Nigeria : Le Général Babaginda s'essaie à la démocratie

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Ibrahim Babangida. Signe particulier : ancien putschiste et ancien président. Son ambition : reconquérir le pouvoir d’Etat, qu’il a quitté il y a 17 ans par la force des choses. Il a longtemps remis à plus tard la transmission du pouvoir aux civils. Il dut démissionner du pouvoir après avoir refusé de publier les résultats des élections de 1993 dont Moshood Abiola était vainqueur.

C’est donc pratiquement sous la contrainte qu’il a quitté les affaires. Ce personnage qui s’était fait pratiquement oublier, resurgit en cette veille de campagne électorale avec des ambitions renouvelées. Il guette la magistrature suprême. L’homme est candidat pour les primaires au sein de son parti, le PDP. Une étape décisive pour lui. Celui qui est arrivé par effraction à la tête du géant pétrolier de l’Afrique de l’Ouest a décidé de faire le même chemin mais cette fois- ci, en se soumettant à la sanction ou plutôt à la dictature des urnes. Rangées donc la tenue de général et la kalachnikov, place au programme politique et à la capacité de mobilisation. Il doit d’abord convaincre dans son propre camp qu’il est l’homme de la situation. Mais déjà, on ne peut s’empêcher d’applaudir cette candidature. C’est une transformation extraordinaire que l’homme a subie en 17 ans de mise au placard. Le putschiste est redevenu, grâce aux vertus de la démocratie et du pluralisme politique, un citoyen électeur puis éligible à la magistrature suprême.

Sa candidature suscite cependant quelques interrogations et n’est pas sans poser de problèmes au sein de son parti. Qu’est-ce qui a bien pu tirer cet homme de sa retraite ? Il annonce sa candidature à un moment où le débat sur le respect de la règle non écrite qui veut qu’un musulman rebelote pour un second mandat, n’est pas encore tranché. Avec sa candidature, le camp des candidats musulmans s’élargit comme pour marquer leur prétention à jouer les premiers rôles. Cette seconde candidature montre bien que l’on tend vers un diktat de fait et le respect de la règle non écrite sous réserve que le président en exercice, Jonathan Goodluck sorte de sa torpeur. Toute chose qui ne manquera pas d’ajouter du piment à ces primaires au sein du parti au pouvoir. Mais une chose est sûre, l’homme n’a pas la trempe de ATT ni d’Obasanjo. Ces deux-là ont eu à prendre des décisions qui ont changé le cours des événements de leur pays respectif au prix d’un renoncement personnel.

Depuis 1993 qu’il observe la vie politique de son pays, résolu à ne plus prendre le chemin des coups d’ Etat malgré une tension sociopolitique, ethnique et religieuse persistante, on espère que l’homme a compris la leçon et pris goût à la démocratie. Ibrahim Babangida est à la recherche d’une seconde chance, d’une seconde vie, en espérant que les Nigérians ont pardonné ou oublié l’image de dictateur qu’il s’était maladroitement forgée.

Le Pays (Burkina)

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