Présidentielle 2012 : Enigmes et grand chamboulement

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Carte du Mali vertQu'écrire que vous n'aurez pas encore lu ou ne lirez pas forcément avant le 1er  trimestre 2012 ? Qu'un tel est meilleur qu'un tel parce que ?... Que tel parti vaut mieux que tel autre parce que ?... On pourrait, mais plutôt que plonger dans de savantes analyses,  nous avons tenté de mettre à jour tous ces petits détails que cache cette grande course.  Et qui vous aideront à mieux apprécier le " Djandio " de 2012.

En passant au peigne fin l'histoire des quatre dernières présidentielles qui ont donné deux mandats consécutifs aux deux premiers présidents qui se sont succédé depuis le début de la démocratie en 1991 dans notre pays, nous allons essayer de dresser le profil du prochain gagnant. Pour qu'une élection présidentielle ait une aura internationale, il faut que ses participants viennent d'horizons différents, histoire de lui offrir un retentissement planétaire. Et que constate-t-on à la lecture de son palmarès ? Que, depuis 1992, année des  premières élections multipartites, à la présidentielle, le candidat du parti le mieux structuré, le mieux préparé, et le plus riche gagne.

Victorieuse lors de la création de ce groupe I (pour coller au vocabulaire hippique) par l'intermédiaire d'Alpha Oumar Konaré en 1992, l'Adema compte à ce jour deux victoires consécutives. La première ne relève pas du hasard. Quand les autres avaient des précautions corporatistes, les responsables du parti visaient déjà Koulouba. Elle était la mieux préparée e toutes les formations et le choix des candidats fera le reste. Le Président du Parti, Amadou Baba Touré (Paix  son âme !), laisse la place à Alpha, ancien de l'Udpm, donc plus connu. L'Adema ira bien au-delà : tous les ténors du parti de Moussa Traoré, qui sont fréquentables à ses yeux, seront courtisés. Le résultat est connu. Un président élu à la tête du pays et une majorité à l'Assemblée nationale, dont une quarantaine de députés issus de la défunte Udpm.

Certes, Alpha est un acteur du mouvement démocratique, mais il n'était pas au devant de la scène au même degré que les Me Demba Diallo, Mountaga Tall, Drissa Traoré… des candidats qu'il battra pourtant à la présidentielle. A souligner que la scission de l'Us - Rda a augmenté la chance des Abeilles et fragilisé, bien entendu, celles de Mamadou Tiébilé Konaté du Bdia (formation issue du Rda).

En 1997, il n'y a pas eu du tout d'élection. La gestion concertée des affaires, prônée par l'Adema, lors de son premier mandat, ayant échoué, des imbroglios avaient empoisonné la vie politique malienne. Le Collectif des partis politiques de l'opposition (Coppo) avait appelé au boycott. Et, pour donner un semblant de pluralité au scrutin, Alpha s'est fait ''supplémenter''. Il s'achète un concurrent de paille, vous connaissez la suite. Vint 2002 l'Adema, rongée par le virus de leadership, se désintègre et perd face à un candidat indépendant.

Pour ne pas vous noyer, nagez vers la côte …

Attendue et surtout préparée de longue date par les états - major, l'élection présidentielle est une course de vie d'un parti politique. On comprend mieux alors que si certains se font plaisir de présenter un candidat sans la moindre chance de gagner "au papier", la plupart des participants sont de véritables champions que seul un déroulement de course plus ou moins avantageux départage.

Es-ce pour cela qu'un favori doit être suivi les yeux fermés ? La réponse est oui, lorsqu'il est " écrasé d'argent". Comprenez cote de popularité ; comme ce fut le cas d'Amadou Toumani Touré en 2002. A l'inverse, lors d'une élection dite "plus ouverte " où le favori des électeurs affiche une cote un plus terne dans les sondages, il manque souvent à l'appel, pour la gagne s'entend… cas Jospin en France, mais également de Soumaïla Cissé au Mali, la même année en 2002. Certes, ATT s'est laissé aider par certains partis dont une partie de l'Adema en 2002, mais sa cote de popularité était telle, même sans ce soutien, qu'il gagnait. Car, en plus de son aura, il était aussi bourré d'argent que ses principaux rivaux, Ibrahim Boubacar Keita et Soumaïla Cissé.

Nous ne dirons pas qu'il n' y a pas eu de tripatouillage par zèle ou d'autres raisons de la part du régime sortant. Mais l'engouement du peuple au changement suffisait à donner la victoire au champion issu de l'écurie indépendante.

