Mali : Dans la tête d'ATT pour décrypter ses secrets de fin de mandat

Publié le par Oussouf DIAGOLA

ATT.pngMéfiant et discret, ATT est difficile à décrypter mais le cours des choses commande l’exercice. Tout comme la visibilité et la lisibilité du présent et de l’avenir du pays en cette année-charnière qui pourrait offrir plus de problèmes que de solutions et surtout beaucoup de solutions à problèmes.

Premier exercice donc : le président partira t-il vraiment en 2012 ? Ou assistera t-on à ce que nombre d’entre nous ne disent pas haut mais le murmurent tout bas, à savoir qu’il restera deux ans de plus grâce à l’harmonisation des mandats électifs ?

L’appel publié la semaine dernière d’un groupe de citoyens de Sikasso pressant le président de considérer sérieusement l’opportunité n’a pas vraiment produit de tollé mais il a permis de réchauffer l’espèce de procès d’intention qui avait prospéré mi 2010 avant que le Chef de l’Etat ne rende clair qu’il s’en ira en 2012. En vérité, la quasi-totalité des députés peu confiants dans leur chance en 2012 ne détesteraient pas un petit avenant de deux ans qui les alignerait sur les conseillers territoriaux. Mais le schéma peut butter sur deux écueils.

Un, il faut une constitution qui permette l’opération, celle qui nous régit ne prévoyant que le suffrage universel pour être député ou président de la République. Il faut donc une révision constitutionnelle propice. Deux, les députés ne peuvent compter, pour leur plan, que sur Koulouba qui a les vrais pouvoirs, y compris dissoudre le parlement avant, pendant ou après l’hypothétique prolongation. Or si le mandat lui impose d’être en année-charnière, le président fera tout éviter d’être un homme-sandwich entre ceux qui le retiennent par le boubou pour qu’il reste et ceux qui non seulement y pensent en se rasant mais qui feraient tout pour lui faire passer le témoin le 8 juin 2012 à 10 h 30. Le projet de tazarché à la malienne pourrait donc en rester là faute de meneurs à visage découvert.

Ce n’est pas exactement la même chose pour le remaniement ministériel qui a été fait et défait plusieurs fois depuis quatorze mois par les médias, ce journal y compris. En mi octobre 2009 où il en avait surtout été question, ATT avait vanté publiquement les vertus du consensus auquel il se promit de revenir. Nous ne savons pas ce qui empêcha réellement alors le remaniement attendu. Mais une piste plausible est qu’après de fortes rumeurs sur le départ du Premier ministre de l’époque, le président ait décidé de cheminer encore avec Modibo Sidibé. Lequel semblait être le seul vrai enjeu du remaniement.

En ce début 2011, on voit mal, avec ou sans Modibo Sidibé, comment le président peut faire l’économie du remaniement. L’usure a fait son travail chez plusieurs ministres. Certains sont simplement incompétents et ça ne peut plus se cacher. D’autres sont devenus indésirables. La structure même du gouvernement a besoin d’être revue. Car le terrain vers lequel nous allons est nouveau et ses enjeux complexes. L’impératif d’une équipe de parachèvement et de recentrage est criard. S’il est patient et s’il sait détourner les orages, ATT est certes conscient à la fois des urgences nationales et des nouveaux paradigmes sur le continent et dans le monde.

Le Nord, encore une fois le Nord, et les solutions rapides qu’il appelle. Le Pspdn est, à cet égard, un de nos derniers saluts pour la réponse la plus exhaustive possible contre les nouvelles menaces du Nord. Il est heureux qu’il soit opérationnel depuis peu mais il n’a pas une minute à perdre. La possibilité que le salafisme ait d’autres profondeurs stratégiques que le Mali ainsi que l’accrédite la dépêche Afp selon laquelle les otages d’Arlit sont maintenant hors du territoire malien démontre également avec une nouvelle acuité le caractère transnational du péril salafiste, ce qui devrait desserrer un peu l’étau autour de notre pays.

La jurisprudence française du 8 janvier qui a provoqué la mort de deux otages qui seraient en vie si une option moins risquée avait été préférée, libère, à notre avis, notre pays qui ne peut pas être plus royaliste que le roi. L’avenir immédiat du pays commande qu’il n’y ait point une insécurité au Nord et une autre au Sud due à l’onde de choc de la crise ivoirienne.

Surtout qu’un nouveau paradigme s’installe sous nos yeux balayant l’Afrique du Nord sous les applaudissements de Washington. Comme si Wikileaks faisait partie de la politique étrangère de l’Amérique. Celle qu’en filigrane, déroulait le discours d’Accra d’un certain Obama et qui n’a aucune sympathie pour l’Afrique de la corruption, des élections truquées et du cercle vicieux.

Adam Thiam (Le Républicain)

Publié dans Mali

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