Mali : Le Pdes face la protestation citoyenne

Publié le par Oussouf DIAGOLA

 

Hamed Diane SemegaLe parti pour le développement économique et social est né. Mais tel une graine qui germe sur un autre arbre vidant ce dernier de sa sève nourricière (jatigui faga yiri), le nouveau parti à qui ATT dit accorder ses bénédictions, va t-il vider le Mouvement citoyen (MC) de sa belle dynamique citoyenne? Si en 2002, ATT a bénéficié cette dynamique de fond pour le soutien de sa candidature et par la suite l'action de son gouvernement, le Pdes qui vient de naître doit faire face à une vague de protestation voire de contestation, en son sein et de la part de partis majors de l'échiquier politique national.

 

Rarement création d'une formation politique a donné lieu à autant de commentaires, de critiques, de curiosités mais aussi de protestations. C'est que le Mouvement citoyen aujourd'hui parti pour le développement économique et social (Pdes), au delà du fait qu'il a été initié pour soutenir ATT dans sa stratégie de conquête de Koulouba en 2002, vient troubler le paysage politique national tel une marée de boue drainée dans une rivière déjà assez trouble.

Le parti pour le développement économique et social « ce nom, mieux que tout discours, situe l’ancrage du nouveau parti : avec le président ATT, derrière le président ATT et pour le président ATT !  » claironne Hamed Diane Semega, élu à la tête de la formation et qui préside également aux destinées du MC. Pourtant au sein des associations créées pour soutenir ATT dans sa conquête de Koulouba en 2002, les visions diffèrent, les aspirations divergent et des membres actifs tergiversent.

Dynamique citoyenne contre esprit partisan

Trois camps se disputent âprement le MC. Ceux qui, voulant assumer l'héritage des 10 ans d'ATT à la tête du pays veulent poursuivre son œuvre et demeurent convaincus qu'ils ont une chance pour la succession en 2012, en se dotant d'une force politique. Pour ce groupe qui vient de s'emparer de la direction du nouveau parti, « pour avoir une chance d’être élu à la présidence de la République, il faut réunir trois conditions idéales. La première : avoir atteint une dimension nationale incontestable. La deuxième : être au pouvoir ou l’avoir exercé longtemps. La troisième : avoir l’appui d’un bon appareil de parti » ainsi l'a si bien Georges Pompidou. Et parmi les trois conditions idéales, ils satisfaisaient une seule: celle d'être au pouvoir depuis dix ans qui procure une force économique et financière capitale dans les batailles électorales. Mais sachant bien que quelque soit cette manne économique, à défaut de forces sociales et politiques (la première et la deuxième conditions) ils ne pourront que constater à leurs dépens dans le lanterneau politique que le manque du seul ATT rend tout le reste désert, pour paraphraser le poète.

Il est vrai, ATT a bénéficié de la dynamique citoyenne avec les dizaines d'associations créées pour le soutenir face aux politiques en 2002 qui se sont presque tous rangés derrière le champion du consensus politique mais qui ont réalisé un peu tardivement que ce positionnement aboutira à la fin à une perte durable de crédibilité dans l'opinion. On se rappelle les premières critiques de l'action gouvernementale de la part du Rpm, le parti d'Ibrahim Boubacar Kéita au sujet de la gestion du problème du Nord. Ce qui a véritablement froissé le chef de l'état puisque pointait du doigt un système de gestion. Lorsque des élus , souvent en dehors de leur bureau politique à l'Assemblée nationale, ont commencé aussi à critiquer l'action gouvernementale, des hommes plus alertes comme Djibril Tangara ont compris très tôt que le défaut de députés et donc de parti constituera tôt ou tard un handicap. L'homme a eu tort d'avoir eu raison très tôt (lire notre édition n°3510 du mercredi 14 juillet).

ATT ayant publiquement déclaré sa volonté de quitter le pouvoir au terme de son deuxième et dernier mandat de cinq ans et se rendant compte aujourd'hui que son seul nom ne suffira plus à rallier les forces politiques et sociales pour défendre son héritage alors qu'il ne sera plus là et que son projet de société (le programme de développement économique et social) doit courir jusqu'en 2014 au moins soit deux années après la fin de son dernier mandat, se serait donc résolu à préparer ce futur incertain en donnant son aval, si ce n'est pas lui qui l'aurait même insufflé, pour la création d'un parti politique alors même qu'il s'était dit opposé à une politique partisane, mettant à la touche le premier président du Mouvement citoyen qui s'était entêté malgré l'opposition présidentielle à créer une formation politique pour encadrer les forces sociales que sont les associations fédérées au sein du MC.

