Economie : La Fausse immatriculation concernerait une voiture sur dix

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Policier BamakoAu Mali, au moins dix voitures sur cent sont frauduleusement immatriculées. Mais, elles suscitent rarement la curiosité des gabelous et des flics. Logés dans les entrailles de la colline du marché de Médine, les auteurs de ces fausses immatriculations continuent de se la couler douce.

Nous leur avons rendu visite. Ici, tous les travailleurs sont des maliens, même le Boss. Bien que ce travail soit une spécialité reconnue aux anglophones.

Selon le Chef des lieux, un quadragénaire, il a fait ses apprentissages de mécanique au Nigeria, il y a dix ans. Sachant le monde du travail inaccessible au Mali, il n’est pas passé par dix mille chemins : « Comme je sais bricoler, j’ai essayé avec la voiture de mon frère. C’était, une Mercedes 190. Cela a marché comme sur des roulettes. Donc, je me suis dis que je pourrais gagner mon pain avec ce métier. Mieux, je diminue le nombre de chômeurs. J’ai 16 employés que je paie, chaque mois ».

La méthode est simple et rapide. Contrairement aux autres pirates, qui changent les cartes grises, conformément, à la fausse plaque d’immatriculation, lui et ses hommes de main modifient, non seulement les cartes grises, mais aussi le numéro de la série de fabrication, en remplaçant la plaque sur laquelle le numéro est gravé. Aussi, pour changer les cartes grises, il dispose d’un stock de bagnoles. Surtout, les voitures de marques courantes dans notre pays. Notamment celles des Mercedes, Toyota, Renault etc.

« Ces voitures, hors d’usage sont nos matières premières. C’est à l’aide du numéro de série ou de châssis de ces vieux engins que nous travaillons », nous explique un collaborateur direct du chef mécano, chargé de superviser les opérations de falsification des numéros.

Une complicité avec les compagnies d’assurances

Comme le dit l’adage : « Il faut que la chèvre de certains soit immolée pour que la sauce des autres soit succulente ». Ces voitures sont, souvent, endommagées par des accidents de la circulation. Après l’expertise de la Police, et le dédommagement du propriétaire de l’engin par la compagnie d’assurance, ce dernier revend sa carcasse. Pire, certains agents des compagnies d’assurances trouvent dans cette « enfer » un véritable filon : « Souvent, nos amis des assurances nous indiquent le lieu de l’accident. Pour avoir la carte grise du véhicule il faut l’acheter avec un agent. Une vente très discrète. Car son employeur ne peut pas savoir ce qu’il tisse », nous indique AD, un tôlier en chef dans le dit garage.

Quant à la clientèle, elle est assurée. L’ « entreprise » reçoit 10 à 15 clients par mois. Car, le prix est deux fois plus abordable ici qu’ailleurs. Et pour cause, si une voiture « six chevaux » est dédouanée à 700.000 francs CFA, lui le fait à 250.000F. Même les cadres ont recours aux services de ce faussaire de plaques, pour « pouvoir circuler sans être inquiété par les gabelous ou la flicaille », nous confie un cravaté qui venait de faire immatriculer sa voiture Golf, version 2000.

Aussi, signalons que la plupart des véhicules de transport sont immatriculés par ces « sociétés » fictives.

En attendant, le pari de la guerre contre la fraude est loin d’être gagné. Pour la simple déraison qu’avec cette nouvelle formule d’immatriculation, il est difficile de trier la vraie de la fausse.

Jean pierre James/Le Quotidien de Bamako

Publié dans Mali

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