L'éditorial d'Adam Thiam : Faga-gag (la lettre d'un rebelle au chef de l'état avec ampliation aux partenaires du Mali)

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Il y a plusieurs types de mutinerie. Et la lettre adressée par le colonel Fagaga au président de la République, chef suprême des armées et ancien général de surcroît en est indiscutablement une. Surtout si la correspondance a été adressée aux partenaires du Mali comme il le semble. L’anomalie est à déplorer car elle ne peut se généraliser impunément pour la nation. Même si, en vérité, nous sommes en train de payer pour notre histoire immédiate.

Nous avons applaudi le pacte national des deux mains et nous avons eu raison de le faire, la guerre ne pouvant faire qu’un vaincu : le Mali. D’où l’actuelle armée de notre démocratie au lieu de l’armée de nos besoins. Celle-ci reste à construire contre tous les comportements à la Fagaga mais aussi contre la confrérie des officiers bedonnants et salonnards qui infestent si souvent les armées africaines. Pour clore sur la forme, il faut que Fagaga sache ceci : il est adossé à la rancœur de 2600 jeunes mais le quatorze millionième malien est né dimanche dernier. Il n’a donc pas l’arithmétique avec lui. Pour le fond, les griefs de l’officier méritent d’être examinés parce que le Mali est au dessus de chacun d’entre nous. Il n’est pas acceptable que l’Etat soit complice d’un groupe de citoyens contre un autre, qu’il porte au pinacle un groupe et organise la descente aux enfers d’un autre.

S’il n’est pas perçu comme un arbitre, alors l’Etat devient un problème, et un problème est forcément une cible. En prévenant contre ce qu’il croit être la banalisation des Ifoghas, Fagaga pointe les plaies mal refermées. Il faut y prêter garde. Quand il invite à un processus plus participatif dans l’accès aux projets de réinsertion, il a également raison. Si on doit leur raser la tête, alors les Ichoumars doivent être présents.

Les autres griefs soulevés relèvent d’une question d’appréciation et ils ne doivent pas remettre en cause la volonté de dialogue. Car les Maliens, y compris ceux du Sud, le savent : le développement est la seule arme qui permet la paix au Nord. Mieux, ils acceptent la discrimination positive pour le septentrion. Le seul problème est que le ventre est profond. A moins qu’il ne reçoive pas vraiment tout ce qui lui est destiné. Ce qui a été souvent dit et qui est le terreau de tous les Fagaga.

Adam Thiam/Le Républicain

Publié dans Mali

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