Cérémonies sociales : D’où proviennent tous ces millions à distribuer aux griots ?

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Boubous.jpgLe Mali est un pays profondément attaché à sa culture. L’arbre ne devant pas cacher la forêt, il y a des pratiques qui méritent d’être moralisées. Parmi elles : la distribution incontrôlée de l’argent dans les lieux de cérémonies sociales. De nos jours, on a l’impression que le Mali n’est pas concerné par la crise économique qui touche le monde entier tant nos femmes, celles qu’on appelle les " gros bonnets ", y dilapident nos francs. Rien que pour se faire voir ou faire preuve d’aisance financière. Mais ce que l’on ne dit pas, l’argent distribué est considéré comme le " prix du louange ". Le hic est que la plupart de ces hommes et ces femmes sont prêts à garder ce nom qui, dans la plupart des cas ne sont pas le leur.

Bako Dagnon le disait sur le plateau de la chaîne de télévision Africable, à l’issue de son émission culturelle " Africa Show ", que le griot n’a pas seulement pour mission de quémander ou de soutirer des sous aux nobles. Mais il a aussi pour mission d’éduquer, de sensibiliser et rendre service à la communauté, tout en nous rappelant les articles I et II de la charte du Mandé qui disent que  : "La société des carquois : cinq (5) classes de marabouts, quatre (4) classes de Niamakalas et une (1) classe de serfs (esclaves).

Chacun de ces groupes a une activité et un rôle spécifique, les Niamakalas se doivent de dire la vérité aux chefs, d’être leurs conseillers et de défendre par le verbe les règles établies et l’ordre sur l’ensemble du royaume.". Ce qui nous certifie que certaines personnes de caste ont lamentablement failli à leur mission. Il est vrai que les nobles se doivent de veiller sur leurs griots et cela est fait dans la norme. Les valeurs sociétales de notre pays font que chaque personne connaît ses origines et ce, grâce à la tradition orale promue par nos griots.

Et chaque famille avait sa lignée de griot qui, de génération en génération, sert avec loyauté sa famille maîtresse qui, à son tour fait tout son mieux, les mettre hors de tout besoin. Mieux, le noble se comporte bien pour ne pas décevoir son griot. Cette tendance est en passe de disparaître à cause de l’extravagance de certains nobles et griots. Que les Niamakalas nous excusent, mais cette situation devient tellement gravissime que nous sommes obligés d’intervenir. Comme le dit un adage bambara : " Si tu n’as pas un ami qui te dit la vérité, paie un ennemi pour qu’il te la dise". Comme nous agissons en amis, nous n’allons pas permettre à ces personnes perdues de payer les frais de leurs actes dans les jours à venir. Car, l’excès de toute chose est nuisible.

Ces gros bonnets, des personnes peu catholiques

Elles sont des héroïnes des nuits bamakoises et des séances de Sumu à travers la ville. Qui sont-elles réellement ? D’où proviennent tous ces millions qu’elles distribuent aux griots et griottes ? Ils sont des hommes et femmes d’affaires ainsi que des épouses ou maîtresses des milliardaires de la place. Ils ne sont qu’une minorité, mais leurs noms sont sur les lèvres de la plupart des jeunes griottes dont la célébrité est indéniable. Nous rencontrons rarement ces personnes dans la rue. Personne ne sait leur quotidien. Ils créent un mythe autour de leur personnalité.

Le cas de cet enfant de Bagadadji, de ce multimilliardaire homme d’affaire parachuté de la Guinée, de cette M. H, de cette F D, qui serait la maîtresse d’un chef d’Etat africain …. pour ne citer que ceux-ci en est la parfaite illustration. Ils offrent villas, des millions, des centaines de grammes de lingots d’or et voitures à ces griots qui sont pourtant leurs bourreaux parce qu’ils les dépouillent tout finalement.

Ces hommes et femmes ont en réalité les noms souillés dans de sales affaires. Certaines sources d’informations les traitent de narcotrafiquants, de vendeuses ambulantes de charmes aux millionnaires, voire aux milliardaires hors du pays, de blanchisseurs d’argent sale, d’arnaqueurs de grosses pointures. Ce qui est sûr, le gaspillage de l’argent facile ne fait du mal à personne. Il est rare de voir une personne cultivée dilapider l’argent d’une manière aussi démesurée. Quelle est la contribution de ces hommes et femmes pour l’épanouissement de leur communauté ?

