Interview du secrétaire politique du RPM : Bakary Konimba Traoré trouve des pièges dans le projet de réformes politiques

Publié le par Oussouf DIAGOLA

RPM.jpgQue pensez-vous du travail élaboré par le Comité d’Appui Reforme Institutionnelles ?

A la parution du rapport de la commission Daba Diawara, nous avons tenu beaucoup de séances de travail.

Au niveau des groupes de travail des partis politiques, nous avons eu des échanges de réflexions sur les 233 points.

Et, quand le présent Projet de reformes politique a paru, nous nous sommes attelés à initier un schéma de travail. C’est pour dire que, nous mêmes, nous sommes entrain de mettre au point les éléments. En toute responsabilité, nous rendrons notre position publique par rapport aux dispositions de ce rapport au fil de nos rencontres, et avec l’analyse des différents rapports de force, les armes et les instruments de lutte vont diverger, vont converger selon le champ, la situation, le moment.

 

Que pensez-vous des nouvelles dispositions constitutionnelles proposées dans le Projet de reformes, et qui renforcent davantage les pouvoirs du Président de la République?

Première des chose, nous sommes à l’étape de proposition.

Ce document est le fruit d’un travail qui n’a pas fait l’objet d’un débat politique ouvert. A son état actuel, il ne doit nullement économiser le débat public. C’est une commission qui a écouté des personnalités, des experts, des individus.

Son travail ne peut pas économiser le débat public avec les formations politiques qui constituent l’essence de la démocratie (article 28 de la constitution).

Dans les conditions normales, le niveau du travail actuel ne doit même pas aller à l’Assemblée nationale.

On ne doit pas pouvoir économiser le débat ouvert avec les formations politiques attitrées pour qu’elles fassent examiner ça par leur Direction, et que leurs représentants viennent discuter avec ceux qui défendent le texte.

Malgré tout, si le document vient à l’Assemblée, comme nous y avons nos représentants nous s’emploieront pour que ce que nous devons faire comme économie ne soit pas brûlé.

On exigera que ce tour là puisse être respecté. Si on ne le respectait pas, nous nous prononcerons en notre qualité de démocrate.

Par ailleurs, cette étape ne saurait être brûlée d’autant plus que, ce qui est dit et ce qui est fait par le chef de l'État nous met dans la condition de le prendre au mot. C’est qu’il n’est pas concerné lui personnellement par la révision. Mais il y a d’autres présidents qui sont concernés. Nous RPM, nous serons concernés. Ce n’est pas parce que le président actuel nous le voyons comme futur président, mais nous même pouvons être le tout juste prochain président de la République. Si nous trouvons qu’il y a des couacs dans le présent projet, c’est que nous ne voulons pas nous trouver dans une position où l’on nous donne trop de pouvoir. Donc, il doit être de rigueur que du point de vue politique, l’esprit du RPM, ses observations, ses critiques et ses propositions sur la constitution ne visent pas le président en exercice parce qu’il n’est pas concerné par les effets de la révision.

Nous nous contentons du fait qu’il est à son second mandat. Et il a d’ailleurs confirmé que c’est son dernier mandat. Et nous, nous estimons qu’il veut faire un bon travail et partir.

Pour le moment, nous (le RPM) ne sommes pas installés dans l’esprit de précipitation. Et dans un régime semi présidentiel, si le président doit nommer les présidents de presque, toutes les institutions de la République, y compris le Premier ministre, il n’y aura plus dans la constitution actuelle la possibilité théorique d’une cohabitation. D’autant plus que, s’il y a cohabitation, il y aura conflit.

En principe, le groupe de partis qui arrivent premiers lors des élections, la logique voudrait que le Premier ministre vienne de la majorité.

C’est dans le même sens que le projet de reformes abonde en indiquant que le président de la République aura la latitude de choisir son Premier ministre en dehors du rang de la majorité.

Déjà, il y a contraction par rapport à la ligne démocratique qui veut que, dans un régime semi présidentiel, le poids de la majorité à l’Assemblée soit représenté par le fait que cette même majorité choisisse un Premier ministre.

 

Mettre l’opposition à même de jouer convenablement son rôle. Cela ne pressage-t-il pas des accointances dangereuses, susceptibles de détourner cette entité de ses objectifs?

Comme je l’ai toujours dit., cela est une question de maturité politique et d’expérience de débat.

Dans un choix politique, que l’opposition soit mise dans des conditions où dans la misère peut être allégée parce qu’il y a des coûts, dans un esprit de considérations politiques, il n’y a pas de raison que cela ne soit pas envisagé.

