Mali : Le PDES ou... Le péril démocratique malien

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://essor.ml/IMG/arton2918.jpgPersonne n'aurait crié au scandale si le PDES avait littéralement signifié "Parti du Devoir, de l'Espoir et de la Survie "ou  mieux encore, "Politique de la Déraison, de l'Effraction et du Sacrilège".  Des définitions inspirées d’une fin de mandat chaotique du père spirituel de l’entité et de la décision de la Cour suprême en 1994 déniant le droit à l'existence de l' UDP-MR au motif que le sigle choisi par les initiateurs avait des analogies avec le parti défunt, "UDPM" …

Autant le dire tout de suite : la nouvelle formation enrichit le paysage politique national et ouvre de nouvelles perspectives dans le parcours démocratique du pays. Il s'agit, en clair, d'une nouvelle formule comme les Maliens ont bien l'habitude d'en inventer. Mais seulement voilà : nom et sigle choisis par ses fondateurs ne respectent pas la règle du jeu. Ils ont plutôt tendance à menacer les principes et  acquis démocratiques en cours dans notre pays depuis 1991.

Le mal nécessaire

La sagesse voudrait, dans nos sociétés, qu'on évoque au préalable les mérites d'une personne avant de la blâmer. En somme, la création de ce parti s'avère, dans le fond une bonne chose. Ses fondateurs ont certainement muri, politiquement s'entend, au point de vouloir gouverner sans le concours d'une nourrice. L'on conviendra, en clair, que ses initiateurs, pour la plupart d'entre eux, ont jusque là gouverné sans posséder la moindre légitimité politique. Un grave déficit à l'origine des décisions très souvent empreintes de fausses notes, de contradictions et plus grave, au mépris des véritables aspirations des masses populaires. Il s'agissait de véritables défis aux principes de la bonne gouvernance. Et, face à ces dérives souvent totalitaires, les populations étaient désarmées puisque ne disposant d'aucun moyen de pression politique pour sanctionner les auteurs de ses déboires. Leur désarroi  allait crescendo dans la mesure où le véritable et seul  responsable moral de ces décisions préjudiciables, celui susceptible d'être sanctionné par les urnes, a décidé de respecter le fait constitutionnel nonobstant la volonté et la forte pression exercée par ses "amis". A ce stade, même si le pouvoir n'était pas encore dans la rue, l'on a assisté à un début de fin de mandat chaotique. Les "amis" ne savaient plus vers quel Saint se tourner désormais et les populations pour leur part, ne disposaient ni de moyens ni de dispositif pour faire respecter  leur volonté et  aspirations face à des gouvernants eux-aussi désemparés.

Ces déficits se sont manifestés, dans les faits, par des grèves incessantes et sauvages de différentes  corporations, des bavures policières suivies de troubles sociaux, des détournements de fonds à la pelle, de la spéculation foncière à ciel ouvert, des procès tronqués et des décisions de justice à la limite du ridicule… L'insécurité qui résulta de ces dysfonctionnements de l'administration publique n'était, en somme que la l'illustration parfaite d'un fin de mandat chaotique. En clair, l'on eut le net sentiment que personne n'était désormais responsable de quoi que ce soit. On vit même des officiers des forces armées et de sécurité contester la préséance et la légitimité d'un Général de Brigade et par surcroit ministre de la République  sur un directeur national. C'est dire…

C'est dans ce contexte que naquit le parti se réclamant du président de la République sortant et  totalement disposé à assumer à la fois l'actif et le passif de celui-ci. "Ouf"  est-on tenté de dire ! En clair, l'on ose espérer que le nouveau parti aura le mérite de recoller certains morceaux et briser la tendance au pis-aller. Les " amis " doivent bien cela à ATT mais aussi, à eux même car, il s'agit également de leur survie à tous. A ce stade, le meilleur sigle aurait été : Parti du Devoir, de l'Espoir et de la Survie (PDES).

Politiquement incorrect

Dans le fond et sous un autre prisme, le PDES est la pire négation des acquis démocratiques et la voie désormais ouverte à l'aventure politico-institutionnelle dans notre pays. Inutile de se voiler la face et vouloir jouer aux jeux des anagrammes : le PDES reste connu de tous comme le "Programme de Développement Economique et Social", un programme adopté par la présidence et mis en œuvre par le Gouvernement de la du Mali avec le concours de tous les autres  acteurs civils et même militaires. Le tout nouveau président du parti, Ahmed Diane Semega a clairement défini les relents de la nouvelle entité dans l'interview accordée à un confrère de la place. Lisons-le :

"Qui mieux que le PDES pour expliquer le PDES… Nous sommes  la première ligne de défense - la première ligne de promotion du PDES (Programme de Développement Economique et Social) qui, selon nous, devrait, à l'heure du bilan en tout point de vue, être conforme aux engagements du Président de la République…  Nous nous perdrons en conjectures sur l'échéance 2012 au lieu de nous occuper de la promotion du PDES, notre principale mission...  Moi, ma préoccupation, c'est construire une force politique qui incarne les valeurs portées par le Président de la République… le Mouvement politique que nous allons créer, mais nous le ferons autour des idéaux et des valeurs incarnés par le Président de la République… ".

