Statut particulier au chef de l’opposition : Un couteau à double tranchant

Publié le par Oussouf DIAGOLA

SBM-et-IBK.jpgFaire du leader du parti politique le mieux représenté à  l’Assemblée nationale et qui ne soutient pas le Gouvernement,  le «chef de l’opposition et une personnalité de l’Etat» est en soi salutaire. Mais, cela peut ne pas avoir l’effet escompté.

On ne le dira jamais assez, un des axes majeurs des réformes proposées par le Comité d’Appui aux Réformes Institutionnelles (CARI) que préside le ministre Daba Diawara, porte sur l’«institution d’un chef de l’opposition».

Le document  élaboré par le CARI et rendu public le lundi 19 avril dernier au CICB énonce clairement qu’«est chef de l’opposition, la personnalité choisie par le plus grand groupe parlmementaire de l’Assemblée nationale qui ne soutient pas le Gouvernement...Un décret du Président de la République accorde rang de ministre au chef de l’opposition».

Cette nouvelle disposition de l’architecture institutionnelle du Mali va, si elle venait à être adoptée, donner plus de vitalité à l’opposition dans son ensemble. Ceci, dans la mesure où en Afrique et dans nos pays où la démocratie est en chantier, on ne se bouscule pas du tout aux portillons de l’opposition politique.

 En effet, les partis  ou groupements de partis qui devraient animer cette opposition en ont souvent une peur bleue à tel point que sous différents prétextes qui ne convainquent personne, ils s’allient à la majorité au pouvoir pour être plus près de la mangeoire.

Les leaders de l’opposition sont, souvent hélas, ceux qui «broient du noir». Les militants et les cadres qui leurs sont proches sont considérés comme des téméraires ou des suicidaires; tant leurs leaders n’ont que leur bouche pour promettre, et promettre encore.

En lui octroyant des privilèges liés au «rang de ministre», le chef de l’opposition ne sera pas confronté à la disette qu’on lui connaissait. Il pourra ainsi être porteur d’espoir en terme de moyens grâce auxquels  il pourra exercer son devoir de critique constructive et de dénonciation des revers du pouvoir en place.

Cependant, il est à craindre que le chef de l’opposition se retrouve dans les grâces du pouvoir dont il est censé dénoncer les dérives. On rétorquera que le système fonctionne parfaitement dans le régime parlementaire britannique par ce qu’on appelle le «shadow cabinet».

La question est de savoir si le poids culturel dont un des aspects est le respect et la quasi-vénération que nous (l’Africain et le Malien) avons pour «le chef» a fortiori le «président de la République» ne fera pas que l’opposant en chef soit complexé dans l’exercice de son rôle. Cette crainte se justifie dans la mesure où il pourrait, selon les innovations envisagées,  accompagner dans les voyages officiels le président de la République et les membres du Gouvernement. Lorsque le chef de l’opposition venait à  ainsi «gouverner», partageant les délices du pouvoir, que lui restera-t-il dans sa stature d’opposant ?

Bruno Djito SEGBEDJI/L’indépendant

Publié dans Mali

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