Mali : Les armes redoutables des amis d'ATT pour la présidentielle de 2012

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Le bilan du président ATT, qui est loin d'être mauvais, la faiblesse des partis politiques qui se manifeste par des rivalités intestines et des querelles de leadership comme on en voit actuellement entre Me Mountaga Tall et N'Diaye Bah et la mainmise sur les moyens colossaux de l'Etat. Voilà des armes redoutables aux mains des amis d'ATT pour se maintenir au pouvoir après le retrait de leur idole le 8 juin 2012. Toutefois, pour maximiser leur chance, il leur faut un candidat  qui, à défaut d'avoir le parcours exceptionnel d'ATT, possède au moins une envergure nationale.  On peut penser à l'actuel Premier ministre, Modibo Sidibé. Le parrainage d'ATT lui-même ne serait pas de trop.

L'annonce de la création d'un parti qui va regrouper les amis du président ATT (militants et cadres du Mouvement Citoyen et ceux de bien d'autres formations politiques et associations) fait l'objet de tous les commentaires aujourd'hui partout dans les grains, les bureaux, au marché ainsi que dans les salons feutrés de Bamako. Surtout quand le président ATT lui-même a manifesté sa volonté de soutenir ses amis qui veulent maintenant créer un parti politique, lors de sa traditionnelle conférence de presse du mardi 8 juin dernier, dans la Salle des Banquets du Palais de Koulouba.

Cette option des amis du président ATT présage une rude bataille entre eux qui veulent assumer l'héritage de leur mentor  et les partis politiques qui aspirent conquérir le pouvoir en 2012. Déjà, les premiers signaux d'une confrontation entre les amis d'ATT et les partis politiques sont apparus avec la démission spectaculaire de N'Diaye Ba, Secrétaire général du CNID depuis une quinzaine d'années et non moins ministre de l'Artisanat et du tourisme depuis huit ans.

Cette démission, même si elle n'a pas, à ce jour, produit l'hémorragie tant annoncée, au sein du CNID, n'en a pas moins affaibli ce parti. Un parti historique qui a été à la pointe du combat pour l'avènement de la démocratie et du multipartisme intégral. Car, la démission du ministre N'Diaye Ba a eu des effets d'entrainement dans certaines localités du pays, notamment à Bamako, Ségou et Bougouni.

"D'autres démissions et non des moindres interviendront dans d'autres camps et dans d'autres localités" indiquent certains partisans du ministre. Ce qui est fort possible au regard de la grande offensive qui se prépare à travers le pays. Aujourd'hui, c'est le CNID, demain ce sera le tour de l'ADEMA, de l'URD, puis du RPM etc…

Des ministres, des élus et des cadres pro-ATT

Déjà les noms de certaines personnalités de haut rang sont cités parmi les amis du président ATT, en l'occurrence les ministres Me Abdoul Wahab Berthé du Travail et de la fonction publique et Oumar Ibrahim Touré de la Santé, tous deux de l'URD, Sékou Diakité du Développement social et des personnes âgées, Ibrahima N'Diaye dit Iba de l'Emploi et de la formation professionnelle et Agatam Ag Alassane de l'Agriculture, tous trois de l'ADEMA. A ceux-ci s'ajoutent volontiers des ministres qui ont une certaine affinité avec ATT et qui sont  totalement dévoués à sa cause. Il s'agit au premier chef de Mme Gakou Salimata Fofana du Logement, Mme Diarra Mariam Flantié Diallo de la Communication, Marafa Traoré de la Justice, Abou Bakar Traoré des Mines, enfin Mamadou Igor Diarra de l'Energie et de l'Eau. A ces ministres s'ajoutent certains élus nationaux et locaux ainsi que certains cadres de l'Etat qui sont prêts à aller au charbon pour ATT qu'ils considèrent comme "un  grand bâtisseur de la nation malienne". Sans compter les opérateurs économiques qui se sont enrichis sous le double quinquennat d'ATT.  

Jusqu'où iront les amis d'ATT ? Dans cette offensive pour se maintenir au pouvoir, ils ont entre leurs mains des armes redoutables. La première est le bilan d'ATT.  A ce sujet, ils auront beaucoup à dire au regard des actions concrètes que leur mentor a posées, en huit petites années, pour aller vers le développement harmonieux du pays. Ainsi, ils pourront, avec aisance, parler de la construction des centres de santé, l'assurance maladie obligatoire, les écoles, les routes et les ponts, les logements sociaux. Ils pourront également évoquer des aménagements hydro-agricoles, des centres d'apprentissage et de loisirs pour les femmes et les jeunes, des stades et l'adduction d'eau, l'énergie, surtout rurale. Ils pourront également arguer de la confiance que les Partenaires Techniques et Financiers (PTF) et d'autres investisseurs privés et étrangers ont placée en ATT et sur son équipe, afin d'accompagner le Mali vers un développement durable.

Comme deuxième arme, les amis d'ATT vont s'appuyer sur la faiblesse organisationnelle des partis politiques concurrents en mettant en exergue leur manque de cohésion et leur rivalité de leadership, le plus souvent basée sur la préservation des intérêts personnels avec à la clé des règlements de compte récurrents. Mieux, ils pourront reprocher à beaucoup de leaders politiques, quiambitionnent aujourd'hui de reconquérir le pouvoir en 2012, d'avoir montré leurs limites pour avoir longtemps participé à la gestion du pays sans pour autant arriver à des résultats concrets et tangibles comme ATT l'a fait en huit petites années.

Comme troisième arme, il y a l'utilisation des moyens matériels et financiers colossaux amassés pendant la décennie d'exercice de pouvoir auprès de leur mentor.     

Cependant, ces trois armes, si redoutables soient-elles, entre les mains des amis d'ATT, peuvent ne pas servir à grand-chose si ceux-ci n'arrivent pas à régler le problème de déficit de leadership qui prévaut en leur sein. Car, au Mouvement Citoyen, personne n'a ni le charisme ni la personnalité d'ATT qui est un homme d'exception pour avoir débarrassé le Mali d'une dictature militaro-fasciste et pour avoir su se construire une notoriété au plan international à travers diverses médiations menées en Afrique centrale et orientale pour le compte des Nations-Unies. Aussi, les amis d'ATT doivent jouer la montre en procédant, dès maintenant, à la création et à l'implantation de leur parti politique sur toute l'étendue du territoire national en prenant soin de convaincre l'opinion sur le bien-fondé de leur démarche qui a consisté, dans un premier temps, à se démarquer des partis politiques, sinon à les jeter aux orties, pour aujourd'hui revendiquer le même statut. Ce qui n'est pas une tâche gagnée d'avance.

Ce travail de structuration, de sensibilisation et de mobilisation urge d'autant plus que, au cours des années ATT qui s'achèvent, le Mouvement Citoyen n'a pas fait la preuve qu'il constitue une foudre de guerre électorale. En effet, il n'a jamais remporté une élection, locale ou nationale, au détriment des partis politiques traditionnels, malgré l'utilisation abusive du nom d'ATT, une pratique dénoncée par l'intéressé lui-même. Le défaut de leadership pourrait être comblé par une éventuelle candidature de l’actuel Premier ministre Modibo Sidibé pour le compte du futur parti.  A défaut, un parrainage de cette future formation politique par  ATT, en qualité, par exemple, de président d'honneur, ne serait pas de trop pour accroître ses chances de remporter l’élection présidentielle. Mais de ce côté-là, rien n'est assurément joué. 

Alassane DIARRA/L'Indépendant

Publié dans Mali

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