MALI : La famine dans le Nord décime le cheptel

Publié le par Oussouf DIAGOLA

4263951398_08b2b578ff.jpgL’alerte vient des élus d’Aguelhoc et Tinzawatène qui ont saisi certains de leurs partenaires en France sur la situation. Une Ong opérant à Kidal, Ong Azhar, à travers son Directeur exécutif, Rousmane Ag Assilaken, a donné son avis sur ces effets de la sécheresse au nord Mali. Selon lui, la situation telle que décrite par certains élus (Aguelhoc, Tinzawaten) à leurs partenaires est tout à fait réelle.  

« En effet, l’hivernage dernier a été déficitaire dans la région de Kidal et dans le Nord Mali en général. Les conséquences pourraient être graves pour les éleveurs nomades qui deviennent très vulnérables lorsqu’ils perdent leur « capital cheptel ». Cela, tous le savent : éleveurs eux-mêmes, élus locaux, services techniques de l’Etat, Programmes de développement de la région, ONG locales. Mais malheureusement l’esprit d’anticipation, comme d’habitude dans de telles situations n’a pas prévalu.

Peut être a-t-on besoin encore une fois de contingents de sinistrés errant de village en village pour perpétuer les appels à l’aide ? ». Telle est donc le sentiment exprimé par ce Directeur de l’Ong Azhar. Il poursuit : « actuellement, dans toute la région les animaux sont malades et meurent chaque jour ; les Oueds dénudés (absence de biomasse) sont jonchées de cadavres (perte estimée aujourd’hui à plus de 40% à quatre mois de l’hivernage en situation normale). Et certaines familles d’éleveurs ayant perdu leurs animaux commencent à rejoindre les villages désormais devenus de véritables « parcs de misère ». Il s’interroge : « les éleveurs nomades de cette région ne sont t-ils pas poursuivis par la malédiction des sécheresses face auxquelles ils n’arrivent jamais à se préparer ? »

Sur les marchés (Kidal, Aguelhoc, Tessalit), les prix des animaux pour ceux qui peuvent encore se vendre ont considérablement chuté passant par exemple pour les ovins de 30 000 F CFA (46 Euros) en fin d’hivernage à 5 000 F CFA ( 8 Euros) aujourd’hui, témoigne Rousmane Ag Assilaken .

Selon lui, comme mesure d’urgence « courtermiste » de la part de l’Etat, près de 1 000 tonnes d’aliment de bétail (pour 901 962 têtes en 2009 : sources DRPIA, soit 0,0011 Kg par tête de bétail ; une goutte d’eau dans l’océan !) sont mises à la disposition des communes de la région de Kidal. Celles-ci doivent acheter, transporter de Kidal, à leurs propres frais et revendre l’aliment bétail aux éleveurs. A titre indicatif le prix d’achat d’un sac de 50 Kg est de 6 000 F CFA (9 Euros). Il faut préciser que vu la faiblesse des revenus des éleveurs, ces derniers sont financièrement incapables d’accéder à cette denrée indispensable pour sauver ce qui peut l’être.  

Par ailleurs, l’action des partenaires Techniques et Financiers semble timide, peut être à cause du déficit d’informations objectives. Et il y a, nous semble t-il, risque d’assister à une situation dramatique où l’on agit en retard et dans le meilleur cas, faire le « médecin après la mort ». Cela est hélas ! déjà arrivé lors des sécheresses passées (1973, 1984), poursuit-il.

Boukary Daou/Le Républicain

Publié dans Mali

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