A notre niveau, nous sommes bien d’accord à ce propos. Mais, nous disons que les termes dans lesquels cela est prononcé actuellement ne sont pas clarifiés à souhait.

L’opposition peut bien être aidée à jouer son rôle sans être sous la coup de la menace, qu’elle ait le droit de s’exprimer chaque fois que besoin en est, qu’on vienne chercher l’opposition pour qu’elle se prononce, qu’on ne se trouve dans un champ où le gouvernement est là. Cela ne constitue aucun problème, si la maturité politique est assurée.

Parce que, nous on est à l’opposition aujourd’hui, mais on est la majorité de demain. Comme la majorité d’aujourd’hui est l’opposition de demain. Donc, nous n’avons pas d’ambition alimentaire au point de nous conforter du rang de ministre prévu pour le chef de l’opposition. Après tout, un parti politique se doit d’avoir une ambition politique.

Lorsqu’on analyse en politique, on le fait en fonction du choix, du critère et de la norme, la qualité des hommes, le caractère des hommes, le fait qu’ils sont cohérents, qu’ils savent défendre les intérêts quoiqu’il arrive.

Dans la misère, on est empêché de faire certaines choses mais, on peut tenir la tête haute.

Tu ne brûles pas, tu ne casses pas, mais tu fais passer ton opinion, tu fais comprendre au pouvoir que la pertinence de l’autorité de la force de l’argumentaire que tu déploies dans ton discours, dans ton acte politique. C’est suffisant pour que le peuple et l’opinion témoignent de cela et exigent du gouvernement qu’il en tienne compte. Donc, dans un pays, dans un mouvement où on voit que c’est comme ça, on ne voit pas d’inconvénients.

Mais, on ne doit pas fermer les yeux, les hommes politiques qui occupent de hautes fonctions dans les rouages étatiques ne sont pas à même de considération et de capacité. Si on connaît le gap, le décalage qui réside à ce niveaux, je crois qu’il faut travailler politiquement pour le combler.

Nous (au RPM) on ne nivelle pas par le bas ! On a une ambition, nous sommes visionnaires. C’est pour cela, opposition aujourd’hui, mais nous sommes majoritaires demain. Notre vision politique, c’est d’être dans la positivité des choses.

 

Êtes-vous pour le renvoi à l’Assemblée nationale du Projet de reformes en son état actuel?

Il y a des questionnements qu’il ne faut pas qu’on oublie. Aujourd’hui, on ne peut pas subitement se trouver devant l’examen par l’Assemblée d’un texte qui aurait dû bénéficier de débat au niveau des partis politiques.

Il y a un artifice dans ce document qui dans la présentation donne l’impression qu’on a consulté les acteurs politiques. On ne peut pas économiser le vrai débat au niveau des forces politiques.

Donc, si on veut qu’on verse réellement nos points de vues, il y aurait dû avoir quelques journées de réflexion au niveau des Directions des partis politiques, et ailleurs.

Il faut un véritable débat autour de ce projet pour y sortir quelque chose de consensuelle qui peut être envoyé au niveau de l’Assemblée nationale.

Ce Projet est là, il a ses cotés positifs, il comporte également des pièges qu’il faut pouvoir déceler. Parce qu’un Projet ça se discute! Quand nous aurons des choses à prouver, nous le ferons, quand nous aurons des choses à amender, nous le ferons.

 

Doit-on comprendre que l’opposition a été mise à l’écart dans le processus d’élaboration du Projet de reformes politiques?

L’opposition c’est déjà peu. Tenez-vous bien, aucun parti politique dans sa Direction n’a été directement saisi pour qu’en tant que structure organisée, il s’investisse, il participe à la formulation des éléments.

Le travail qui est là est un travail d’experts, de professionnels, qu’on veut transformer en article. La nature du dossier est tellement fondamentale qu’il faut le soumettre à l’exercice d’un débat public au niveau des Directions des partis politiques.

Ceci c’est seulement dans le souci d’enrichir l’approfondissement du processus démocratique.

Ce document ne doit pas connaître le même sort que le Code de la famille.

Pour ce faire, aucune étape ne doit être brûlée avant l’envoi du document à l’Assemblée nationale.

L’on ne doit pas économiser la phase d’implication des Directions des partis politiques. Et je dis, nous saluons l’idée d’aller vers des textes qui vont apporter beaucoup d’avancées.

Cela est d’autant plus clair et net que le pouvoir en place n’est pas concerné par les effets du texte envisagé.

C’est d’autres qui sont concernés. Donc, nous, nous sommes concernés. D’autant plus que, c’est nous qui serons aux commandes des affaires de ce pays en 2012!

 

26Mars

Publié dans Mali

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