RDC/Massacre : La LRA mise en cause par une enquête de l'Onu

Publié le par Oussouf DIAGOLA

RD-Congo.jpgLes Nations unies enquêtent sur des informations selon lesquelles les rebelles ougandais de l'Armée de résistance du seigneur (LRA) auraient tué une centaine de personnes en février dans le nord-est de la République démocratique du Congo.

John Holmes, coordinateur des secours d'urgence de l'Onu, a évoqué le massacre signalé à Kpanga, lors d'une visite dans la région où les rebelles ougandais ont chassé 300.000 personnes de chez elles et, rien que depuis décembre dernier, ont tué 400 personnes et enlevé 400 autres personnes.

Le président Joseph Kabila souhaite que la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) amorce son retrait en juin, à l'occasion du 50e anniversaire de l'indépendance de l'ancienne colonie belge, et l'ait terminé d'ici les élections de l'an prochain. Mais la Monuc redoute que la sécurité se détériore si l'armée congolaise ne parvient pas à prendre le relais.

"Nous avons à nouveau assisté à des massacres, des viols, des actes d'une brutalité inimaginable, qui se poursuivent", a déclaré Holmes samedi, lors d'une visite à Nyangara, la ville la plus affectée par les exactions de la LRA dans la province orientale du Congo.

Human Rights Watch a rapporté le mois dernier que la LRA avait tué 321 personnes en décembre, lors d'un massacre dans la région qui n'avait pas été signalé jusque-là. Le gouvernement congolais a initialement démenti l'existence de ce massacre, mais un fonctionnaire a depuis confirmé la tuerie tout en avançant un bilan moins élevé, de 188 morts.

"Nous avons entendu dire aujourd'hui qu'il y avait eu un terrible massacre en décembre dans la région où nous sommes, et un autre massacre récemment, en février, avec peut-être 100 autres morts", a dit Holmes.

L'Onu enquête sur ces récentes tueries, a-t-il ajouté.

A Nyangara, Holmes a rendu visite a une femme de 23 ans soignée après avoir eu les lèvres et les oreilles arrachées par les rebelles qui tentent de s'assurer le silence de populations en les terrorisant.

"COUTS HUMAINS INACCEPTABLES"

Léontine Masini, une habitante de 25 ans, a raconté les épreuves qu'elle a subies pendant six mois, jusqu'à ce qu'elle réussisse à fuir en profitant de ce que ses ravisseurs s'étaient endormis.

"Ils prennent des bâtons et demandent à ceux qui ont été capturés de frapper quelqu'un à la tête avec le bâton. Si vous ne tuez pas cette personne, vous êtes frappé vous-même", a-t-elle expliqué.

Elle a dit avoir vu tant de personnes tuées qu'elle ne pouvait plus les compter. "J'ai frappé des gens. Je ne les ai pas tués, alors j'ai aussi été frappée."

En décembre 2008, une opération des armées ougandaise, congolaise et soudanaise, soutenue par les Etats-Unis, était censée mettre fin à la rébellion de la LRA, déclenchée vingt ans auparavant et basée au Congo depuis que le groupe a été chassé du nord de l'Ouganda, en 2005.

Les dirigeants de la rébellion et la plupart des combattants ont échappé à cette opération et le groupe s'est divisé, multipliant les massacres. L'Onu et les armées régionales ont dès lors été accusés de n'avoir pas assuré la protection des civils une fois l'opération terminée.

Holmes a fait état de certains "succès militaires", mais il a reconnu que la dispersion des combattants de la LRA les avait rendus plus dangereux.

Dans un rapport publié mercredi, l'International Crisis Group, se montre très critique envers l'opération de décembre 2008. "Censée être une attaque soudaine et fatale, la mission d'origine s'est progressivement transformée en une lente et très coûteuse campagne d'usure à travers trois pays", écrit l'ICG en évoquant la traque de la LRA au Congo, au Soudan et en République Centrafricaine.

"Elle a aussi engendré des coûts humains inacceptables au sein de la population civile locale, et n'a pratiquement pas été tenue responsable de l'absence de protection des civils."

"Ce n'est que par la mutualisation des renseignements et la coordination des activités dans l'ensemble des zones affectées que l'armée ougandaise, ses partenaires nationaux, l'Onu et la population civile pourront espérer pouvoir se débarrasser de la menace de la LRA", conclut ICG.

Reuters

Publié dans Afrique

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