Congo-Brazzaville : Le projet de changement de Constitution mis en veilleuse

Publié le par Rédaction

 

UrneAu Congo, depuis le retour au pouvoir par les armes du dictateur sanguinaire et corrompu Denis Sassou Nguesso, tout se passe comme s’il y avait une barrière génétique pour les autres Congolais d’accéder au pouvoir. Autrement dit, seuls les Nguesso peuvent diriger le Congo.   

Après avoir maté les Congolais en 1997, 98 et 99 en les bombardant à l’arme lourde, avec l’aide déterminante d’armées étrangères, Sassou Nguesso n’a plus peur de rien au point de se prendre désormais pour le Dieu tout puissant et de transformer le Congo en une propriété de sa famille. Et depuis, enfermés dans leurs certitudes hégémoniques, les membres du clan Nguesso se sentent investis d’une mission quasi-divine qui leur confère un pouvoir absolu et sans fin dans ce pays. Résultat : même ceux parmi eux dont absolument rien ne prédestinait à diriger ce pays se sont mis à rêver d’un destin national par le truchement d’un simple glissement dynastique du pouvoir.   

Comme il a écrasé tout le monde et n’a plus peur de rien en effet, Sassou Nguesso ne s’interdit rien et rêve désormais d’une nouvelle Constitution qui l'autorise à se représenter ad vitam aeternam au poste de président. Dès sa prise de pouvoir en 1997 il avait déjà annoncé clairement la couleur en s’octroyant une transition dite flexible qui a finalement duré cinq ans. Ensuite pour bien montrer qu’il était désormais le seul maître à bord et qu’il entendait assurer sa longévité au pouvoir, il s’ était arrogé tous les pleins pouvoirs à travers une Constitution taillée sur mesure en 2002. Et pour donner l’illusion d’une démocratie, depuis 2002 il organise des scrutins truffés d’irrégularités et qui lui assurent ses réélections successives tout en préparant la prise de pouvoir pour sa progéniture après lui. 

 

Donc pour rester au pouvoir à vie, Sassou Nguesso avait déjà entrepris de modifier sa Constitution de 2002 afin de faire sauter les deux principales dispositions qui limitent à 70 ans l’âge des candidats à la présidence et à deux le nombre maximum de mandats. Tout était déjà presque fin prêt pour imposer un nième changement de Constitution aux Congolais. Seulement voilà, un grand vent de révolte très dévastateur souffle aujourd’hui sur le nord de l’Afrique et balaye sur son passage toutes les dictatures arabes les unes après les autres, même les dictatures les plus féroces sont touchées. Pour Sassou Nguesso et son entourage ces mouvements de révolte dans le Maghreb tombent très mal, c’est en quelque sorte l’invité surprise qui vient déjouer tous leurs plans.

Eh oui, à cause de cet invité surprise et très perturbateur, l’ambiance est à coup sûr bien différente aujourd’hui au sein du pouvoir de Brazzaville. Nous pouvons même dire que c’est la panique à bord au sein du clan et chacun semble réaliser subitement que dans la vie, nul ne peut être maître du temps et des circonstances. Ceux qui, au sein du clan, se voyaient déjà en successeurs potentiels se rendent subitement compte que les marches qui mènent à la succession dynastique sont désormais très escarpées.

Mais face à cette nouvelle donne, le clan ne veut pas désarmer et tente de s’organiser. C’est ainsi qu’au sein même du clan des voix commencent à s’élever depuis quelque temps pour demander à Denis Sassou Nguesso de tout mettre en œuvre pour finir en beauté afin d’éviter de mettre en péril l’ensemble du clan. Et pour eux, finir en beauté cela signifie que le pouvoir doit se racheter au plus vite auprès des Congolais notamment en leur donnant maintenant l’accès à l’eau et à l’électricité, et surtout en mettant un accent tout particulier sur la route Brazzaville/Pointe-Noire. Ils espèrent ainsi continuer à berner les Congolais, qui pourront alors dire que Sassou travaille bien et, in fine, épargner donc à sa famille l’ire du peuple. En clair, il faut tout faire pour que s’il faille perdre le pouvoir un jour, eh bien que les membres du clan ne perdent pas tout ce qu’ils ont déjà pu accumuler (pour garder intacte leur capacité de nuisance ?).

