Aqmi : Entre naïveté américaine et mauvaise foi française

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://24heuresactu.com/wp-content/uploads/2010/11/sarkozy-obama-photo-11.jpgAQMI gagne du terrain et en audace. Il nous attaque au cœur de nos capitales, dans nos intérieurs les plus sécurisés. Ce groupe terroriste, qui n’attire que faiblement l’attention de ceux qui ont les moyens de le combattre véritablement, mûrit lentement mais sûrement. AQMI a ses soldats, sans numéros matricules et, il n’a pas besoin de les contrôler ou de les suivre pour qu’ils lui apportent de sensationnels attaques ou attentats à sa macabre collection.

Nous sommes loin de l’Irak ou de l’Afghanistan, plus présents dans le débat politique américain et dans l’esprit de Barack Obama. AQMI est donc, pour le moment, une préoccupation de moindre importance dans l’agenda de guerre du président américain. D’abord pour les raisons que nous évoquons ci-dessus et ensuite  parce que Obama a été assez naïf pour penser que les Etats riverains du Sahara et la France, leur ancienne puissance coloniale, s’entendraient pour vaincre le monstre naissant. Cela est une grave erreur d’appréciation qui pourrait mettre en évidence le peu de connaissance des réalités internationales dont les adversaires de Barack Obama l’avaient accusé. Ses hésitations, depuis qu’il est à la Maison Blanche, ont fait perdre l’avance que les Etats-Unis ont eu dans la  guerre contre la version africaine d’Al Qaeda. Son prédécesseur, Georges W Bush, était sur ce plan plus visionnaire. Il a compris qu’Al Qaeda n’a pas de frontière et qu’il se déplace de par le monde, attiré par la misère des populations et le dénuement des Etats. La France dont il reçoit le président cette semaine et sur laquelle Obama compte se reposer, n’est ni crédible ni assez engagée dans le Sahel pour apporter des réponses sûres contre le terrorisme. Ancienne puissance coloniale, au milieu d’Etats qui gèrent des conflits dont elle est à 99% responsable de par son découpage post-colonial, elle n’inspire ni assurance ni confiance. L’idée générale qui vient à l’esprit à la vue des configurations ethniques des Etats, est que, la France a voulu, par là même, prolonger sa main mise par des conflits dans lesquels elle jouera plus tard le rôle de gendarme. Les troupes françaises, à la différence des américaines, évoquent d’ailleurs de douloureux souvenirs dans de nombreuses parties de l’espace sahélo saharien. Dans ce cas, la lutte contre AQMI prendrait du retard et donnerait aux terroristes les divisions dont ils ont besoin, dans les points de vue entre nous, pour prospérer et préparer des victoires. L’Administration Républicaine sous Bush l’avait bien compris. Elle avait mis au point un dispositif sérieux où elle pourrait venir en aide, en moyen et en expertise, aux populations civiles et aux armées squelettiques de nos Etats. Cette ardeur et cette détermination, saluées par tous à l’époque, furent refroidies avec l’arrivée  au pouvoir de l’afro-américain Obama et non moins Prix Nobel de la Paix. Sans se désengager officiellement, Obama cultive la politique de la retenue et de l’ « observationnisme ». Les quelques centaines de soldats US, accueillis en héros chez nous, limitent désormais leur action à une formation sommaire et surtout à la collecte d’information, rendant ainsi quasi-nul, leur présence dans nos murs. Les soldats de l’Oncle Sam semblent être en vacances, laissant les populations à leur misère et nos Etats dans l’angoisse de la division et de l’interrogation face à un AQMI de plus en plus fort et organisé. La France de Sarkozy excelle, quant à elle, dans des déclarations aussi tapageuses qu’inutiles. Le 09 janvier pendant qu’il était aux Antilles, Sarkozy qui ira à la Maison Blanche parler de terrorisme et du Sahel, n’a eu que des mots confus, suite à l’enlèvement et à l’assassinat de deux jeunes français, enlevés deux jours plutôt en plein Niamey. La France le démontre bien, qu’elle n’a aucune solution pour le Sahel.

Mais la faute de cette impasse n’incombe pas totalement à la naïveté d’Obama et à la mauvaise foi française. Pour le cas du Mali, sur lequel nous avons plus d’informations, à ce jour, notre pays ne dispose d’aucun lobbyiste dans la nomenklatura américaine. Ni télévision, ni journal encore moins sénateur, acteur de cinéma ou universitaire ne s’intéresse au Sahel ou au Mali. Notre pays n’est évoqué que très vaguement dans les débats du plus puissant empire économique et militaire de ce temps. Notre diplomatie de l’hésitation et du compromis n’est ni offensive, ni créatrice, ni efficace dans ce domaine. C’est pourquoi ce qui nous vient en terme d’aide ne vaut même pas les pourboires que perçoivent les intermédiaires au Pakistan ou en Afghanistan. Alors que le danger terroriste que vit nos populations, la faiblesse de nos moyens et l’embarras de nos Etats ne sont guère différents et commanderaient plus d’attention et de solidarité. En recevant Sarkozy à la Maison Blanche, Obama dupé, continuera certainement dans l’erreur d’aller en contresens de la politique américaine d’appui et offensive, qui était la bonne, pour plaire à son hôte et « ami » qui n’a ni les moyens politiques ni la volonté de faire la paix dans un espace qu’il continue toujours de considérer  de par les faits comme son héritage.

Le Ptentiel

Publié dans Afrique

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