en dehors du Frac. La Cdpa (Convention démocratique des peuples africains) a ainsi souligné que la décision du ministère du Commerce « est intervenue à une période où le pays est confronté à des problèmes importants d’inondation qui ont dégradé davantage les infrastructures, rendant difficiles les déplacements à Lomé (…) ». Sur le même sujet, le Car (Comité d’action pour le renouveau, parti de l’opposition parlementaire) a fait savoir : « Les raisons de transparence et de vérité des prix évoquées par le gouvernement sont irrecevables si la gestion des différentes taxes perçues sur les produits pétroliers continue de se faire dans l’opacité ». En dépit de toutes ces récriminations, la position de l’exécutif togolais reste inflexible : « Il est apparu aujourd’hui que l’Etat n’a plus les moyens de sa politique de subvention et qu’il est devenu nécessaire de changer d’option, de doctrine et de s’orienter vers une politique de vérité des prix », explique le ministre Gozan. Un tableau qui augure d’un climat social chaud dans les prochaines semaines au Togo.

(AfriSCOOP)

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