Il ne s'agit donc pas d'une allusion, mais d'une évidence : le PDES-parti n'est qu'une extrapolation du PDES-programme, un jeu de mots sans aucune incidence ni sur le contenant encore moins le contenu des termes et du sigle. La trouvaille a pour but d'entretenir la confusion dans les esprits et d'établir un lien cause-effet entre le programme et le parti.

Nous sommes dans le domaine politique où, de l'avis de certains acteurs, tous les moyens seraient  bons. Nos propos ne s'adressent pas à ceux-là. Nous trouvons politiquement indécent d'user de telles pratiques pour se faire valoir. Le geste va à l'opposé des principes énoncés par le père spirituel du PDES lequel promettait à ses concitoyens de redonner au politique ses valeurs de noblesse. Voilà que ses sujets usent de subterfuges pour asseoir leur volonté et leur parti ! 

Au delà de son caractère malicieux, voire amoral, le  geste ouvre la brèche à la dérive institutionnelle. En somme, un parti politique  pourra désormais et impunément  utiliser les symboles de l'Etat et de la République en prenant seulement soin d'en maquiller les contours.

Les juridictions compétentes ont pourtant, de par le passé, clairement signifié le caractère illégal de ce stratagème. Souvenez-vous de l'interdiction de l'UDP-MR, ce parti mort né en 1995, du PRDA...

Ces partis mort-nés pour ressemblance des sigles

Après la dissolution de l'UDPM (Union démocratique du Peuple Malien), parti unique sous Moussa Traoré, les héritiers du défunt régime engagèrent une procédure en vue de la création d'un parti dénommé UDP-MR (Union Démocratique et Patriotique - Mouvement pour le Renouveau). Mais le ministère de l'administration Territoriale, sous la houlette du Colonel Sada Samaké, refusa de délivrer le récépissé au motif que le sigle ainsi que les autres signes distinctifs étaient apparentés à l'UDPM (lire la lettre adressée à M. Choguel K. Maïga).

Les requérants attaquèrent alors la décision du ministre devant la Cour suprême laquelle les débouta de leurs prétentions sans possibilité de recours. En clair, la Cour suprême du Mali estima que le ministre avait raison : "le sigle et autres mentions étaient susceptibles de créer des confusions " encore qu'il ne s'agissait pas ici de "UDPM" pour "UDPM" comme "PDES" pour "PDES", mais de "UDP-MR" pour "UDPM". En clair, l'usage de la même anagramme et la seule ressemblance phonétique entre les deux sigles ("UDP-MR" et "UDPM") ont incité les pouvoirs publics et la plus haute juridiction du Mali à rejeter la demande de création du parti. Les héritiers de Moussa Traoré créèrent alors le MPR (Mouvement Patriotique pour le Renouveau). Ils obtinrent leur récépissé.

Autre fait notable: suite au conflit inter-US-RDA en 1997-98 et après démission, la tendance de feue Mamadou Tiéoulé Konaté créa le PRDA. Le bureau politique l'US-RDA attaqua la décision pour le même motif : ressemblance entre les sigles. Le Tribunal administratif de la commune II lui  donna raison. En désespoir de cause,  feu Tiéoulé Konaté créa alors le BDIA.

De nombreuses autres associations apolitiques ont été confrontées à la même décision de justice et, par conséquent, interdites d'existence pour les mêmes motifs : analogies entre les sigles.

Autres temps, autres meurs

En somme, les jurisprudences ne manquent pas. Et la justice a toujours estimé que la ressemblance des sigles pouvait être préjudiciable à l'autre partie dont l'existence était officielle. Dans le cas de l'UDP-MR, le  Ministère de l'administration Territoriale et de la Sécurité a même refusé de délivrer le récépissé. Elle n'a pas attendu la justice.

Dans le cas de PDES, le ministère de l'administration n'a rien vu et rien entendu non plus malgré les déclarations avant l'heure des initiateurs du parti.  Le contentieux de l'Etat non plus, encore moins la cour constitutionnelle ayant la possibilité de s'autosaisir eut égard à l'usage des symboles de l'Etat et de la République. Toutes choses qui incitent à croire que la haute administration ainsi que la justice sont d'ores et déjà aux ordres du nouveau parti, ceux-là même censées organiser et valider les résultats électoraux. Périlleux !

A ce stade, le PDES aurait pu signifier «Politique de la Déraison, de l'Effraction et du Sacrilège».

 B.S. Diarra/Aurore (Mali)

Publié dans Mali

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