Mal gouvernance dans les hôpitaux : Point G malade de la « méchanceté » de ses médecins

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Hopital-Gabriel-Toure.jpgLes dysfonctionnements résultant du regroupement de certains services, les règlements de comptes entre praticiens aux rancoeurs tenaces rendent l’air irrespirable au Centre hospitalo-universitaire (CHU) du Point G qui aurait à son cou une dette de plus de 2 milliards de F CFA. Ce que dément le DG qui déplore la boulimie de poste des uns et des autres et qui si, l’on ne prend pas des mesures drastiques aurait raison de cet hôpital national.

 

Le Centre hospitalo-universitaire du Point G était il y a quelques années sous les feux de l’actualité. Pas dans le bon sens mais parce qu’il croupissait en raison du mauvais comportement presque pathologique de certains prestataires de services ou des responsables.

Au service de neurologie, les malades qui n’ont pas de parents parmi le personnel soignant, savent bien de quoi nous parlons. Puisqu’il arrive que ces malheureux malades qui quittent leurs domiciles dès 4 h du matin pour se faire consulter par les médecins neurologues, passent des journées entières dans les couloirs des bâtiments sans voir les praticiens.

Ici, le népotisme le dispute à la pagaille. Les malades qui ont des parents n’ont pas besoin de se lever tôt le matin pour faire le rang. Ils peuvent se permettre de venir à l’heure voulue et se faire consulter immédiatement. Tant pis pour les « sans relations » contraints à d’incessants va-et-vient.


Vous croyez que c’est la seule plaie béante de l’hôpital ? Erreur ! L’établissement est aussi malade du comportement de certaines de ses autorités. En témoigne, la fusion de la radiologie et de la médecine nucléaire : du jamais vu, même si le directeur général de l’hôpital le médecin-colonel Charles Fau que nous avons approché, indique que le Mali est souverain et peut innover comme bon lui semble. « Charbonnier est maître chez soi » au Point G ?

En tout état de cause, la radiologie est une discipline médicale à visée diagnostic et thérapeutique alors que la médecine nucléaire est une discipline classée dans le groupe des sciences fondamentales, associée généralement à la biophysique. Mais à l’hôpital du Point G, ces deux services sont mis ensemble, ce qui crée une cohabitation problématique. Une mauvaise pratique qui avait fini par pourrir les relations entre le chef du service, Dr. Siaka Sidibé, et son agent, le Pr. Kéita Adama Diaman qui se sont séparés en de très mauvais termes. L’affaire avait même coûté leurs places à des membres du cabinet du département de la Santé.

 

Le DG charge ses agents !

Le directeur général de l’hôpital explique que dans le premier projet d’établissement, qui est à terme, la question n’a pu être réglée puisque ce greffage est intervenu à mi-chemin, et que dans le second projet, qui sera incessamment adopté avec la participation de tous les chefs de service, la question pourrait être posée et la majorité décidera de ce qu’il y a lieu de faire.

Le DG souligne toutefois que cette fusion n’a pas été rendue nécessaire par le seul fait du manque de bâtiment, mais que c’est bien le manque de ressources humaines qui l’explique en grande partie. Par conséquent, précise-t-il, s’il y a lieu de les séparer, cela ne serait pas chose aisée cette année. M. Fau estime que toute cette situation découle des ressentiments que les médecins nourrissent les uns envers les autres.


« J’ai une trentaine d’enseignants ici à l’hôpital, mais ils ne sont même pas rentables. Ils ne s’aiment pas et sont peu respectueux des malades. Quand ils viennent au service, certains ne consultent (entre 7 h et 14 h) que 15 patients. Ils demandent aux autres de les retrouver dans leurs cliniques privées, où ils peuvent consulter plus de 40 personnes en soirée. Aussi, ils se disputent les postes, chacun veut être chef de service, alors qu’ils ont le même salaire et les mêmes avantages. Dès qu’il y a deux spécialistes dans un service, la rivalité se créé et on demande de le diviser pour que chacun puisse être chef. C’est à ce problème que je suis confronté ici »
.


Sur la dette de plus de 2 milliards que le Point G traînerait, le DG a ses explications. Pour lui, c’est à la suite d’une dispute entre le directeur administratif et financier de l’établissement et le chef du service informatique que les deux agents s’étaient mis à écrire dans les journaux pour dénoncer une soi-disant mauvaise gestion.

Sur la base de ces informations, le Contrôle général d’Etat a procédé à des enquêtes et le rapport a été transmis au procureur général. M. Fau indique cependant qu’il n’a pas connaissance de son contenu, mais promet qu’il n’a jamais été convoqué par le procureur. « Tout cela n’est que de la pure méchanceté de ceux qui veulent toujours nuire ».

Abdoulaye Diakité/L’indicateur du Renouveau

Publié dans Mali

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