Chacun l’aura donc compris, la crainte de tout perdre un jour est la principale hantise du clan Nguesso. Il convient également de signaler qu’il se murmure aussi dans les milieux proches du pouvoir que si Sassou parvient à donner l’eau et l’électricité aux Congolais et à construire la route Brazzaville/Pointe-Noire, il sera alors plus facile pour lui de faire passer en douceur sa pullule de la modification Constitutionnelle sans que cela ne provoque des troubles dans le pays. En clair, relever le défi de la fourniture d’eau et d’électricité et construire la route Brazzaville/Pointe-Noire puis en faire un tremplin, telle est donc la stratégie du clan pour éviter un soulèvement populaire. Ensuite ils pourront ainsi à coup de propagande se prévaloir de ces maigres réalisations en trompe-l’œil pour modifier la Constitution tout en continuant à marteler leur message fétiche qui présente Sassou en bâtisseur infatigable. L’objectif étant bien entendu de justifier ce changement de Constitution en disant que c’est le peuple qui appelle Sassou à "poursuivre les projets entrepris dans le pays".

Comme chacun peut le constater, Sassou et son entourage ont compris que désormais leur stratégie d’étouffement économique contre le peuple ne porte pas les fruits et risque même de se retourner contre eux. La résolution du problème d’eau et d’électricité ainsi que la construction de la route Brazzaville/Pointe-Noire semblent être leurs dernières cartes pour convaincre les Congolais de demeurer fidèles à Sassou. Ce qui montre avec quelle légèreté Sassou Nguesso et son entourage entendent éviter la révolte populaire qui se profile à l’horizon. Pour eux, les problèmes des Congolais se résument à la fourniture d’eau et d’électricité ou à la construction de la route Brazzaville/Pointe-Noire. En d’autres termes, hormis ces attentes légitimes d’ordre purement social (eau, électricité, soins, éducation, pouvoir d’achat, emplois…), les Congolais n’auraient donc pas, selon eux, soif de liberté, d’alternance du pouvoir, de démocratie et de justice sociale. Que du mépris donc.    

A l’évidence, Sassou Nguesso et son entourage ont une approche très réductrice des attentes des Congolais et ne sont visiblement pas prêts à suivre l’exemple d’un pays comme le Ghana de l’ami Jerry John Rawlings, qui a su concilier le développement économique et la démocratie. C’est pourquoi nous disons que ces mouvements de révolte qui balayent les dictatures dans le monde arabo-musulman nous donnent une chance inespérée de barrer une bonne fois pour toute la route aux plans de Sassou Nguesso de confisquer le pouvoir à vie en nous imposant une nouvelle Constitution taillée sur mesure et de nous imposer ses enfants et neveux.

C’est une opportunité exceptionnelle qui s’offre à nous aujourd’hui dans la mesure où même la France qui s’était toujours cachée derrière la théorie qui consiste à dire qu’elle ne reconnait pas les régimes mais les Etats (ce qui lui permettait de mettre de coté le caractère autoritaire de ces régimes), semble aujourd’hui vouloir revoir sa copie. L’époque où la France pouvait faire ou défaire les présidents en Afrique est aujourd’hui totalement révolue, il n’est pas donc sûr qu’en France tous les soutiens de Sassou continuent de jeter leur dévolu sur lui à l’heure actuelle où tout le monde retient son souffle et joue la prudence tout en ayant cette interrogation en tête : Est-ce que les pays d’Afrique subsaharienne peuvent se libérer de leurs dictateurs ?

 

Aujourd’hui notre plus gros handicap reste le fait que notre société est très atomisée, à tel point qu’il est très difficile de fédérer tout le monde autour d’un objectif commun. Cette faiblesse nous dessert énormément et permet à Sassou Nguesso et son entourage de garder le cap car ils savent qu’il est très difficile d’envisager la possibilité d’une transposition des révolutions arabes chez nous. Il nous faut donc impérativement sortir de la vieille équation politique basée sur la division nord-sud et bâtir une relation de proximité pour que les Congolais du Nord au Sud se connaissent bien et s’apprécient plutôt que continuer à jouer sur les peurs comme le font encore, hélas, certains d’entre eux.

 

Bienvenu MABILEMONO

S.G. du Mouvement pour l’Unité et le Développement du Congo (M.U.D.C.) 

 

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