"Sommet France-Afrique: rituel qui ne marque même plus les opinions publiques ni en Afrique, ni en France"

Publié le par Oussouf DIAGOLA

C'est le point de vue de l'historienne Adame Ba-Konaré, l'épouse de Alpha Oumar Konaré, ancien président de la Commission de l'Union africaine et de la République du Mali. L'histoire malienne protestatit déjà contre un cinquantenaire sous l’égide de la France. Elle s’inquiète, dans cette interview accordée à TV5web, de la relation des dirigeants africains avec la France.  

  

Que signifie une telle rencontre, 50 ans après les indépendances africaines ?

Je ne vois pas un très grand intérêt à ces rencontres, je pense que c’est un rituel qui ne marque même plus les opinions publiques ni en Afrique, ni en France. C’est une grande foire où des leaders se rencontrent pour prononcer de beaux discours et où la France se comporte en grand manitou qui donne des leçons et des recommandations.

Il faut noter cependant que pour ce sommet de Nice, les chefs d’États africains vont se réunir sans deux de leurs pairs, les présidents du Soudan et du Zimbabwe qui sont interdits de sommets officiellement pour mauvaise gouvernance. Fait contradictoire, la présence de deux dirigeants putschistes et dont les situations ne sont pas comparables est requise (le chef d’État par intérim de Guinée et le président du Niger).

Y a-t-il un lien spécial entre la France et l’Afrique ?

Il existe indéniablement entre les deux peuples, des liens historiques, hérités de la colonisation, et aussi des liens humains de par la présence des communautés françaises en Afrique et africaines en France. Il y a des liens économiques, de défense et des valeurs communes : le peuple français symbolise les grandes valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. La langue française est certes notre langue commune, mais les langues locales doivent être privilégiées dans nos pays. Je pense que l’Afrique unie est plus notre avenir et toutes nos relations (politiques, économiques, monétaires et de défense)  doivent être analysées à cette aune. Il s’agit aujourd’hui de gérer cet ensemble dans un contexte de partenariat où les parties traitent d’égal à égal. On devrait d’ailleurs parler de rapports avec les États indépendants et non plus avec les anciennes colonies.

La France doit-elle conserver ces liens étroits avec ses anciennes colonies ?

Le président Sarkozy a lui-même déclaré lors d’un déplacement à Cotonou, « qu’il nous faut conjointement chasser les vieux démons du paternalisme, de l’assistanat et du clientélisme. La relation entre la France et l’Afrique doit être transparente. Il nous faut la débarrasser des émissaires officieux qui n’ont d’autres mandats que ceux qu’ils s’inventent… Le fonctionnement normal des institutions politiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguités... »

C’est une proclamation qui traduit bien le fait que la Françafrique est moribonde et qu’il faut signer son acte de décès. Mais, je continue de croire que la Françafrique n’est pas une fatalité. Le constat se passe de commentaire je ne nie pas le poids des intérêts économiques qui existent entre les deux peuples, mais il faut avoir une idée claire de ce qu’on veut et le débat sur l’utilité de la Françafrique ne doit pas rester au niveau des incantations.

 

Tv5MONDE (21 mai 2010)

Publié dans Afrique

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