Des notables demandent un statut particulier pour préserver la culture, les coutumes, les mœurs et l’architecture de la ville Tombouctou

Publié le par Oussouf DIAGOLA

TombouctouVoici la lettre ouverte adressée au président de la République

 Au nom de Dieu le Miséricordieux par Essence et par Excellence, Que la plus choisie des bénédictions soit sur le Prophète Mohamed, sa famille et ses glorieux compagnons!

Ceci est une lettre ouverte de la communauté musulmane de Tombouctou au Président de la République du Mali.

Excellence, Monsieur le Président,

La communauté musulmane de Tombouctou a été honorée d’avoir, la première, reçue votre visite à l’occasion du Maouloud, la plus grande fête musulmane célébrée ici, une fête qui, cependant, se dénature, comme d’ailleurs beaucoup de choses qui font la spécificité de Tombouctou.

Pendant de longues années, nous avons tiré la sonnette d’alarme, ne recevant autre chose que de vaines promesses. Notre religion est menacée, notre culture et nos coutumes aussi le sont, au nom souvent d’une prétendue démocratie. L’Etat étant une continuité, la présente lettre est adressée à l’institution qu’est le Président de la République, comme dernier recours.

Monsieur le Président,

Tombouctou, ville à 95% musulmane, qui joua un rôle prépondérant dans l’expansion de l’Islam, fut une lumière éclairant le Mali et l’Afrique. Elle est la fierté de notre pays, drainant visiteurs et fonds au profit du développement culturel et économique du Mali. Tombouctou était aussi une référence sur les plans de l’éducation, de la religion et de la culture, tant la décence et la condescendance y étaient de mise.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, Tombouctou n’est plus que l’ombre d’elle- même, enclavée de toutes parts (manque de routes praticables, de voies fluviales navigables, absence de cuve de stockage de kérosène au soi-disant Aéroport international) et exclue de tous les grands rendez-vous. Tombouctou devait abriter, il y a deux décennies, les festivités de l’Hégire, cela s’est terminé par la caricature d’un institut de formation.

Monsieur le Président,

Tombouctou aujourd’hui est troublée par l’outrecuidance d’un Islam plein de zèle, elle qui incarnait la stabilité d’une foi pure. Tombouctou est menacée par la prolifération de mosquées qui, loin de renforcer la cohésion de la  Umma islamique,  sèment la haine et la division. Notre voix, qui plusieurs fois s’est élevée contre cet état de fait a, hélas toujours été étouffée par les mielleux propos, malheureusement sans suite, des autorités régionales.

Monsieur le Président,

Tombouctou est aujourd’hui un véritable podium, marqué par la légèreté des mœurs, l’indécence des habits dans lesquels se pavanent les jeunes filles, elle qui préconisait pour celles-ci une protection d’épi de maïs. Notre voix, là encore, s’est élevée pour discipliner et réglementer, faire respecter les mois sacrés de Ramadan et de Maouloud. Il y a eu des accords avec les autorités municipales, mais aucune mesure n’a été prise dans ce sens. Seule claironne à nos oreilles une prétendue démocratie. La démocratie est-elle perversion ou mécréance? Que Dieu nous en garde!

Monsieur le Président,

Notre fierté, nos richesses, ce sont les Manuscrits, dont une partie se trouve au Centre Ahmed Baba, devenu un Institut sur papier. Tombouctou a failli être délestée de ce précieux trésor et les expositions des Manuscrits se multiplient à Bamako, privant peu à peu la ville de son âme.

Monsieur le Président,

Nous souhaitons de tous nos vœux que les routes Tombouctou-Douentza, Tombouctou-Niono et Tombouctou-Gao s’ouvrent et soient praticables en toutes saisons, que l’Aéroport de Tombouctou soit  ouvert au trafic national et international, que l’Institut Ahmed Baba soit fonctionnel et que soit diligenté le projet de revitalisation de l’ancienne ville de Tombouctou, avec la clôture des cimetières et la réfection des mosquées, et que, plus jamais, ne migrent nos Manuscrits sous le prétexte d’expositions aux desseins inavoués.

Monsieur le Président,

Tombouctou est une ville de saints et d’érudits, nous souhaitons qu’elle ait un statut particulier, pour la préservation de sa culture, de ses coutumes, de ses mœurs et de son architecture. Tombouctou, sur le plan culturel, doit être ce qu’est la Suisse sur le plan financier.

Monsieur le Président,

Nous avons accumulé trop de promesses non tenues, notre voix, maintes fois, s’est élevée, habilement étouffée par des mirages. Nous avons été trop longtemps écartés, beaucoup de nos projets ont ainsi été détournés. Nous voulons que justice soit rendue, que soit rétabli l’antique équilibre, pour un mieux-être de la communauté musulmane.

Monsieur le Président,

Il ne faut pas que Tombouctou soit une ville mystérieuse sans mystères, une ville de paix sans tranquillité, une ville religieuse sans foi, une ville culturelle exclue de la culture, du culte et du développement, en un mot, une enchaînée. Que la Bénédiction de Dieu soit sur Mohamed, fils de Abdallah!

Ampliations:

Président de l’Assemblée Nationale  

Président du Haut C. des Collectivités

Premier ministre                                     

MATCL                                                       

AMUPI                                                       

Président de l’Assemblée Régionale    

Haut Commissaire                                    

Maire de la commune urbaine               

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