RD Congo : Perspectives et options stratégiques autour des élections de 2011

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://www.france24.com/fr/files_fr/imagecache/aef_43_large/article/image/RD-Congo-FR-m.jpgNous publions ci-dessous un extrait d'une longue analyse de Thierry AWESSO parue dans la dernière livraison de Imagazine. observateur averti des pays africains, le diplomate  et stratège de formation, mais pragmatique de nature, comme il se définit lui-même, affirme que « malgré les crises répétitives, l’instabilité permanente des institutions de la République, les enjeux et les perspectives, il faut poursuivre résolument le processus démocratique, préserver dans la mesure du possible, l’intangibilité des frontières nationales et poursuivre la dynamique de conquête démocratique du pouvoir » Le processus électoral doit être apaisé et certifié selon les normes démocratiques ». Seules conditions, à ses yeux, pour que « le navire RDC » n’échoue pas sur des bancs de sables déjà observés ailleurs.

Le pouvoir en place [à Kinshasa] ayant la caution de la communauté internationale a tout intérêt à accompagner le processus de démocratisation exigé par le peuple Congolais et répondant aux exigences internationales. Gouverner c’est prévoir. En ce sens, le régime KABILA a tout à gagner en aménageant un cadre dans lequel l’animation de la vie politique diversifiée peut s’exercer légalement pour éviter que la rue et le maquis ne soient les derniers recours. Cela serait plus sage et plus responsable. L’équipe du président KABILA, président sortant, à la responsabilité d’organiser le débat politique autour d’une bipolarisation « Pouvoir-Opposition » pour décrisper les positions trop rigides du fait des longues crises successives dans un souci d’apaisement et d’intérêt national.

Compte tenu de tout ce qui précède, Etienne TSHISEKEDI leader de l’UDPS, VITAL KAMERHE de l’UPNC, et les représentants de JEAN PIERRE BEMBA, principaux acteurs politiques de l’opposition doivent être réalistes et intégrer les rapports de force en tenant compte des réalités du pouvoir et de la position de la communauté internationale sur la gestion de la crise des grands lacs.

Une seule alternative gagnante peut éventuellement leur permettre d’accéder au pouvoir : leur unité. Quelque soit sa popularité, aucun opposant ne réussira seul, à conquérir le pouvoir et à réussir à le saisir et à l’assumer.

L’actualité des derniers processus électoraux en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire nous conduit à anticiper sur les hypothèses les plus probables suivantes:

1-Quelques soient l’issue du scrutin de 2011, la gestion du contentieux électoral aboutira à une crise sérieuse qui est susceptible de rompre les équilibres fragiles sur lesquels reposent les institutions de la République et ce qui reste de la cohésion sociale.

2-Il s’en suit que la mise en place concrète et pratique de l’administration électorale doit au préalable être l’objet d’un consensus politique, accompagné par la communauté internationale. Il en est de même bien naturellement du fichier électoral, difficile à mettre en oeuvre du fait que plusieurs provinces du pays sont occupées ou sont des zones de « non droit ».

3-La gestion de la problématique du vote des réfugiés et des déplacés et les risques de fraudes massives

4-Suites aux crises successives, et aux graves conséquences qui en découlent, la passion et l’émotion déjà observées çà et là ces derniers jours ,alors qu’on est encore à plusieurs mois du scrutin, la communauté internationale doit prendre exemple sur la sortie de crise à l’issue du processus électoral Guinée avec la nomination du Général SANGARE à la tête de la CENI. Il faut proposer et mandater à la tête de la commission électorale indépendante, un expert international civil ou militaire, non Congolais si possible, avec une équipe autonome, ayant des pouvoirs d’arbitrage et de recadrage étendus.