Malamine Koné, le PDG de Airness est un exemple à encourager. L’on sait d’où proviennent ses sous et il est prêt à aider son pays sur les programmes de développement. Ce qui est évident, ces gros bonnets font des affaires pas bien claires. Ces gens doivent être suivis de près afin d’éviter que notre société ne soit pas victime de leurs pratiques mafieuses.

Car, la drogue et la prostitution ne sont que ruine de l’homme. Nous avons causé avec une femme qui distribue de l’argent aux griots à tour de bras, tenez vous bien : sans compter. Nous l’avons rencontré dans sa boutique qui est presque vide. Elle fait ses affaires entre l’Europe et l’Arabie Saoudite.

Ses révélations sont accablantes : " Il n’est pas possible de faire le gros bonnet dans des séances de Sumu sans faire des choses peu catholiques. Regardez ma boutique, il m’est impossible de donner 500.000 ou 1.000 000 de nos francs sans trouver un moyen rapide de les remplacer. Quand je suis hors du pays, je ne suis plus mariée et j’accepte tout. Mon mari croit que j’y vais vendre des bazins ou de l’encens. Cela n’est qu’une couverture. Il faut se décarcasser pour trouver de quoi se faire du nom.

Comme le dit Fouskass, c’est ça la vie, si tu ne peux pas, tu débarrasse le plancher, et contente-toi de la bouillie sans sucre…", nous dit-elle en riant. En disant tout accepter une fois hors du Mali, que veut-elle nous révéler ? En tout cas, ces femmes qui dilapident des liasses de nos francs ne font pas que leur commerce pour ce forcer un nom.

L’implication des grandes personnes de caste nécessaire

Si Bako Dagnon décrie avec amertume le comportement extravagant des jeunes griots et certains " jatiguis ", elle doit être épaulée en initiant des actions concrètes de sensibilisations dans le cadre l institutionnel.

Nous saluons de passage le RECOTRAD qui ne ménage aucun effort pour qu’à travers la tradition orale, chaque malien sache se reconnaitre à travers ses racines. Il n’est pas mauvais d’être généreux envers les griots, car ce sont eux les garants de la tradition de notre société.

Ce que les sujets du roi ne peuvent pas lui dire, ce sont les Niamakalas qui peuvent lui dire tout haut, sans être sanctionnés. Cependant, le griot non plus ne doit pas nuire à son "jatigui ".

Car, après avoir ruiné le donateur ou la donatrice, il se cherche un autre pigeon à plumer. Le cas du célèbre Foutanga Sissoko dit Baba Sora en est un exemple frappant. Ce dernier a fait preuve d’une générosité inouïe envers tous les griots de Bamako. Mais ruiné, il se retrouve presque tout seul.

Rares sont ceux qui prononcent son nom de nos jours. Encore une fois, nous saluons Bako Dagnon, qui a rendu hommage à un de ses "jatigui" qui vit actuellement des moments difficiles. Elle l’a soutenu pendant que ce dernier était emprisonné et jusque là Bako Dagnon l’encourage et le protège comme s’il était riche.

Cet exemple est rare voire unique. Par ailleurs, nous avons l’impression qu’il y a une rupture générale entre l’ancienne et la nouvelle génération. Car, certains jeunes griots font tout sauf la mission assignée aux griots, mission édictée par les sages du royaume du Mandé.

Pour mettre fin à cette zizanie, chacun doit se remettre en cause et se souvenir de ses racines. " Un descendant de Bambougou N’Tchi ne doit pas se glorifier d’une chanson dédiée aux petits fils de Fakoly et vice versa ", dit un vieux griot. Il faut que les jeunes aient la modestie de s’instruire auprès de grandes personnes.

Certains griots, source de conflits familiaux

Aujourd’hui, si l’on ne dispose pas des milliers billets craquants à distribuer aux griots et griottes lors d’une cérémonie de mariage ou de baptême, on n’est pas considéré, même si on est un parent proche du ou de la marié (e). Donner 1000CFA à une de ces jeunes griottes est considéré comme une insulte à leur égard.

Pourtant, tout le monde n’a pas le même pouvoir d’achat. Ainsi, le plus faible se sent vexé et se réfugie dans son coin s’apitoyant sur son sort. Certaines personnes préfèrent donner une fortune aux griottes que d’aider leur famille.

En tout cas, le Mali est pointé du doigt à travers les petits écrans. L’aspect culturel a complètement laissé la place au désordre dont il faut illico trouver une solution.

L’Annonceur Hebdo (Mali)

Publié dans Mali

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