L’insoluble question de temps pour ATT

Publié le par Oussouf DIAGOLA

ATT_interrogatif.jpgDans son adresse à la nation le 22 septembre dernier, entre autres chantiers annoncés, le président Touré avait insisté sur la nécessité de donner au pays un processus électoral digne de son nom. 

 Voici d’ailleurs mot pour mot ce qu’il avait dit à ce sujet : « je proposerai dans le cadre des reformes envisagées, la suppression des structures d’organisations, l’annulation des listes électorales actuelles et la constitution d’un nouveau ficher électoral à partir des résultats du Ravec ainsi que la création d’une autorité indépendante (l’agence générale aux élections ayant pour mission l’élaboration et la mise en oeuvre des lois et règlements régissant les élections présidentielles, législatives et communales) ». Le diagnostic qu’il fit alors du fichier électoral était si pertinent qu’on s’attendait que le président procédât au référendum constitutionnel avec un nouveau fichier électoral.

 D’abord la force du symbole : ATT est le seul chef d’Etat de notre histoire à avoir eu le privilège de deux référendums (celui de 1992 et celui à venir) et l’année du cinquantième anniversaire de la nation, de surcroît. Ensuite pour l’épreuve du test qui est utile et nécessaire dans la perspective des élections de 2012 pour lesquelles le président a promis une qualité sans précédent. Or, on le sait maintenant, les listes électorales pour le référendum annoncé peuvent ne pas être issues du Ravec. Lequel a deux problèmes.

 L’un est avéré : c’est le retard accusé sur le calendrier et qui est préjudiciable à la confection de bonnes listes électorales d’ici à la fin de l’année. L’autre est implicite : plusieurs fois, la presse a tiré la sonnette d’alarme sur la « privatisation » du processus d’identification par des enquêteurs qui demandent paiement auprès des populations pour que celles-ci soient recensées. L’ampleur de cette « trahison des clercs » reste à établir mais nul doute que si l’échelle est importante, nous irons au devant d’autres problèmes en 2012 : la sous-déclaration plutôt que l’inflation d’électeurs, un facteur qui baisse tout autant la qualité et la légitimité de l’élection. Car il est quasi certain que très peu de nos compatriotes paieront pour se faire recenser. Mais 2012 ce n’est demain que pour les autres. Les pouvoirs publics se soucieront surtout et de plus en plus de la gestion du court terme, de l’immédiat et de l’imparable.

Quel tragique baromètre d’une capacité d’exécution nationale en effondrement ! Et c’est pourquoi le président recourt au compromis de faire valider par l’Assemblée nationale la liste électorale devant servir pour le référendum. Mais serait-ce un bon compromis ? Nous en doutons.

L’actualisation des fichiers électoraux est une question technique qui se gère au niveau technique avec les expertises indiquées. La valeur ajoutée du parlement sur ce plan n’est donc pas évidente, à moins de recourir, il en a le plein droit, aux expertises requises. Ce qui, le cas échéant, relèverait du hara-kiri. Aucun expert ne certifiera, en effet, que nous avons autant d’électeurs, ce pays n’étant pas une exception démographique dont les deux-tiers sont éligibles et électeurs. Car toutes les élections depuis 2007, dont naturellement, celles des députés, ont été faites sur cette liste. Imaginons un instant qu’elle soit déclaré irrecevable ! Mais on peut trouver des compromis dans le compromis et il est fort possible, que par la magie du « mouslaha », il sorte de chez les députés une liste qui nous permette de faire le référendum. Le reste alors se fera vraiment à la hussarde, le temps faisant défaut. Or nous devons tirer les leçons de l’expérience immédiate du pays. Il est incontestable que le code de la famille a plus d’impact sur la majorité du pays que la constitution et que par conséquent, celle-ci générera d’autant moins de passion que le seul point où le président était attendu -l’article 30 portant sur le nombre de mandats présidentiels- n’a pas été changé. Cependant, une démocratie ne peut exclure sa majorité ni par la langue ni par le langage et moyen peut et doit être trouvé pour que les populations s’approprient à temps la nouvelle constitution promise au référendum. Ne nous faisons pas d’illusions toutefois : une campagne d’un mois voudra dire un faible taux de participation encore une fois.

 Alors que le président a, à travers une mobilisation massive et sans précédent pour son projet référendaire, l’occasion unique d’un plébiscite pour sa personne et son action.

La meilleure manière de saluer son pays et de l’écouter. Hélas, le temps, nous le maintenant sera trop juste pour que tout se fasse sans césarienne. D’ici à la fin du mandat, ce pays déjà velléitaire, sera capable de très peu de choses. En revanche, il ne manquera pas de volontaires pour mordre la main qui les ont nourris. Celles d’un président sur le départ et que d’aucuns cherchent déjà à bousculer. Mais pas nous, même si notre contribution critique, nous le savons, plaît peu.

 Adam Thiam/Le Républicain

 

Publié dans Mali

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