La Douane française confisque à tort 2000 téléphones portables d’un opérateur malien

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Portable-Nokia.jpgIls sont plusieurs grands importateurs maliens à souffrir, ces derniers temps, des saisies intempestives de leurs marchandises sous prétexte de contrefaçon par la Douane française à ’aéroport Roissy Charles de Gaule.C’est ce qui vient d’arriver à M. Soumaoro qui a vu ses marchandises saisies depuis quatre mois et qui sait que si rien n’est fait ces marchandises seront bientôt détruites. Or le sieur Soumaoro a relevé des erreurs de contrôle reconnues par l’agent qui a établi le procès-verbal de contrefaçon de ses marchandises. En l’occurrence, il a confondu sa LTA avec celle d’un autre opérateur économique. A noter que ce n’est pas la première fois que Mr Soumaoro fait transiter par la France ses marchandises en provenance de Dubaï.

Mamadou L. Soumaoro est commerçant importateur de téléphones portables. C’est à Dubaï qu’il fait ses achats et affrète ses marchandises par Air France qui, selon, lui est une compagnie sûre et rapide. Seulement voilà : cette compagnie qui ne dessert pas directement Dubai-Bamako, passe d’abord par Paris.

Plus précisément par Roissy Charles de Gaule où les contrôles sont de plus en plus rigoureux et non exempts d’erreurs. En effet, M. Soumaoro a vu ses 2000 portables saisis depuis quatre mois par la douane française qui vient de lui faire savoir, par une lettre de notification, qu’elle procédera à la destruction de ces produits estimant que ce sont des contrefaçons.

Revenant sur les faits, Mamadou Soumaoro a indiqué que tout a commencé le 21 janvier dernier lorsque ses marchandises ont été débarquées à l’Aéroport de Roissy Charles de Gaule par le vol d’Air France en provenance de Dubaï. Là, l’agent de contrôle en la personne de Marcel Combe, a procédé à la vérification des LTA (lettre de transfert aérien).

A l’issue de cette vérification, celui-ci a établi un procès-verbal déclarant que les colis fouillés contiennent des produits de contrefaçon et de fraude. C’est ainsi qu’une notification a été adressée à M. Soumaoro qui a aussitôt dépêché son jeune frère à Paris. Celui-ci a pu rencontrer l’agent de contrôle et lui a montré toutes les pièces justificatives des produits.

C’est en ce moment que Marcel Combe, l’agent de contrôle, a reconnu l’erreur qu’il a commise notamment en mélangeant les LTA et aussi en indiquant que celles-ci proviennent de la même compagnie et comportent 3700 micros SD qui sont des contrefaçons. Or M. Soumaoro a apporté la preuve que les LTA qui sont déclarées contrefaites ne sont pas les siennes et que les 3700 micros SD ne lui appartiennent pas non plus. A la suite de cette entrevue, le jeune frère s’est rendu au Bureau des litiges des cargos où il a pu exposer son problème à la dame qui s’occupe des clients. Celle-ci a reconnu effectivement que les agents de contrôle "n’ont pas bien effectué leur travail en mélangeant les LTA".

C’est convaincu de cette réponse que le jeune frère de Soumaoro s’est rendu à la direction des litiges pour trouver une solution urgente et débloquer les marchandises. Là, on lui a fait savoir qu’il doit déposer une réclamation. Ce qu’il fit. Mais qu’elle ne fut la surprise de Soumaoro, qui après 20 jours d’attente (ce qui est excessif), reçoit exactement la même décision établie par le procès-verbal de Marcel Combe.

Et bien qu’ayant toutes les informations pour prendre en compte la nouvelle situation, la douane s’est alignée sur les constats effectués par son premier agent.

La mauvaise foi de la Douane française est manifeste. Elle est en train de tout faire pour faire disparaître les preuves en retirant les marchandises du bureau des litiges et cela sans préavis. Un geste qui est intervenu lorsque le plaignant, en la personne de M. Soumaoro, a informé ses agents de son intention d’envoyer ses propres experts pour vérifier ses marchandises.

Ce qui est sûr, c’est qu’au rythme actuel, c’est M. Soumaoro qui court un grand risque car la Douane française, après avoir porté l’affaire devant le tribunal qui l’a classée sans suite, va procéder bientôt à la destruction des marchandises. Sans pour autant prendre la peine de vérifier minutieusement et faire, comme il se doit, le contrôle. Sur quelle base, la Douane française a-t-elle déclaré ses marchandises contrefaites, se demande M. Soumaoro partagé entre l’impuissance et la révolte.

Le moins que l’on puisse dire c’est que cette affaire doit attirer l’attention des plus hautes autorités du Mali. Car c’est la vie de nos opérateurs économiques et, partant, la santé de l’économie malienne qui est en jeu. Eux qui ne sont pas les fabricants de marchandises mais de simples négociants qui peuvent aussi être victimes des fournisseurs.

C’est pourquoi, sans remettre en cause le bien-fondé de ces contrôles, ce sont leurs modalités qui sont en cause car ne respectant pas souvent les droits des propriétaires des marchandises à cause des erreurs des agents de contrôle. Des contrôles qui ne permettent pas aux victimes de participer pleinement aux différentes étapes en cas de saisie de leur marchandises pour produire les preuves qu’il faut afin de trouver une issue favorable.

Pire encore, beaucoup d’opérateurs économiques maliens à l’image de M. Soumaoro se sont dits offusqués par l’absence d’interlocuteur crédible et responsable. Une situation qui met l’opérateur économique dans un imbroglio qui a tout l’air du parcours du combattant. Sans compter le coût financier de ces tours de passe-passe entre les différents services de l’Aéroport Roissy Charles de Gaule, un vrai labyrinthe. Le pire dans cette affaire, aux dires de M. Soumaoro, c’est aussi le silence coupable d’Air France qui laisse ses clients dans la gueule du loup sans broncher.

Souhaitons que la douane française va reconsidérer sa position et débloquer les marchandises de M. Soumaoro dont le calvaire en dit long sur les difficultés que traversent nos opérateurs économiques.

Mamadou L DEMBELE/L'Indépendant

Publié dans Mali

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