Mali : les 7 questions clés qui attendent le gouvernement

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://www.journaldumali.com/images/articles/1/1244393491909.jpgAprès une trêve de courte durée marquée par les inondations et les préparatifs du mois du Cinquantenaire, les dossiers sociaux, institutionnels, sécuritaires et politiques s’annoncent tous délicats pour le président Amadou Toumani Touré et son gouvernement. Au point que beaucoup se demandent s’il n’est pas temps de changer l’attelage gouvernemental formé il y a déjà 3 ans. 

Le casse-tête du remaniement 
Garder Modibo ? Virer Sidibé ? Plusieurs fois annoncé, chaque fois repoussé, la seconde étape du dernier mandat d’Amadou Toumani Touré (ATT) reste pour Koulouba un pénible casse-tête. Garder Modibo, oui, car cela préserve le chef de l’Etat d’afficher dès maintenant son choix pour lui succéder. Car virer Sidibé maintenant, à 18 mois de l’échéance présidentielle, c’est lui signifier qu’il n’a aucune chance de devenir président de la République. C’est sans doute trop tôt pour ATT, qui préfère geler la situation, dévoiler son choix le plus tard possible, afin d’être respecté jusqu’au bout. Garder Modibo ? Non, car bien que rigoureux et travailleur, ce dernier a prouvé qu’il ne savait pas être le bouclier que doit être tout premier ministre pour son président. On l’a vu, c’est ATT qui prend tous les coups : crise au Nord, code de la famille, hausse des prix des denrées, et même crise scolaire, où le chef de l’Etat a du lui même monter au front pour ramener les professeurs à cesser leur grève. De plus, la présence au sein du gouvernement d’une dizaine de ministres estampillés « PDES », le nouveau parti présidentiel, a rompu les équilibres et la confiance des partis majoritaires. Si ATT veut éviter une fronde parlementaire menée par l’Adema et l’URD, au moment où il a besoin d’eux pour voter les deux textes majeurs que sont le code de la famille et la réforme constitutionnelle, il devra forcément respecter le fait majoritaire au sein de son gouvernement, en tenant compte du poids de chacun à l’Assemblée. 

Le scandale du Fonds mondial 
C’est sans doute le scandale de corruption qui aura le plus marqué la présidence ATT. Plusieurs centaines de millions de francs CFA, voire des milliards auraient été détournés du Fonds mondial, créé en 2002 par l’ONU pour lutter contre le paludisme, la tuberculose, et le Sida. Déjà 10 responsables du ministère de la santé, censés gérer ces fonds, ont été écroués au cours du mois d’août, y compris le directeur administratif et financier. Au point que la position du ministre Ibrahim Oumar Touré, premier responsable du département, est devenue intenable, surtout après qu’il ait été entendu par le pôle économique et financier du Procureur de la République. Du sort qui lui sera réservé, on déduira soit que la corruption continue d’être érigée en valeur au Mali, soit qu’il s’agit du début d’une véritable opération mains propres. La seconde hypothèse aurait le bénéfice de redorer le blason de la maison Mali vis-à-vis des bailleurs de fonds qui se sentent floués.

Lutte contre AQMI, une crédibilité à retrouver 
L’enlèvement de ressortissants occidentaux dans la région du Sahel est devenu un business très lucratif car une fois sur le territoire malien, les otages sont troqués contre de fortes rançons par des bandits et membres d’Al Qaeda au Maghreb islamiste (AQMI), souvent couverts par des notables maliens. Résultat : Bamako a perdu tout crédit auprès de ses voisins algériens, mauritaniens et burkinabés, mais aussi auprès de la France et des Etats-Unis, qui ne croient plus vraiment en sa volonté de lutter fermement contre les terroristes. L’épisode du raid franco-mauritanien en juillet sur le territoire malien en est la parfaite illustration puisque, par crainte de fuites, les assaillants n’ont averti le Mali qu’au dernier moment. Autre conséquence, les occidentaux déconseillent le pays à leurs ressortissants, au péril de la saison touristique qui doit démarrer dans quelques semaines. Il devient donc urgent pour ATT et son gouvernement de donner de sérieux gages de leur engagement à mettre fin au commerce d’otages, de drogue et d’autres produits de contrebande, autant de trafics qui financent l’expansion de l’islamisme dans la région. 

