Dov Zerah, nouveau patron de l'AFD

Publié le par Oussouf DIAGOLA

L’Agence française de Développement (AFD) a enfin un patron : Dov Zerah, un énarque qui a seulement cinq ans de plus que les indépendances africaines mais qui sera, de fait, le vrai président des pays qui répondent au vocable - honni sous Sarkozy - de pré-carré français. Ainsi finit un long suspens qui avait fait circuler une foultitude de noms pour une multitude de raisons.

Claude Guéant confirme sa position de véritable numéro deux, voire de numéro un bis de France et Zerah, l’ancien empereur du coton africain ne tardera pas à revenir sur les lieux d’un crime qu’il a cherché à empêcher par tous les moyens, à savoir le démantèlement des compagnies cotonnières dont Dagris puis Geocoton étaient des actionnaires. Rien qu’au Mali, il sera venu plusieurs fois à la fin des décennies 1990, défendant certes les intérêts de son entreprise et ceux de la France, mais porteur d’une vision de gouvernance économique plus proche des exigences de performance à l’asiatique que de la gestion patrimoniale propre aux tropiques.

De ce point de vue, s’il a suffisamment d’expérience pour se donner un temps d’observation et éviter ainsi de débouler comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, le nouveau patron de l’AFD, indiscutablement, vient pour réformer l’aide française. S’il applique les méthodes qui le caractérisent, nul doute que Zerah apportera plus de flexibilité dans des procédures que plus d’un partenaire africain trouve dissuasive.

Mais en contrepartie, le résultat ne sera pas négociable. Les peuples ne s’en plaindront pas qui attendent aujourd’hui que leur soit démontré l’impact de cinquante ans de coopération qui ont sans doute permis la construction de plus de salles de classe, de plus de centres de santé, mais qui n’ont pas modifié fondamentalement le quotidien africain. Car en 2010, on se croirait encore dans l’univers du XIXè siècle décrit par Eugène Mage dans son récit « Voyage au Soudan Occidental ». 

On le maudira peut-être bientôt dans toutes les langues africaines. Mais pour l’instant, comme au pays d’Houphouët pour souhaiter la bienvenue à l’hôte, on lui dit : Akwaba !

Adam Thiam/Le Républicain (Mali)

Publié dans Mali

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