Côte d'Ivoire : Gbagbo a rencontré Ouattara

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Les héritiers de Félix Houphouët-Boigny ont vendangé le capital construit dans la fraternité, l’entente et la tolérance. Plongée depuis septembre 2002 dans la crise politique qui a consacré sa partition en deux, la Côte d’Ivoire, jadis havre de paix, peine ainsi à retrouver sa voie.
Parmi les accords signés ça et là, seul celui de Ouagadougou, paraphé le 4 mars 2007 semble toujours tenir la route après avoir soufflé ses trois (3) bougies et ce en dépit des multiples soubresauts. Le dernier en date qui a fait tanguer le navire de la paix sur les bords de la lagune Ebrié est né du problème de la liste électorale avec deux décisions majeures du président Gbagbo le 12 février 2010 : dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI) et du gouvernement.
Il n’en fallait pas plus pour que la méfiance et l’inimitié s’installent davantage entre le camp présidentiel et l’opposition, balayant ainsi l’espoir d’une élection imminente. Chaque partie s’était donc inscrite dans une dynamique de démonstration de force tout en affûtant ses armes pour parer à toute éventualité. C’est dans ce contexte que l’actuel locataire du palais de Cocody a pris l’initiative de dialoguer avec ses principaux adversaire.
En effet, le 10 mai 2010, il a rencontré l’ancien président Henri Konan Bédié, leader du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), à son domicile. L’un des effets bénéfiques de cette entrevue est sans conteste le report de la marche des jeunes de l’opposition samedi dernier, laquelle était qualifiée de tous les dangers avec des risques réels d’affrontements. Pour ne pas s’arrêter là le mari de Simone Gbabgo s’est rendu au domicile du leader des Républicains, Alassane Dramane Ouattara (ADO), une semaine après, précisément le 17 mai. Autour d’une même table pendant 1 heure 20 minutes, les deux hôtes ont réalisé un événement sur lequel bien peu d’analystes auraient parié.
La raison à cela, le président du Rassemblement des républicains est vu comme l’ennemi public numéro 1 du pouvoir en place ; quelqu’un par qui serait née cette crise dont on recherche jusque-là l’issue. C’est dire l’abîme qui sépare les parties, chacune étant décidé à en découdre à tout le moins à travers les urnes. Si le premier Ivoirien a accepté de se rendre au domicile d’ADO, lui reconnaissant le droit d’aînesse, son geste est à saluer à juste titre : “Ceux qui se sont éloignés se jettent des pierres”, dit-on. La vertu du dialogue tient à ce que, s’il est fait de façon sincère, permet de se comprendre et de faire un pas vers l’autre dans l’intérêt commun.
Or ce qui manque aux protagonistes ivoiriens, c’est la sincérité, chacun s’échinant à faire des coups tordus à l’autre en ignorant qu’il faut un minium de renoncement à soi et de compromis lorsqu’on est en quête de paix. Ces 80 minutes de tête-à-tête ont permis aux deux hommes d’afficher leur convergence de vues quant à la nécessité de créer des conditions d’une élection dont les résultats ne seront pas contestés. Pour cela, ils ont convenu d’œuvrer à l’établissement d’une liste électorale “propre” et à la fixation prochaine de la date du scrutin après des rencontres avec le Premier ministre, Guillaume Soro, et le président de la CEI, Youssouf Bakayoko.
Espérons que les rencontres d’échanges directs entre le chef de l’Etat et ses adversaires ne sont pas une simple diversion pour avoir le temps d’autres coups bas. Pour un événement, cette rencontre Gbagbo/Ouattara, au domicile de ce dernier, en a été un ; il reste à réussir la tenue de l’événement tant attendu, c’est-à-dire des élections justes et transparentes le plus tôt possible. La fatigue, elle, est là depuis et visible chez tout le monde.

Abdou Karim Sawadogo/L’observateur Paalga (Burkina)

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