Le haut Conseil Islamique s’implique dans la crise scolaire

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Salle de classe MaliDécidément la crise de l’école malienne a  atteint son paroxysme. Les étudiants, après avoir supplié les professeurs sans succès,  marché pour réclamer la reprise des cours, sans gain de cause, les voilà finalement jeter leur dévolu sur les  leaders religieux pour secourir l’école malienne. C’est à la suite de cette requête que le premier ministre Modibo Sidibé, entouré des deux ministres en charge de l’éducation a  rencontré le jeudi 6 mai 2010 à la primature les leaders religieux et les membres de la société civile.  

 La situation de l’école malienne en générale devient de plus en plus inquiétante. Pis, particulièrement pour  l’enseignement supérieur. Si dans un passé récent, les élèves et étudiants  étaient considérés comme seuls  perturbateurs de cours, de nos jours la tendance a changé, puisse que ce sont eux qui se battent pour la reprise des cours.

En effet, depuis plus deux mois le syndicat National de l’enseignement supérieur observe une grève illimitée. Avec à la clé quatre points de revendication : l’alignement des salaires des enseignants du supérieur sur ceux de leurs homologues de l’UEMOA, la mise en place de la hiérarchisation applicable au système Licence-Master-Doctorat (assistant, maître de conférence, professeur), l’augmentation du taux de l’heure supplémentaire à l’enseignement supérieur et l’intégration des travailleurs contractuels de l’enseignement supérieur à la fonction publique de l’Etat.

Ainsi, depuis plus de deux mois, c’est la discorde qui est maintenue entre leur syndicat  et le Gouvernement. Et les syndicalistes jurent la main sur le cœur de ne bouger d’un iota sans la satisfaction totale de leurs revendications. Cette situation a crée un véritable trouble  chez les étudiants,  qui ne savent plus à quand la reprise des cours par les profs. Qui veulent à tout prix éviter une éventualité d’année blanche. D’où la mise en action d’une série de démarches.

D’abord, l’AEEM à travers son secrétaire général, Amadoun Traoré, a supplié, les professeurs, lors de la pose de la première pierre du Campus Universitaire de Kabala, en ces termes : « ….chers Professeurs, nous tenons à vous apporter le témoignage indéfectible de notre soutien et de notre solidarité sans faille, de notre disponibilité pleine et entière pour la résolution de tous les problèmes qui secouent notre école. Chers professeurs et formateurs, que nous comprenons votre combat pour l’amélioration de vos conditions de vie et de travail. Je vous supplie de donner du temps au temps car nous sommes convaincus, nous étudiants, que toutes les promesses seront tenues, conformément à notre tradition de respect de la communauté, de la parole donnée, de l’attachement à l’éducation. C’est pourquoi, je demande à nos professeurs, de ne pas utiliser le chemin incertain de la grève illimitée comme l’unique solution à vos revendications légitimes ».

Les étudiants ont ensuite marché pour réclamer la reprise des cours, mais sans succès.

Au niveau de l’enseignement secondaire et fondamental, c’est le Collectif des syndicats des enseignants qui est entré à la danse. Cela, après avoir observé quelques mots de grève, il menace d'aller en grève de 12 jours à partir du 12 mai 2010, si rien n’est fait d’ici là.

Face au péril qui plane sur l’école, cette année, les responsables de l’AEEM ont décidé  de prendre leur destin en mains. Pour, cela, ils viennent de se confier au  Haut  Conseil Islamique, en sollicitant son implication à  la recherche d’une solution viable à la crise de l’école. Cette requête des élèves et étudiants semble avoir eu un écho favorable auprès de l‘organisation islamique, puisque c’est à la suite de cette requête que le premier ministre  avec les ministres en charge de l’éduction a rencontré le haut conseil islamique avec à sa tête son président,  Mahmoud Dicko, et les membres de la société civile.

Cette rencontre qui s’est déroulée dans la salle de réunion de la Primature avait un seul point à l’ordre du jour : la situation de l’école.

Les concessions faites par le Gouvernement :

La démarche des élèves et étudiants s’inscrit dans une volonté d’apaisement de l’atmosphère entre les syndicats d’enseignants et le gouvernement.

Lors de la rencontre, le Premier ministre a fait le point des négociations avec les syndicats. Il ressort des explications du chef du gouvernement que certains points ont déjà fait l’objet d’un protocole d’entente, dont une copie a été remise à chacun des participants.

Par exemple avec le bureau le Comité exécutif National –SNESUP, au terme des discussions, les deux parties (gouvernement et CEN-SNESUP) étaient arrivées à s’accorder sur les points 1,2 et 3 des revendications. Ces points d’accord ont fait l’objet d’un protocole d’entente, signé le 22 janvier dernier. Concernant l’intégration des contractuels à la Fonction publique de l’Etat, il a été convenu que les contractuels de catégories A, B et C recrutés par un acte du ministère du Travail, de la Fonction et de la Réforme de l’État sont concernés par cette intégration.

Depuis, le CEN-SNESUP a opté pour la politique de la chaise vide, a déploré Modibo Sidibé, tout en saluant ce nouveau cadre de concertation susceptible de faciliter la reprise du dialogue interrompu.

Evoquant les revendications des syndicats l’enseignement secondaire et fondamental, Modibo Sidibé dira qu’à ce niveau aussi, le gouvernement a donné son accord de principe sur un certain nombre de points. Notamment, en ce qui concerne les indemnités de logement, l’intégration des contractuels à la Fonction publique. Sur ces deux points, les discussions achoppent sur le niveau du taux à payer pour les indemnités de logement et sur les modalités de mise en œuvre de l’intégration.

Toutefois, en dépit des divergences de vue, le gouvernement reste disponible pour trouver une solution durable. Mais le Premier ministre a attiré l’attention de ses interlocuteurs sur l’urgence de sortir de la situation actuelle car l’école est soumise à un impératif de temps.

Par ailleurs, les leaders religieux et les autres représentants de la société civile se sont engagés à faire de leur mieux pour faire entendre la voix de la raison aux syndicalistes qui sont à la fois des enseignants et des parents d’élèves. Ils se sont félicités de la démarche des élèves et étudiants, qui donnent ainsi une leçon aux parents.

Alou Daou/Le Quotidien de Bamako

Publié dans Mali

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