Mali : Pourquoi aucune publicité sur le rapport de la Casca sur la corruption

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Palais de KouloubaJamais auparavant, la présentation et la remise du rapport de la Cellule d'Appui aux Structures de Contrôle de l'Administration (CASCA) n'ont fait objet d'autant de mystères. Plus d'un observateur s'interroge sur les raisons de ce flou artistique lequel n'est assurément pas sans conséquences sur la volonté prétendue réelle du président ATT de lutter efficacement contre la corruption dans son pays.

Interrogés, la plupart des confrères disent avoir ouï parler du fameux rapport 2008-2009 de la Cellule d'Appui aux Structures de Contrôle de l'Administration. Et pour cause : pour la première fois, ils étaient triés sur le volet ces chanceux a être conviés à la cérémonie solennelle de présentation du document au Palais de Koulouba. Et pour une première fois encore, la Maison de la presse n'eut pas droit à des copies du rapport destinées à l'ensemble de la presse. Et ceci expliquant cela, les mille et un scandales évoqués par le document sont en passe d'être banalisés. La publication à grande échelle du rapport s'avérait pourtant l'une des armes dissuasives dans le cadre de la lutte contre la corruption et prônées par les initiateurs de la CASCA sous Alpha Oumar Konaré. C'est ce régime, en effet,  qui mettra en œuvre ladite cellule en 2000 et procéda depuis lors,  à une publication à grande échelle de ses rapports.

Le président élu Amadou Toumani Touré, à son tour, respecta la tradition. La CASCA fut maintenue dans sa fonction initiale nonobstant la création d'un Bureau de Vérificateur Général. Ses rapports continuèrent à être largement publiés, du moins, jusqu'à ce jour.

Le rituel consistait d'abord à diffuser un communiqué radiotélévisé à l'intention des media, lesquels, dans le meilleur des cas, étaient invités à prendre part à la cérémonie de présentation du document au chef de l'Etat à Koulouba. Des centaines de copies étaient par la suite mises à la disposition de la Maison de la Presse à l'intention de tous les organes. En ces temps, la transparence était de mise. 

On retiendra, certainement pour la première fois, que le régime en place vient de rompre avec une habitude instaurée par son prédécesseur. Le président Amadou Toumani Touré  a en effet reconnu et reconduit tous les symboles et héritages de son "grand Frère" : "Le mois de la Solidarité ", "La Journée d'Interpellation démocratique", «la semaine de l’intégration», entre autres. Bâtisseur devant l'Eternel, il se garda même de toucher aux monuments érigés par son aîné. Mais là…

Les temps ont visiblement changé. Aujourd'hui, Point de communiqué. Guère d'invitation ! Tout le monde doit se contenter d'un compte-rendu plutôt succinct des medias d'Etat, lesquels, comme par pur  hasard, sont fortement épinglés par le rapport en question. Ceux-ci restent pourtant les menus fretins. De fortes personnalités très proches du pouvoir sont cités.  

L'apport des medias est pourtant reconnu capital dans la lutte contre la corruption et la délinquance financière. Le récent Forum sur la question l'a confirmé et même procédé à un début de communication dans ce sens. Mais voilà que  la machine s'est brusquement grippée. L'on évite soigneusement la publicité autour des cas pourtant avérés de corruption laissant les accusés trouver d'éventuels arrangements avec une justice sous la coupe du même régime ou tout simplement, "indépendante de tout, sauf de l'argent sale" [dixit le Ministre de la Justice, Fanta Sylla,]. On imagine aisément la suite… Il s'agit d'un stratagème savamment conçu et entretenu pour les besoin de la cause. Autrement, qu'ATT lui-même aurait perdu la foi en matière de lutte contre la corruption et la délinquance financière dans son pays.

B.S.  Diarra/Aurore

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