Jacques Vergès et Roland Dumas à Abidjan : le droit bafoué

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Le soutien des deux avocats français à Laurent Gbagbo sape les efforts de la communauté internationale qui vise à faire triompher la volonté du peuple ivoirien exprimée dans un scrutin jugé correct par la communauté internationale.

Les deux gloires du barreau français se sont rendus à Abidjan jeudi 30 décembre et ont exprimé publiquement leur soutien au président sortant Laurent Gbagbo. Celui-ci, battu par Alassane Ouattara au deuxième tour selon les résultats publiés par la Commission électorale indépendante (CEI), certifiés par l’ONUCI, validés par les observateurs de l’UEMOA, de la CEDEAO de l’Union Européenne et cachetés par la fondation Carter, n’en continue pas moins de défier la communauté internationale. C’est désormais sur le terrain juridique que Laurent Gbagbo veut déplacer le débat. Mais, en faisant appel aux deux avocats français , le «boulanger » semble adopter les méthodes de cette françafrique qu’il vitupère depuis le 28 novembre dernier. N’est-ce pas là une manière d’infantiliser l’Afrique que de désavouer ses institutions, de les instrumentaliser, d’ignorer les appels de la CEDEAO et de l’Union africaine pour, finalement, faire appel à ses amis de Paris ? Nul n’ignore pour l’heure le cachet des deux avocats. Surnommé l’avocat des causes perdues, Jacques Vergès qui avait défendu des clients spéciaux dont Klaus Barbie, criminel nazi, puis Slobodan Milosevic, ancien président de la Serbie, et qui voulu contre vents et marées, défendre Saddam Hussein, adore les feux de la rampe. Quant à Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères et, surtout, ancien président du conseil constitutionnel français (1995-2000) il entache une longue carrière aux nécessités d’une fraternité socialiste, au risque de se faire désavouer par de nombreux ténors du PS. Ce parti qui avait coaché le camarade Gbagbo du temps de son opposition à Houpheït Boigny est divisé sur la question ivoirienne. Si l’ancien ministre de la culture Jacques Lang dit avoir écrit une lettre pour dire à Gbagbo, qu’« il est temps de partir », d’autres ténors comme Henri Emmanuelli, continuent de soutenir le président ivoirien sortant. Les risques d’une transposition des rivalités politiques françaises (élections de 2012) sur la lagune ivoirienne sont plus que jamais fondés.

Les Afriques

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