CÔTE D'IVOIRE: Ballet politique pour sauver le processus

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Carte fanion RCILa résidence privée de l'ancien président Henri Konan Bédié a connu, hier, une ambiance particulière. En effet, le Chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, s'y est rendu, pour échanger avec le patron du Pdci- Rda, sur le processus électoral qui semble enlisé depuis quelque temps au regard du contentieux suspendu depuis le 10 février 2010 et dont la reprise divise la classe politique.

On remarquait, outre le secrétaire général du Pdci- Rda, Djédjé Mady qui était aux côtés de Bédié, le ministre de l'Intérieur, Désiré Tagro, qui accompagnait le Président Laurent Gbagbo, la présence du Premier ministre Soro Guillaume et celle du représentant spécial du Facilitateur, Badini Boureima. Pour les uns, cette rencontre était celle de la vérité. Pour les autres, elle était significative dans la mesure où elle permettra de décrisper l'atmosphère qui devient de plus en plus délétère après une période d'espoir.

Quand, après plus d'une heure d'entretien, le chef du gouvernement, Soro Kigbafori Guillaume, s'est adressé à la presse nationale et internationale, sous le regard de toutes les personnalités précitées, il était visiblement heureux tant, «l'ambiance», selon lui, était «cordiale et conviviale». Et d'ajouter : «Nous pensons que c'était utile et nécessaire que le Président de la République, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié puissent se retrouver. C'est une initiative qui consacre la grande volonté d'initier le dialogue et de régler les problèmes par le dialogue. Un dialogue encouragé par la facilitation voulue par le Président de la République et le président Bédié lui-même».

Aux journalistes qui attendaient certainement des informations précises, la date du premier tour de la présidentielle par exemple, le Premier ministre a tout simplement indiqué que les questions de l'actualité politique ont été passées en revue. «Sur toutes ces questions, il y a eu une convergence de points de vue qui permet de faire des progrès non seulement dans le sens de l'organisation d'élections, mais aussi dans le sens de la réunification du pays. Ce qui va sceller la paix durable dans le pays». Toute chose qui, selon Soro Guillaume, achève de convaincre que «c'est une rencontre d'espoir qui n'est pas la dernière». Le Premier ministre a en effet promis qu'il y aura d'autres rencontres. Mais, ce qu'il souhaite que l'on salue, «c'est l'esprit de dialogue, l'initiative ivoirienne d'aller au devant des problèmes, de les régler par le dialogue et de façon pacifique».

Au terme de la rencontre, quelques jeunes militants du Pdci qui, certainement, pensaient que le Président Laurent Gbagbo était venu négocier avec Henri Konan Bédié le report si ce n'est l'annulation de la marche projetée par les jeunes du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), ont manifesté, après le départ des autorités, devant la cour, scandant : «On marchera le 15 mai, on veut marcher le 15 mai...».

FOCUS

Face au blocage du processus de paix en général et du processus électoral en particulier, et surtout face au risque d'explosion que laisse planer la marche du Rassemblement des jeunes pour la démocratie et la paix (Rjdp) du 15 mai, le Chef de l'Etat et son Premier ministre ont décidé d'user du dialogue. Pour décanter la situation, apaiser les esprits, et véritablement relancer le processus de sortie de crise sur les bases de la confiance retrouvée.

C'est dans ce cadre que le Président Laurent Gbagbo, auteur de la célèbre formule : «asseyons-nous et discutons», a reçu en audience, le vendredi 9 mai dernier, l'ancien ministre et membre du bureau politique du Rdr, Hamed Bakayoko, à sa résidence de Cocody. «Le Chef de l'Etat m'a invité à échanger avec lui, ce jour, sur la situation du pays...L'environnement politique est marqué par beaucoup de difficultés, par certains blocages. Nous avons évoqué ces questions-là», a déclaré à la presse ce cadre du Rdr, à sa sortie d'audience. Et Hamed Bakayoko d'espérer: «Je pense que si tout cela peut permettre d'apaiser la situation, la Côte d'Ivoire ne peut qu'en bénéficier». Ce même vendredi, le Premier ministre Guillaume Soro, lui, effectuait un déplacement chez le président du Pdci-Rda, ancien chef d'Etat, Henri Konan Bédié. A sa sortie de la rencontre, le chef du gouvernement n'a pas fait de mystère autour des sujets abordés. Il s'est agi, a-t-il confié aux journalistes, des conditions de la reprise du processus de paix où dominent les élections qui sont elles-mêmes conditionnées par la liste électorale. «Le plus important est qu'on se mette d'accord sur les critères et les conditions de la transparence de cette élection (la présidentielle). Pour le reste, les Ivoiriens aiment leur pays et feront ce qu'il faut pour que dans le dialogue... nous allions à la paix et aux élections», a-t-il déclaré. Déjà le jeudi 8 mai, le porte-parole de l'Onuci, Hamadoun Touré, au point de presse hebdomadaire, annonçait que cette institution est en contact avec les acteurs politiques en vue de «briser l'impasse actuelle» et «dépasser la polémique» créée par le communiqué conjoint de la Primature et de la Cei (celui du 30 avril). L'objectif final, bien entendu, avait insisté le conférencier, est de relancer le processus électoral.

Hier, soit à cinq jours de la marche projetée par les jeunes houphouétistes, le dialogue inter ivoirien a atteint son point culminant. Avec la rencontre entre le Chef de l'Etat et le leader du Pdci, aîné des chefs des partis membres du Rhdp. Mais le report ou l'annulation de la manifestation du Rjdp (qui reste l'urgence des menaces à lever) et la participation du Pdci, du Rdr, du Mfa et de l'Udcpi au pré-contentieux (qui s'est ouvert hier), puis au contentieux selon la nouvelle méthode arrêtée par la Primature et la Cei, ont-ils été atteints ? Les prochains jours nous situeront. Déjà, Guillaume Soro a annoncé d'autres rencontres, même s'il n'en a pas précisé les acteurs. Les Ivoiriens restent les doigts croisés et espèrent que tout cela puisse permettre d'apaiser la situation.

FraternitéMatin (RCI)

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