MALI : L’Assemblée nationale va-t-elle accorder la prorogation du mandat de ATT ?

Publié le par Oussouf DIAGOLA

ATT regard horizonLe fait que le président de l'Assemblée nationale ait dit, dans ses vœux au chef de l'Etat, que ce dernier ne s’en ira du pouvoir sans avoir réglé les questions en suspens, continue de susciter moult interrogations. Vu l'étendue de la tâche que le président de la République doit, dans ce cas, faire, certains observateurs ont vite franchi le pas en soulignant que cela veut dire qu'ATT devra encore rester au terme constitutionnel de son mandat. C'est-à-dire que l'Assemblée nationale pourrait demander qu'il reste pour une ou deux, voire trois ans, afin de parachever ce vaste chantier des réformes constitutionnelles. La crise ivoirienne également, avec ses conséquences imprévisibles, pourrait apporter l'eau au moulin de ceux qui souhaitent encore voir ATT continuer à habiter le Palais de Koulouba, après la fin de son mandat en 2012.

Au registre des tâches non entamées ou inachevées, mais prévues pour être réalisées, figure en bonne place le vaste chantier des réformes constitutionnelles proposées par la Commission Daba Diawara et présenté à l'opinion nationale le 19 avril 2010, au cours d'une cérémonie très solennelle présidée par le président de la République Amadou Toumani Touré.

      En effet, dans son Projet de réformes politiques pour la consolidation de la démocratie au Mali (PRPCD), la Commission Daba Diawara proposait, entre autres, l'érection du Haut conseil des collectivités territoriales en Sénat, la création d'une structure unique, dénommée Agence générale aux élections,  un statut pour le chef de l'opposition qui aura rang de ministre, la création d'une Cour des comptes, etc. Il y a également beaucoup d'autres textes de la République qui ont déjà fait leur preuve et ont besoin de relecture. Parmi ces textes qui méritent d'être améliorés figurent, selon le président de l'Assemblée nationale, Pr Dioncounda Traoré,  le Code électoral et la Charte des partis politiques.

Quant au président de la République, lui-même, il avait dit qu'il organisera un référendum sur un projet de nouvelle Constitution le "dernier trimestre 2010". C'était le 19 avril dernier. Et depuis, absolument rien. Est-ce à dire que le référendum est renvoyé aux calendes grecques ? Surtout que personne n'en a parlé depuis.

Même la Commission Daba Diawara qui a la lourde responsabilité de sensibiliser l'opinion publique autour de la question est demeurée muette comme une carpe. Comme si elle avait reçu des instructions pour ne plus bouger. D'où le scepticisme concernant l'organisation du fameux référendum que beaucoup d'observateurs pensent même qu'il n’a plus de raison d'être.

Le mandat d'ATT court vers sa fin alors qu'aucune disposition  n'est prise allant dans le sens de la mise en œuvre des recommandations de la Commission Daba Diawara qui est une initiative présidentielle. Personne ne sait pourquoi le président n'est plus revenu sur la question du référendum depuis ce jour, 19 avril 2010 quand il annonçait également sa volonté à ne pas toucher à l'article 30 de la Constitution sur la limitation de mandat qui stipule : " Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire à deux tours. Il n'est rééligible qu'une seule fois ".

Comment alors en moins de quinze mois de la fin de son mandat, ATT pourra faire mettre en œuvre ce vaste chantier dans un pays où l'opinion s'éloigne, chaque jour que Dieu fait, de la chose politique? Et cela pour diverses raisons : cherté de la vie, corruption des dirigeants, impunité grandissante, etc. Comment dans ce laps de temps qui lui reste avant de rendre le tablier, ATT pourra-t-il achever tout ce qu'il a promis de réaliser dans le cadre du référendum et de la relecture de certains devenus caducs, par exemple? Il y a aussi " l'établissement d'une liste électorale fiable et de carte d'électeurs à l'épreuve de la fraude ", comme l'a souligné Pr. Dioncounda Traoré dans ses vœux au chef de l'Etat, le vendredi dernier. Si le président de l'Assemblée nationale ne veut donc " pas laisser ATT partir sans avoir réglé toutes ces questions ", cela voudra dire qu'il sera obligé de rester au terme de son mandat constitutionnel. D'où cette lecture que certains observateurs ont fait de la pensée du président de l'Adema et président de l'Assemblée nationale.  

 Avec la crise ivoirienne et ses conséquences imprévisibles, notamment sur la situation au Mali, envisager une éventuelle prorogation du mandat d'ATT n'est pas une simple vue de l'esprit. Même si l'intéressé, lui-même, dit toujours se retirer en juin 2012. D'autres pensent tout le contraire.

 

L'Indépendant

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