Guinée Equatoriale : Obiang N'Guéma, l'Unesco et la prix rêvé en Science de la vie

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Organisme des Nations unies en charge de la science et de la culture, l’UNESCO a une réputation bien établie. Mais depuis la polémique née autour du prix portant le nom du président équato-guinéen, Théodoro Obiang N’Guéma Mbasogo, l’image de la sexagénaire UNESCO est mise à rude épreuve.

On se souvient en effet que le président équato-guinéen avait remis trois millions de dollars (soit environ 1,5 milliard FCFA) à cette organisation onusienne, dont Paris abrite le siège, la moitié de cette somme devant revenir pour les cinq prochaines années aux lauréats, l’autre moitié étant consacrée aux frais de fonctionnement.

Quand on a voulu procéder à l’attribution de ce prix UNESCO-Obiang N’Guéma sur la recherche en science de la vie, les activistes des droits de l’homme et autres militants de la lutte anticorruption n’ont pas manqué de crier haro sur le baudet.

Pour ce beau monde, le président équato-guinéen n’est autre qu’un dictateur qui a usurpé le pouvoir d’Etat le 3 août1979 des mains de son cousin de président, Macias N’Guéma, de triste renommée, lui aussi, en matière de droits de l’homme. Voilà donc 31 ans que Téodoro préside aux destinées de la Guinée Equatoriale où, depuis quelques années, le pétrole coule à flots.

Si ce petit pays de 28 000 km2 est devenu un géant pétrolier à l’échelle africaine, avec une richesse ostentatoire dont font montre quelques dirigeants, ils sont nombreux, ceux de ses habitants qui continuent de végéter, de trimer là-bas où la liberté d’expression et la démocratie ne sont pas les choses les mieux partagées. Et pour bien d’observateurs, l’UNESCO s’est bel et bien tiré une balle dans le pied en donnant un blanc-seing à un despote qui, régulièrement, se fait réélire sur le score stalinien d’au moins 98%.

On se souvient qu’en mars dernier, de nombreux Equato-Guinéens en exil, dont de respectables savants, n’avaient pas manqué de se prononcer en écrivant à la Bulgare Irina Bokova, la patronne de l’UNESCO, pour lui faire part de leur désaccord au sujet de ce prix présidentiel.

Ils estiment que Téodoro Obiang n’est autre qu’un despote qui, en dépit du boom pétrolier du pays, n’a consacré qu’une faible part de ses revenus à l’amélioration des conditions d’existence de ses concitoyens. Au lieu de donner cet argent à l’UNESCO, ceux-ci pensent que cette manne aurait donc été plus profitable au système éducatif équato-guinéen, mal subventionné, pour l’acquisition de livres, de bancs d’école et autres fournitures de base...

Et pourtant, selon des statistiques dignes de foi, le pays de Téodoro Obiang N’Guéma est le quatrième plus grand producteur de pétrole d’Afrique avec un revenu par habitant de 36 000 dollars en 2009, plus élevé qu’en Israël, en Italie et en Arabie Saoudite. Paradoxalement, la plupart des indicateurs le classe dans les derniers rangs mondiaux avec une espérance de vie planant autour de 50 ans avec un taux d’inscription à l’école primaire en décrépitude.

Cette controverse connaît son summum au moment où la famille régnante à Malabo doit faire face à une polémique sur sa mauvaise utilisation de la manne financière générée par la découverte ainsi que l’exploitation de l’or noir, et l’UNESCO doit se pencher sérieusement sur l’octroi du prix querellé. Une mauvaise gestion de cette affaire pourrait ternir durablement son image.

Boureima Diallo/L’observateur Paalga (Burkina)

Publié dans Afrique

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