Europe-Afrique/Accord partenariat économique : un bluff à 6,5 milliards d’euros

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Billets de banqueEn réaction à la réponse financière européenne proposant un montant de 6.5 milliards d’euros sur les 9.5 milliards demandés, pour financer le Programme de l’APE pour le développement (Paped) sur 5 ans, les plateformes de la société civile de l’Afrique de l’Ouest dénoncent une tergiversation et un « bluff » européen.

En se contentant de la réponse de la Commission européenne au PAPED, l’Afrique de l’Ouest pourrait courir le risque de s’engager dans l’APE, en faisant le maximum de concessions, en attendant d’hypothétiques financements qui pourraient n’être qu’une coquille bien vide. Cette mise en garde lancée par les plateformes de la société civile de l’Afrique de l’Ouest sur l’Accord partenariat économique (APE), se veut une réaction de vigilance qui vise à dénoncer d’une part un manquement à ses engagements de la part de la Commission européenne et d’autre part, une opportunité pour les chefs d’Etat africains de l’Ouest d’exiger plus que des promesses européennes.

Des promesses qui sonnent comme 9.5 Milliards d’euros sur cinq ans pour financer des projets identifiés, dans le but d’élaborer et de conclure un Programme de l’APE pour le développement (PAPED) tel que Chefs d'État de l’Afrique de l’Ouest en ont exprimé la volonté en janvier 2008. Une volonté qui s’est traduite par une méthodologie utilisée par la CEDEAO et jugée « rigoureuse » et la démarche « largement inclusive » de tous les États et les acteurs non étatiques de la région, y compris les représentants des secteurs productifs et même de la Commission européenne qui aurait été, elle-même, largement impliquée dans ces travaux.

Mais alors que l’Afrique de l’Ouest attend de l’Union européenne un engagement sincère, cette dernière en serait encore à « tergiverser et à spéculer » en avançant que le montant de 6.5 Milliards serait disponible et mobilisable pour l’Afrique de l’Ouest, en lieu et place des 9.5 Milliards d’euros attendus compte non tenu de la compensation des pertes fiscales des États engendrées par la suppression des droits de douane.

Au delà du gap de 3 milliards d’Euros qui demeure, selon Cheikh Tidiane Dieye, coordonnateur « une analyse de ces montants révèle qu’ils ne sont rien d’autres que le cumul de tous les fonds européens bilatéraux et régionaux destinés à la région et aux Etats d’Afrique de l’Ouest. En réalité, l’Union Européenne ne fait que « recycler » et transférer des fonds déjà prévus pour d’autres projets en changeant seulement de rubrique et d’appellation. ».

Aussi, les plateformes de la société civile de l’Afrique de l’Ouest appellent-ils les Chefs d’Etat, les Ministres et les négociateurs de l’Afrique à rester « vigilants et fermes » sur au moins deux points : « s’assurer de la cohérence entre les appuis identifiés par la Commission européenne et les besoins contenus dans les plans opérationnels du PAPED, ainsi que de l’additionnalité des ressources à mobiliser pour la mise en œuvre du programme » ; obtenir de la partie européenne la présentation d’un tableau clair et détaillé du financement du PAPED indiquant entre autres les ressources retenues, les sources de financement ainsi que la nature des fonds (dons, prêts, flux non concessionnels etc.) »

Aurélien ATIDEGLA de la Plateforme de la société civile du Bénin, va plus loin en soulignant que « Le programme PAPED n’est pas une demande d’aide classique. Douze PMA vont ouvrir pour la première fois de leur histoire une proportion importante de leur commerce à l’Europe. Ils renonceront à des recettes fiscales importantes et rien ne garantit que les réformes qu’ils mettront en œuvre, surtout dans un contexte de crises, puissent combler les gaps financiers ainsi créés. L’Europe doit donc changer de position et faire des propositions acceptables »

En définitive, aux yeux des acteurs des plateformes de la société civile de l’Afrique de l’Afrique de l’Ouest, la vérité est que l’Union européenne n’a ni argent frais, ni ressources additionnelles disponibles. Ses difficultés à aider la Grèce, le prouvent à suffisance, selon les acteurs de la société civile Ouest Africaine qui demeurent convaincus que « seule une volonté politique farouche venue de l’Afrique de l’Ouest peut l’amener à en rechercher ».

Sombel FAYE (Sud Quotidien/Dakar-Sénégal)

NB: Le titre est de la rédaction

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