Du Palais présidentiel de Koulouba, serait même né le nom du parti qui vient de s'ajouter à la kyrielle de formations partisanes que connait le pays. Une filiation sans ambigüité mais manquant de véritable sens politique. En effet, comment convaincre les militants et sympathisants du MC dont la plupart, surtout les jeunes, sont venus sans renier leur parti politique d'origine. « Je supporte ATT, mais je suis militant d'un autre parti politique » vous dira aujourd'hui la grande majorité des membres du mouvement citoyen dont certains déclarent ouvertement rejoindre aujourd'hui leur formation puisqu'ATT n'est plus là et personne d'autre ne pourra, à leur yeux, prendre la place qu'il laissera en incarnant cette figure de chef dévoué, encore que les critiques ne furent pas toujours tendres à son égard.

Les technocrates isolés

Le second groupe qui campe sur la position citoyenne congénitale au MC prônait un candidat indépendant pour continuer l'œuvre du général et rester sur l'image de l'engagement pour le Mali, a perdu la main définitivement avec la création du Parti.

Ceux-ci auraient voulu faire du Premier ministre actuel, le dauphin du général pour assurer la continuité du Programme de développement économique et social. Mais Modibo Sidibé, policier dans l'âme avec tout ce que ceci connote de prudence et de précaution devant toute situation, semble prendre du temps, trop de temps, pour se décider à endosser la casaque neutre du MC. C'est ce qui expliquerait, selon certaines sources haut placées, le report indéfini du remaniement gouvernemental toujours annoncé mais jamais opéré.

Modibo Sidibé, apprend-on, a demandé des garanties suffisantes qu'il n'a pu avoir, lui qui de 1991 à aujourd'hui, a été aux premières loges pour vivre les combines politiques de fin de mandat.

On aurait pensé un moment à Ahmed Sow, le père du Programme pour le développement économique et social. Le technocrate a vite fait de prendre ses distances vis-à-vis de « ces politicards obnubilés par les coups bas, les intérêts personnels et la médisance populaire » commente, off the record, un membre influant du premier cercle des fidèles d'ATT. Rien donc ne dit que cette opposition de vue teintée de guerres picrocholines ne laissera de tâches fâcheuses éloignant davantage les deux camps, surtout leur attachement au mouvement citoyen semble indéfectible. Et même si le MC continuera à exister à côté du nouveau parti, il semble acquis aujourd'hui que le camps des technocrates a fait cas de son désaccord avec les dirigeants du parti qui eux ont intégrée la maxime de l'essayiste, mémorialiste et poète américain Henry David THOREAU: « la politique n’est pas la morale, elle s’occupe seulement de ce qui est opportun ».

Mais alors qu'est ce qui est opportun, se demandent un troisième camp convaincu le nouveau parti servira un seul homme: Ahmed Diane Semega.

Semega, candidat du Pdes?

Puisque le Pdes, programme de gouvernement concocté en 2007 pour assurer la réélection d'ATT, sera l'enjeu de la présidentielle de 2012, peu importe l'homme qui sera amené à le porter. Pour les questions de style, ainsi que Thomas Jefferson, on nagera avec le courant, l'essentiel étant de rester solide comme un roc sur les questions de principe.

Mais il sera si difficile pour Semega et ses amis de remplir toute la place laissée vacante par ATT même avec un bureau provisoire avec son chapelet de vices présidents comptant des ministres opportunistes, des conseillers proches et des hommes d'affaires malgré la cooptation de la figure emblématique de Bakary Togola du monde paysan.

Le tout nouveau président du Pdes aura t-il la carrure nécessaire pour rassembler toutes les forces économiques, politiques et sociales qui gravitent autour du Mouvement citoyen pour créer cette synergie indispensable pour les victoires prochaines? Même si M. Semega semble occulter l'horizon 2012 en affirmant son ambition d'homme d'état pour porter les espoirs des générations futures, désormais, en tant qu'homme de parti, il lui faudra bien de formules nuancées, de compromis et de combinaisons d'intérêts, pour être un homme de gouvernement. Le conseil de Gaston Domergue, n'est sûrement pas méconnu du conseiller en stratégie de communication qui règne sur Koulouba depuis des années avec admiration. Le nouveau parti doit d'abord faire face à ses dissensions internes nées dès le soir de sa naissance par le difficile accouchement de son bureau provisoire qui ressemble à une véritable arche de Noé avec tout ce monde d'horizons divers, si éloignés souvent et où presque tout le monde considère tout le monde comme un opportuniste.

Il faudra un travail de titans aux stratèges pour maintenir le cap avec l'attelage gouvernemental d'abord et puis lorsque les hostilités débuteront avec les adversaires politiques, faire valoir l'utilité d'une énième formation politique. Ce qui n'est pas gagné d'avance.

Publié dans Mali

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