Côte d’Ivoire : La Cedeao prépare t-elle une intervention militaire?

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://www.co-developpement.org/cedeao2.jpgAprès les chefs d’Etats-majors de la sous-région, c’est au tour des présidents de l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine) de plancher sur l’avenir politique de la Côte d’Ivoire. En cas d’intervention militaire au pays de Drogba, quels coups prendrait l’intégration ouest-africaine ?

L’unité africaine n’est toujours pas une réalité malgré les multiples professions de foi des hommes politiques. Même l’intégration que prônent les organisations régionales du continent noir ne vit généralement que sur le papier. Dans la réalité, c’est toute autre chose. Il suffit de se donner la peine de traverser les frontières terrestres de l’Uemoa et de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest) pour toucher du doigt la réalité ubuesque…

En Afrique occidentale et très précisément dans la zone Uemoa, la Côte d’Ivoire est incontournable. Malgré la crise militaro-politique qu’elle traverse depuis 2002. C’est dire qu’en cas de descente des forces armées de la Cedeao au pays des « Eléphants », c’est une bonne partie de l’intégration ouest-africaine qui serait ébranlée. D’autant plus que la terre natale d’Houphouët-Boigny constitue un important et parfait melting-pot des peuples d’Afrique de l’ouest. Un peu comme le grand Nigeria. Maliens, Burkinabé, Ghanéens, Béninois, Nigérians, Togolais, etc. constituent dans cet Etat des représentants difficilement négligeables de la mosaïque des peuples dans l’ouest de l’Afrique.

En interne comme en externe, le danger est là

Dans une Côte d’Ivoire dans laquelle les cicatrices de l’ubuesque concept d’« ivoirité » sont toujours béantes, à coup sûr, l’hospitalité ivoirienne va changer de baromètre si des contingents des troupes d’Afrique occidentale débarquent à Abidjan. Pour « chasser Laurent Gbagbo du pouvoir ».

Difficile de battre en brèche les appréhensions du régime d’Abidjan autour de cette intervention militaire. Car, si sans ingérence externe, la Côte d’Ivoire a tout même réussi à baigner dans « l’ivoirité », comment va-t-on y concevoir le vivre ensemble après le passage des troupes africaines ? Non seulement en terre ivoirienne, mais aussi dans d’autres pays de la sous-région. Quelle que soit la partie (Ado ou Gbagbo) qui gagnera l’éventuelle bataille d’Abidjan, les partisans et sympathisants des deux camps répartis dans plusieurs recoins de l’Afrique et du monde ne fumeront pas de si tôt le calumet de la paix. Au-delà de la guéguerre fratricide entre Ivoiriens de l’étranger, l’intervention de la Cedeao en Côte d’Ivoire créera aussi du vide entre une partie des Ivoiriens et les Etats qui enverront leurs contingents combattre la première puissance économique de l’Uemoa. Le « non » du Ghana à une participation à la descente militaire à Abidjan relève en partie de ces calculs.

Les premiers responsables du Nigeria, Mali, du Burkina Faso, du Sénégal et du Togo gagneraient donc à mûrir une fois encore leurs réflexions avant de prendre les devants de la force anti-Gbagbo…

AfriScoop

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