Une rentrée scolaire et estudiantine apaisée ? 
L’année précédente a été quasi blanche pour les étudiants maliens, suite à la grève des enseignants qui réclamaient une revalorisation de leur traitement. Cet épisode a montré une nouvelle fois les défaillances du système éducatif malien, ou une corporation peut prendre en otage l’avenir de milliers de jeunes, et donc celui du pays. En cette rentrée 2010, le risque pour le gouvernement est multiple. Le premier des risques est que les enseignants du supérieur rééditent leur grève à la rentrée pour obtenir davantage que ce qu’ils ont obtenu. Le second est que ce mouvement fasse tâche d’huile au niveau des enseignants du primaire et du secondaire, qui seraient en droit eux aussi de réclamer une réévaluation de leurs salaires. Enfin, les autorités risquent de voir les élèves et étudiants eux aussi faire preuve de surenchère, en réclamant légitimement des bourses plus importantes et de meilleures conditions de travail. Dans un tel cas de figure, ce serait la quadrature du cercle pour ATT et son gouvernement, dont les moyens d’action sont malheureusement limités. 

Le nouveau code de la famille : consensus ou recul ? 
Après le rejet du nouveau code de la famille par une partie de la population musulmane en août 2009, Koulouba avait été contraint de renvoyer le texte à l’Assemblée nationale pour une seconde lecture. Depuis, les négociations vont bon train, et un texte remanié devrait être soumis aux députés lors de la session parlementaire d’octobre 2010. Le gouvernement va devoir jouer un difficile numéro d’équilibrisme, entre la nécessité de contenter les associations islamistes pour les dissuader de créer un parti politique, et le devoir de ne pas sacrifier les droits des femmes, chose qui apparaîtrait comme un nouveau recul de l’Etat, et abimerait une fois de plus l’image du Mali.

Modification constitutionnelle sous « haute surveillance » 
Le président ATT a promis de ne pas se maintenir au pouvoir après son second mandat autorisé par la Constitution, qui se terminera en 2012. Autre promesse, celle d’organiser un référendum avant la fin 2010 pour modifier la loi fondamentale dans le cadre d’une réorganisation des pouvoirs, avec notamment la création d’un Sénat, d’une autorité de l’audiovisuel, et de nouvelles règles électorales. Seulement, les partis traditionnels que sont l’Adema, l’URD, le RPM, le Parena et le Sadi, majoritaires au parlement, restent vigilants et se battront bec et ongles pour amender le texte afin de verrouiller définitivement l’impossibilité pour ATT de prolonger son bail à Koulouba. Par conséquent, ce dernier devra encore prouver sa bonne foi, et le gouvernement faire preuve de beaucoup de pédagogie pour que ce texte soit voté au cours de la session d’octobre, et ensuite soumis par référendum avant la fin de l’année. 

Le cinquantenaire c’est pour nous et ... entre nous ? 
S’il est un événement qui mobilise en cette rentrée 2010 l’ensemble des membres du gouvernement, c’est bien la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Mali. La Commission dirigée par l’ancien ministre Oumar H. Dicko a en effet mis en place un programme ambitieux, dont le clou sera un grand défilé sur l’avenue du Mali (Commune IV de Bamako) le 22 septembre. Les différents ministères concernés sont donc à pied d’œuvre, mais l’inquiétude grandit au sommet de l’Etat sur la présence effective des chefs d’Etat africains amis. En effet, ils sont tous invités à participer à l’Assemblée générale de l’ONU qui se tient traditionnellement à New York pendant la 3ème semaine de septembre, et au cours de laquelle les objectifs du millénaire seront discutés entre le 20 et le 22. L’absence de nombreux chefs d’Etat à Bamako apparaitrait comme un camouflet pour ATT, qui a répondu présent à toutes les cérémonies de ses homologues.

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