Divergences dès l'ouverture de la concertation sur les retraites

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Plage-Lit.jpgLa concertation sur la réforme des retraites en France a montré dès son coup d'envoi lundi les divergences entre partenaires sociaux sur la question de savoir qui devra assumer les mesures visant à juguler les déficits.

Après des rencontres bilatérales avec le ministre du Travail, Eric Woerth, Force ouvrière a confirmé son opposition au relèvement de l'âge légal ou de la durée de cotisation et la CFDT s'est dite attachée à l'âge légal actuel de 60 ans.

"Ce n'est pas le début de la concertation, c'est le début de la confrontation", a résumé le secrétaire général de FO Jean-Claude Mailly, qui a plaidé pour une hausse des prélèvements.

Le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, a jugé au contraire qu'il y avait "au moins une chose à peu près certaine, c'est qu'il faudra augmenter la durée du temps de travail" à travers une hausse de la durée de cotisation pour une pension complète (41 ans en 2012).

"Fixer 42 ans en 2020 paraît une mesure qui pourrait être raisonnable", a-t-il dit. Quant à l'âge légal, "il faudra sans doute aussi y toucher", a-t-il ajouté.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, s'est gardée pour sa part de répéter devant la presse sa demande récurrente de relèvement de l'âge légal et a dit espérer un "consensus".

Mais elle s'est à nouveau opposée à une hausse des cotisations, qui pénaliserait selon elle le niveau de vie des Français et la compétitivité du pays. "Nous ne pouvons pas continuer à résoudre la question des retraites par une augmentation régulière des cotisations", a-t-elle déclaré.

"ACCENTUER LES INÉGALITÉS"

Eric Woerth, qui reçoit lundi cinq syndicats et trois organisations patronales, leur a dit que les premières options précises seraient présentées mi-mai et un projet plus détaillé le serait mi-juin, pour un passage au conseil des ministres début juillet. Le gouvernement espère présenter le texte en septembre au Parlement.

Pour François Chérèque (CFDT), aller aussi vite fait courir le "risque de se contenter de faire évoluer les paramètres que l'on connaît et, de ce fait, accentuer les inégalités qui existent".

Citant ceux qui commencent à travailler jeunes, les métiers pénibles ou précaires, les inégalités hommes-femmes, il a dit qu'"il ne saurait y avoir de réforme juste si l'on ne voit pas toutes ces inégalités".

Le maintien de l'âge légal de 60 ans est pour la CFDT "un élément central", a-t-il souligné.

Le prédécesseur d'Eric Woerth, Xavier Darcos, a plusieurs fois présenté un relèvement de l'âge légal ou de la durée de cotisation pour une pension complète comme une conséquence naturelle de l'allongement de la durée de la vie.

Mais Jean-Claude Mailly s'est montré ferme sur ce sujet.

"J'ai confirmé qu'il était hors de question pour Force ouvrière d'accepter ou un recul de l'âge de la retraite ou un allongement de la durée de cotisation", a-t-il dit. "Sur les questions d'âge, il y a un blocage de notre part, là-dessus, il n'y a rien à négocier."

RÉUNIONS THÉMATIQUES

Selon un sondage TNS Sofres Logica pour Europe 1 publié lundi, 56% des Français sont opposés au report de l'âge légal et 38% se disent prêts à manifester ou à faire grève.

Jean-Claude Mailly s'est dit capable de trouver une vingtaine de milliards d'euros de recettes supplémentaires.

"Nous sommes partisans de mettre une cotisation plus forte sur l'intéressement, la participation, les stocks options et de revoir certains dispositifs fiscaux", a-t-il déclaré, citant l'exonération des plus-values sur les ventes d'actions, qui a coûté selon lui 20 milliards d'euros en trois ans à l'Etat.

Pour les sociétés, "on peut aussi très bien prévoir un impôt sur les bénéfices plus fort pour la part distribuée en dividendes que pour la part réinvestie", a-t-il ajouté.

D'autres rencontres seront organisées avec les partenaires sociaux, ainsi que des réunions thématiques sur la pénibilité, l'emploi des seniors, les mécanismes de solidarité et le pilotage des systèmes de retraite. Une série de réunions sur les retraites des fonctionnaires est également prévue.

Le but de cette réforme, dont le président Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont fait leur priorité pour 2010, est de juguler le déficit croissant des comptes de retraite.

Elle doit répondre aux inquiétudes des Français sur la pérennité même du système de retraite, et rassurer les partenaires et les créditeurs de la France sur la capacité du pays à réduire ses déficits.

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2010 prévoit que le déficit du régime général, qui concerne la majorité des salariés du privé, atteindra 10,7 milliards d'euros, après 7,0 milliards estimés l'an dernier.

Reuters

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