Maroc/Espagne : l'enclave de Melilla source de tensions

Publié le par Oussouf DIAGOLA

La police et des associations marocaines dénoncent le traitement des migrants lors des contrôles à la frontière.

Mardi les habitants de Melilla étaient privés de ciment et de briques. Ce mercredi, ce sont les fruits, les légumes et le poisson qui ne devraient pas passer la frontière marocaine, bloqués par un mouvement de protestation contre la police espagnole. La petite ville de 70 000 habitants, une enclave espagnole sur la côte du Maroc, cristallise, une fois encore, les va-et-vient diplomatiques des relations entre Madrid et Rabat.

L'affaire a commencé début août par un télégramme diplomatique du Maroc. La police espagnole userait de violence à l'égard des migrants marocains et subsahariens lors des contrôles à la frontière. Faute de réponse immédiate, Rabat multiplie les communiqués et proteste à cinq reprises sur le même sujet. Dans la foulée, des «associations citoyennes» marocaines placardent à la frontière des photomontages représentant des policiers aux mains tachées de sang. Les mêmes collectifs organisent un blocus sélectif des approvisionnements, sous l'œil impassible de la police marocaine.

Le gouvernement espagnol dit avoir été surpris par ces attaques. Si les bavures des forces de l'ordre sont régulièrement épinglées par les associations humanitaires, elles mettent habituellement dans le même sac polices espagnole et marocaine. Surtout, les tensions autour de la valla - la clôture -, l'une des seules frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe, ne sont pas nouvelles : elles existent depuis l'entrée de l'Espagne dans l'Union européenne. Et la contestation de la souveraineté espagnole à Melilla et à Ceuta, l'autre enclave sur le sol marocain, est devenue un rituel des relations entre les deux pays.

Mais les mouvements de protestation n'avaient jamais été aussi loin. Pour certains analystes, l'objectif de Rabat est de tester la capacité de réaction d'une Espagne affaiblie par la crise économique et en perte d'influence sur la scène internationale. D'autres observateurs font valoir que la lenteur de Madrid pour accréditer le nouvel ambassadeur marocain Ahmed Ould Souilem, transfuge du Front Polisario, est très mal perçue par le Palais.

De son côté, le Parti populaire (PP, droite), majoritaire à Melilla, critique le manque de fermeté de l'exécutif à l'égard du Maroc. Lorsqu'il était aux affaires, le conservateur José Maria Aznar (1996-2004) avait au contraire provoqué un gel total des relations diplomatiques en réglant par la force un conflit de souveraineté sur le minuscule îlot Persil.

Après avoir temporisé sans succès, Madrid multiplie les tentatives d'apaisement. C'est d'abord le roi Juan Carlos I qui a décroché son téléphone pour essayer de régler la situation entre monarques. Puis le président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, a assuré aux autorités marocaines qu'il les «informerait» et qu'il leur «expliquerait» les règles observées par les agents à la frontière. Enfin, le ministre de l'Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, se rendra à Rabat lundi prochain pour y rencontrer son homologue. Le temps presse pour les Espagnols. Car si les autorités marocaines ont baissé le ton, les associations ont pris le relais. Après avoir organisé le boycott de Melilla, elles ont annoncé mardi leur intention d'étendre le mouvement à Ceuta.

 

Le Figaro

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