Ethiopie : L'opposition réclame de nouvelles élections

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Le Medrek, la coalition de huit partis de l'opposition, a rejeté le 26 mai les résultats des législatives remportées de façon écrasante, trois jours plus tôt, par le parti du Premier ministre Meles Zenawi. Le Medrek a officiellement demandé à la Commission électorale l'organisation d'un nouveau scrutin. Dans le même temps, la mort de deux membres de l'opposition, abattus cette semaine par la police dans la région de l'Oromia (Sud) a fait monter la tension d'un cran dans tout le pays.

La coalition de M. Meles au pouvoir depuis 1991 et les différents partis d'opposition se retrouvent ainsi dans un nouveau bras-de-fer, cinq ans après les précédentes législatives contestées qui avait tourné au bain de sang, dans le pays le plus peuplé d'Afrique sub-saharienne après le Nigeria.

"Nous n'allons pas accepter les résultats et nous allons demander de nouvelles élections", a affirmé Merara Gudina, un des principaux dirigeants du Medrek, la coalition d'opposition regroupant huit partis, à l'issue d'une réunion de sa direction collective.

"Ces appels pour un nouveau scrutin sont complètement injustifiés", a déclaré à la presse le Premier ministre et ancien chef de guérilla Meles Zenawi, 55 ans.

"S'il peuvent prouver que 50 pc ou 100 pc des sièges ont été gagnés de façon illicite, alors ils ont leur chance devant un tribunal. Mais ils appellent à de nouvelles élections sur la base d'allégations infondées", a-t-il estimé.

Un autre parti d'opposition, qui avait choisi d'aller aux élections sous ses propres couleurs, avait également réclamé un nouveau scrutin. "Nos observateurs ont été chassés de la plupart des bureaux de vote du pays et ils n'ont pas pu observer le processus", a affirmé le président du Parti de l'unité pan-éthiopien, Hailu Shawl.

M. Hailu a cependant souligné qu'il n'appelait pas ses partisans à manifester, contrairement à ce qui s'était passé cinq ans plus tôt, lorsque lui-même dirigeait la coalition d'opposition de l'époque.

L'opposition, qui avait recueilli les meilleurs scores de son histoire, sans détrôner pour autant l'EPRDF, avait alors déjà contesté le décompte des résultats du scrutin, et ses critiques avaient été relayées par la mission d'observation de l'UE. La répression par les forces de l'ordre des manifestations avaient fait environ 200 morts, selon une commission parlementaire.

Selon des résultats officiels partiels portant sur 536 circonscriptions, le Medrek n'a gagné qu'un seul siège tandis que l'EPRDF en a conquis 499 et plusieurs partis alliés de l'EPRDF ont remporté 36 sièges. L'Assemblée nationale éthiopienne compte 547 sièges et les résultats définitifs doivent être publiés le 21 juin.

"Ils ont le droit de protester ou de rejeter les résultats, tant qu'ils n'enfreignent pas la loi", a ajouté le Premier ministre.

L'opposition a reçu le soutien indirect des Etats-Unis, qui ont critiqué mardi la régularité du scrutin.

Les Etats-Unis ont estimé que "les élections ne présentaient pas les normes internationales" requises, par la voix du secrétaire d'Etat adjoint aux affaires africaines, Johnnie Carson.

Les Américains considèrent pourtant l'Ethiopie comme un allié, qu'ils voient comme un îlot de stabilité et un rempart contre l'intégrisme islamiste dans la Corne de l'Afrique.

Les observateurs de l'Union européenne envoyés en Ethiopie ont été encore plus explicites. "Le processus électoral n'a pas été à la hauteur d'un certain nombre de normes internationales, en particulier en matière de transparence et en raison de l'absence de conditions équitables pour toutes les parties", selon leur rapport intérimaire.

Mais la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, s'était félicitée mardi du "déroulement pacifique" du scrutin à l'image de la France qui a salué mercredi "l'efficacité" de la commission électorale.

 

Courrier International

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