Madagascar : les pourparlers de la dernière chance ?

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Marc-Ravalomanana.jpgAprès l’échec des Accords de Maputo et d’Addis-Abeba, les leaders politiques malgaches relancent la machine des négociations à Pretoria en Afrique du Sud. Les pourparlers, qui ont débuté hier mercredi 28 avril 2010, se déroulent sous l’égide de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la France. L’objectif affiché est de trouver une solution durable à la grave crise dans laquelle la Grande île est plongée depuis plus d’an.
Il y a péril en la demeure, car le pays, qui ploie déjà sous les sanctions de l’Union africaine (UA), ne bénéficie plus de l’aide internationale. Conséquence, le tissu économique est en train de partir en lambeaux avec à la clé la destruction de milliers d’emplois. Une situation que la population vit de plus en plus difficilement.
Mais si Andry Rajoelina, le président de la Haute autorité de transition, après avoir méthodiquement torpillé les précédents Accords, est à présent prompt à négocier avec ses adversaires, c’est qu’il n’a plus vraiment le choix. En effet, il se trouve dans un cul-de-sac qui réduit considérablement sa marge de manœuvre : l’armée qui lui avait transmis les pleins pouvoirs n’est plus totalement soudée derrière lui. La grande muette, comme on le sait, presse la classe politique de trouver une solution à cette crise qui perdure.

Cette mise en garde à peine voilée émanant des soldats est une sorte de bonne pression sur les politiques, qui sont obligés de trouver un modus vivendi non seulement pour l’intérêt suprême de la Grande île, mais aussi pour leurs intérêts particuliers. Et la raison, actuellement, aucun des leaders n’a vraiment intérêt à ce que l’armée reprenne le pouvoir. Ils ont tous plutôt à gagner dans une transition négociée conduite par eux-mêmes.
Comme on ne réinvente pas la roue, à Pretoria, la mise en place d’un gouvernement de transition sera encore à l’ordre du jour. Et comme à Maputo et à Addis-Abeba, on va se partager les morceaux les plus viandeux de la république malgache. Le président évincé, Marc Ravalomanana, lui, va profiter pour obtenir des gages pour ses entreprises qu’il n’entend pas du tout voir sombrer.
Une chose est sûre, Pretoria est véritablement la rencontre de la dernière chance, car on ne va pas continuer à négocier indéfiniment une sortie de crise. Mais comme on l’a vu à Maputo et à Addis-Abeba, la conclusion d’un Accord n’est pas synonyme de son application. C’est pour cela que le consensus qui naîtra de Pretoria devra être encadré de sorte à obtenir son application effective sur le terrain.
Pour l’intérêt de Madagascar, on espère que les leaders politiques feront preuve de sursaut national et qu’une fois de retour au pays, chacun jouera sa partition pour la résolution de la crise. Il faut aussi espérer que l’ancien Disc jockey (DJ) et ex-maire de Tana ne sabordera pas l’Accord de Pretoria comme il l’a fait pour les précédents Accords.
On espère fortement que le tombeur de Marc Ravalomanana se laissera visiter cette fois par la sagesse en acceptant d’abord de faire des concessions à Pretoria et, ensuite, appliquer l’intégralité de l’Accord conclu.
San Evariste Barro/L’observateur Paalga (Burkina)

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