5-Des missions d’observations, crédibles et non complaisantes doivent être également déployées sur toute l’étendue du territoire. La certification des résultats par les Nations Unies pourraient être un élément supplémentaire pouvant garantir le maximum de transparence, à condition bien entendu que les différents acteurs politiques s’entendent sur la valeur juridique de ce label, par rapport in fine, aux prérogatives de la cours constitutionnelle. En d’autres termes, vu la situation qui prévaut aujourd’hui en Côte d’Ivoire, il faut éviter la confusion et préciser le cadre juridique et institutionnel des accords, fruit du consensus de sortie de crise.

6-Des moyens de communications par VSAT et FAX devraient permettre l’acheminement, la réception, la compilation et la centralisation des résultats en temps réel. Vu l’état des infrastructures routières, et l’étendue du territoire, cette condition est encore plus indispensable.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les Congolais ayant comme patrimoine commun l’étendue de leur territoire national, et leur attachement à leur patrie, j’estime que, pour donner une chance de sortie de crise apaisée à la RDC, la communauté internationale doit encourager le pouvoir en place et l’opposition à se concentrer sur l’essentiel : la reconquête du territoire national, la réconciliation nationale et le redressement économique pour mettre fin à tant d’années de gâchis, d’errance et d’irresponsabilité.

Ainsi, les Nations Unies, garante de la paix et de la sécurité internationale, si elles souhaitent vraiment conquérir la paix dans la région des grands lacs, une paix impossible de façon durable sans sa consolidation en RDC, à la l’impérieuse responsabilité de préparer les principaux leaders politiques, pouvoir comme opposition, à l’issue de ce scrutin à haut risque, à la mise en place d’un gouvernement de large ouverture. Il sera une entité responsable articulée autour des valeurs communes et des enjeux fondamentaux cités plus haut. La première phase de remise en route des institutions de la République et de reconquête de l’intégrité du territoire nationale ne se fera qu’à ce prix. Puis, les futures élections législatives et locales redistribueront les cartes et redessineront les contours politiques de la RDC, dans un climat plus apaisé et plus serein. Un processus de décentralisation bien structuré viendra détendre les rapports entre KINSHASSA et les provinces et permettra ainsi aux administrés de s’approprier progressivement une véritable culture démocratique moderne.

La crise récurrente des grands lacs possède des vertus pédagogiques évidentes dans la mesure où elle suggère désormais aux politiques Congolais et à leurs compatriotes des modes d’ajustement appropriés susceptibles d’éviter les affrontements armés qui ont finalement montrés leurs limites. La situation actuelle du pays montre à suffisance que, quelque soit la victoire atteinte par la force des armes, pour jouir des avantages liés à l’exercice du pouvoir et se consacrer dans la sérénité au redressement du pays, il faut finalement s’asseoir autour d’une table de négociation, pour définir ensemble, les nouveaux contours de la gestion du patrimoine commun.

Cette crise devrait avoir permis aux hommes d’Etat en poste, ou dans l’opposition, dans leur refus salutaire de persévérer dans la guerre, de porter une attention plus soutenue aux conséquences de leurs actes et décisions.

Désormais, plus avertis, l’humilité doit guider leur pas et les inciter à gouverner avec d’avantage de prudence et de circonspection, dans un respect mutuel. La sortie de crise, quand elle sera réellement effective, va permettre, non sans paradoxe, d’accroitre progressivement la confiance entre les adversaires et donc à stabiliser leurs rapports. Cela devrait être la résultante directe de la mise en place consensuelle d’institutions fortes pouvant garantir aux uns et aux autres, le libre exercice de leurs options et responsabilités politiques.

L’enracinement de la démocratie est un long processus irréversible, une longue marche obligatoire, dans ce vaste village planétaire. Oui, il est évident que le chemin à parcourir reste encore long. Oui, il est aussi certain que le continent Africain n’en fera pas l’économie. Les générations qui suivent exigent ces mutations. Les yeux rivés vers l’horizon, les jeunes Congolais réclament de plus en plus d’espace de liberté et de démocratie en exigeant que leurs choix exprimés lors des scrutins soient respectés. Plus rien ne les fera fléchir ou reculer…

Par Thierry AWESSO

Publié dans Afrique

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