En 2007, les champions des grandes écuries telles l'Adema et l'Urd sont déclarés non partants. Le scrutin, une fois encore, avait besoin de légitimité populaire. Les candidats se feront parrainer par des élus municipaux et le tenant du pouvoir et non moins président sortant, déterminé à remporter son second et dernier " Grand Prix de la  Nation " qui a lieu tous les cinq ans. Dès le départ ATT, plus affûté, prendra tête et corde et dans un canter, il s'assure la victoire dès le premier tour. IBK, seul crack présenté par une écurie respectable, mais également, Tiébilé Dramé et Oumar Mariko, deux secondes chances issues d'écuries assez sérieuses, tombent. La splendeur du triomphe est contestée par les adversaires.

Sous les ordres des grands chamboulements

Comme vous le constatez, la grandeur d'une écurie ne mène forcément pas à Koulouba. Il faut souvent des alliances contre-nature, mais également, il faut emprunter des passerelles dérobées construites sur des bases de compromission. On s'aperçoit notamment qu'au cours des vingt dernières années, pour gagner la présidentielle, il a fallu avoir une cote de popularité au-dessus de la moyenne, un appareil électoral performant, et beaucoup d'argent pour acheter la conscience des administrateurs vénaux et des électeurs vendables.

Le grand prix de 2012 (grande course électorale) s'annonce très ouverte. Les bons présidentiables n'ont pas les meilleurs appareils requis pour gagner. Cas de Cheick Modibo Diarra, Soumana Sacko, Oumar Mariko, Tiébilé Dramé, Mountaga Tall, Modibo Sidibé. A défaut de grand miracle, ils doivent saisir leur chance au rebond en 2017. Et les bonnes formations, elles, manquent de cohésion pour faire élire leur crack : cas de l'Urd. D'autres n'ont simplement pas du tout d'homme présidentiable comme à l'Adema, la présidentielle étant uninominale, le charisme du candidat représente 60 pour cent des chances. Mais aussi existe l'énigme Rpm. Voici une écurie sérieuse possédant un champion qu'elle n'engage qu'à bon escient, même s'il a souffert face à un outsider lors des législatives passées : Moussa Mara, il est établi que le Rpm, encore moins un autre parti, ne peut gagner seul la présidentielle de 2012.

Place aux alliances !

S'il fallait attribuer une cote comme aux courses PMU aux éventuels protagonistes connus à ce jour, les bookmakers, qui aspirent au changement, auront du mal à donner des chiffres. Mais, timidement, ils pourraient se permettre de simuler le pari suivant : IBK 2/1, Soumaïla Cissé 6/4, Cheick Modibo Diarra 21/10 ; Modibo Sidibé sera proposé à une cote de gros outsider de 74/1, loin derrière Oumar Mariko, un outsider intéressant proposé à une cote de méfiance de 14/1. La course est très ouverte et elle peut réserver de désagréables surprises. C'est sur le terrain des alliances, semé  d'embûches, que le jeu arbitré par des forces religieuses se fera en 2012. Il va falloir semer des cailloux derrière soi pour retrouver son chemin.

A l'Adema, on se dit prêt à aller avec le Parena et le Rpm mais pas avec l'Urd menacée de scission par une guerre de ses chefs. Cependant le parti d'IBK tend une main fraternelle à son rival dont le champion connu est Soumaïla Cissé. Ibrahim Boubacar parviendra t-il à faire la jonction entre l'Urd et l'Adema et reconstruire l'Adema originelle ? Pas certain, rétorque un ouvrier de la grande ruche. Dans ce cas, l'entente et la cohésion sont vivement recommandées au sein de l'Union pour la République et la Démocratie qui doit chercher des alliances ailleurs, ses " amis naturels " lui tournant le dos, le Cnid lui aussi rechigné par le Parena pourrait être une consolation pour Soumaïla Cissé . Aussi, un rapprochement Parena-Adema  serait mal vu par certains barons abeilles.

Le camp présidentiel s'active, lui aussi, de son côté. Les piètres résultats des citoyens en mouvement politique, pardon, lors des consultations politiques n'ont pas convaincu le locataire  de Koulouba, qui cherche désespérément un héritier digne de reprendre le relais et continuer sa course. Reste à savoir qui de Modibo Sidibé ou de Cheick Modibo Diarra sera candidat du "Grand Parti Présidentiel ", et reste à savoir, si ce rassemblement annoncé pourrait venir à bout de la collusion Adema-Rpm-Parena. A moins qu'un favori caché, soutenu par des forces, elles aussi discrètes, ne surgisse et coiffe nos champions au poteau en 2012. On peut s'attendre à un duel IBK,  présenté par l'alliance Adema-Rpm-Parena et Soumi, engagé par une partie de l'URD qui se distingueront lentement mais sûrement.

Abdoul Karim Dramé (Le Challenger)

Publié dans Mali

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