Markala : des paysans refusent de laisser leurs terres pour un projet sucrier

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Le projet que le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, avait dénommé « l’enfant de Choguel » quand celui-ci était encore ministre de l’industrie et du commerce, qui doit drainer un investissement de plus de 78 milliards de nos francs, tarde à voir le jour à cause du refus des populations locales de quitter les sites choisis pour abriter les champs de canne à sucre.

Lancée en 2004, le projet sucrier de Markala est toujours confronté à de nombreux problèmes qui bloquent sa réalisation. Sur le terrain, les paysans refusent toujours de libérer le site prévu pour sa réalisation et on ne cesse depuis lors de changer de site.

Dans un premier temps, c’est un site situé entre Markala et Ségou qui avait été retenu pour la réalisation du projet. Ce qui a même valu l’appellation « Projet sucrier de Markala »  ou « Société sucrière de Markala (SOSUMAR) ». Mais les populations de cette zone ne lui ont pas réservé un accueil enthousiaste. Elles ont estimé que l’implantation d’un tel projet sur leurs terres peut entrainer des conséquences fâcheuses comme, par exemple, la famine. Leur hostilité a fini par contraindre l’Etat à transférer le projet sur un autre site. La zone de Séribala-Dougabougou fut retenue et le choix était tellement pertinent que le site s’étend sur plus d’un million d’hectares, et de surcroit inhabité. Les choses pouvaient ainsi bien démarrer, si l’expérience malheureuse de SUKALA.SA n’avait pas vite déchanté les porteurs du projet SOSUMAR.

En effet, les chinois  rencontrent d’énormes difficultés pour la récolte de leurs cannes à sucre. La zone étant presque inhabitée, ils sont obligés d’aller en pays dogon pour chercher la main d’œuvre, avec corollaire un renchérissement des coûts de production. Une situation qui a de nouveau contraint le gouvernement à transférer le projet pour un autre site, la commune de Sansanding, relativement peuplée. Dans une telle densité de population, on voulait réaliser un projet de près de 15 000 hectares . La méthode retenue fut de déposséder les populations de leurs terres et de les dédommager, même si elles pouvaient demeurer dans leurs villages. Mais, une fois de plus,  les populations n’ont pas cautionné qu’on vienne les exproprier du seul bien  que la nature leur a octroyé. 

Et SOSUMAR a rajouté à leur colère avec sa méthode de dédommagement, une évaluation arbitraire  qui ne prenait pas en compte l’espace occupé (50 000 FCFA). Un vieux, par exemple, qui avait plus de 70 hectares, a vu le projet calculer son dédommagement sur la base de 45 hectares . Et au village de Wélétiguila (commune de Sansanding) où le projet était déjà en expérimentation sur une superficie de 200 hectares, les paysans ont passé trois ans sans rentrer en possession de leurs dus, malgré les engagements pris par les initiateurs du projet. Il a d’ailleurs fallu que Abou Sow, à l’époque gouverneur de la région de Ségou, lance un ultimatum pour le 31 mars 2009 pour que SOSUMAR respecte son engagement en mettant les paysans dans leurs droits.  Ecœurées par une telle donne, les populations ont fini par renoncer purement et simplement à l’implantation du projet dans leur zone. Non seulement elles ne font plus confiance aux garanties du projet, mais surtout refusent qu’on vienne les exproprier de leurs terres. Elles pensent par exemple qu’il était préférable que SOSUMAR procède comme l’a fait la CMDT avec la culture du coton : les paysans produisent et vendent leur production à la société, au lieu qu’elle achète les terres.  Et puisque la société ne veut pas d’une telle proposition et tient à ce que les populations soient dépossédées de leurs terres, mais celles-ci n’entendent pas se laisser faire. Du coup, le projet se trouve bloqué dans sa phase de réalisation et les 78 milliards FCFA des partenaires peuvent continuer à dormir dans leurs mallettes.

Abdoulaye Diakité/L'Indicateur du Renouveau

Publié dans Mali

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