Guinée: Toujours pas de résultats provisoires de la Présidentielle

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://www.lefaso.net/local/cache-vignettes/L343xH243/guinee-10-7326f.jpgAprès cinq jours d'attente, les Guinéens étaient impatients vendredi de connaître les résultats provisoires du premier tour d'une élection présidentielle historique qui doit mettre un terme à 50 ans de dictatures.

"Les gens sont suspendus à cette proclamation des résultats", constatait vendredi matin le responsable en Guinée de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), Mamadi Kaba, remarquant qu'une fois encore, "des commerçants n'avaient pas ouvert leurs boutiques à Conakry, de crainte de voir des électeurs +perdants+ manifester leur colère".

Vingt-quatre candidats - tous civils - briguent la présidence de ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest. Trois sont présentés comme les grands favoris: deux anciens Premiers ministres du général Lansana Conté (1984-2008) - Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré - et un opposant à tous les régimes successifs, Alpha Condé.

Mercredi, la Cour suprême avait accordé un délai supplémentaire de 48 heures à la commission électorale nationale indépendante (Céni) pour publier les résultats provisoires de cette toute première élection libre depuis l'indépendance du pays en 1958. La Cour invoquait des "difficultés d'ordre logistique, matériel et sécuritaire".

"Serons-nous capable de donner les résultats vendredi? Nous disons oui", a affirmé jeudi le président de la Céni. "Plus le temps passe, plus la fièvre monte et plus les risques sont grands par rapport à l'acceptation des résultats par les différents candidats", a-t-il noté, ajoutant: "l'économie est paralysée, les conditions d'existence se dégradent de plus en plus, donc nous n'avons pas le droit de retarder plus que ça" la publication.

Il a par ailleurs annoncé que "beaucoup de cas de fraudes" avaient été enregistrés et des personnes "appréhendées et mises à la disposition de la justice" à Conakry et dans d'autres villes.

La suspicion s'était installée dès le lendemain du scrutin, qui s'était pourtant déroulé paisiblement et sans aucun incident.

Toute la semaine, la quasi-totalité des partis ont dénoncé des "fraudes massives" et "bourrages d'urnes", ici ou là.

Ils s'accusaient les uns les autres d'avoir manipulé les résultats mais critiquaient aussi de façon virulente les membres de la Céni. Alpha Condé a accusé le président de la Céni de manipulation des suffrages en faveur d'adversaires qu?il n?a pas nommés. "J'invite la population à s?opposer à toute manipulation des suffrages", a-t-il lancé.

Pour M. Kaba, "le meilleur cadeau que la classe politique puisse faire au peuple de Guinée, c'est d'accepter les résultats et de ne pas donner de prétexte à l'armée pour se maintenir au pouvoir, après 25 ans de régimes militaires durant lesquels la contestation a été réprimée dans le sang."

La première présidence du "père de l'indépendance" (1958-1984), Ahmed Sékou Touré, s'était muée en dictature, faisant des dizaines de milliers de morts en 26 ans, selon les organisations de défense des droits humains.

Puis le pays avait connu les 24 années de régime militaire de l'autocrate Lansana Conté (1984-2008) et d'amères désillusions avec la junte dirigée par le capitaine Moussa Dadis Camara qui avait pris le pouvoir fin 2008. Le massacre de 156 opposants par l'armée, le 28 septembre 2009, à Conakry, a laissé le pays traumatisé.

Jeudi, le représentant spécial des Nations unies pour l?Afrique de l?Ouest, Said Djinnit a prié "instamment tous les candidats et leurs partisans de continuer à faire preuve de retenue et de civisme afin de préserver le climat de calme et de sérénité".

Publié dans Afrique

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