Guinée : Les violences du week-end dans la capitale font planer de réelles menaces sur le second tour de la présidentielle prévu le 19 septembre

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Carte Guinee ConakryLe deuxième tour de scrutin aura-t-il lieu comme prévu dimanche prochain, 19 septembre ? Rien n’est moins sûr au vu des violences qui se sont déroulées ce week-end à Conakry. Le site d’information Guinée Conakry Infos raconte : « des vandales armés de machettes, des loubards munis de fusils et des jeunes aux lance-pierres, se sont attaqués aux résidences, aux voitures, aux boutiques et enfin aux personnes, dans une furie vengeresse, au nom de l’UFDG ou du RPG (les partis des deux candidats). Samedi et dimanche ont été des jours de violence gratuite entre militants déchainés pour des règlements de comptes sanglants. Le bilan officiel des manifestations est lourd, constate Guinée Conakry Infos : au moins un mort, une cinquantaine de blessés et d’importants dégâts matériels. »
 
Alors, le gouvernement de transition a décidé hier de suspendre temporairement la campagne électorale. Les deux candidats, Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo doivent se rencontrer ce lundi. Mais les médias guinéens affichent leur inquiétude, à l’instar d’Aminata, autre site d’information guinéen. « La Guinée en danger, s’exclame-t-il. Il faut partir du principe que la tenue du second tour le 19 septembre est un constat d’échec. Tous les indicateurs prouvent que cette date n’est ni réaliste ni réalisable. Sauf si l’objectif recherché est de se diriger droit vers l’hécatombe », prévient Aminata.
 
Que va faire Konaté ?
 
Au cœur du conflit : la Céni, la Commission électorale nationale indépendante, dont le président vient d’être condamné à de la prison ferme pour fraude électorale lors du premier tour le 27 juin dernier. Et dont la présidente intérimaire est contestée par le camp d’Alpha Condé, car jugée trop proche de l’autre camp.
Résultat, remarque Aminata : « dans les Etats-majors des deux partis du second tour, on est convaincus que l’adversaire, ce n’est pas l’autre camp, mais la Céni. (…) Et dans l’un ou l’autre cas, il y a des risques que les résultats ne soient pas acceptés, et que la situation vire à l’affrontement. »
 
Et Aminata de lancer un appel en direction du général Konaté, le Président de la transition : il doit « mettre les points sur les i. (…) Son silence, ces jours-ci, frise une attitude démissionnaire ! (…) Le Président de la Transition doit veiller à l’après élection. Il doit savoir qu’il sera comptable devant les hommes et devant l’histoire si cette transition échouait, et le pays est à deux doigts de l’échec. »
 
Pour Tam Tam Guinée, autre site d’information guinéen, « face à une telle situation, il appartient à la Céni de démontrer que techniquement, les conditions de transparence réclamés par les acteurs du processus électoral et les partenaires, sont réunies pour aller aux urnes le 19 septembre. Le cas échéant, on se demande s’il faut pour une énième fois faire appel aux sapeurs que sont Wade, Toumani Touré ou le médiateur Compaoré, pour démêler l’écheveau puisque le président de la transition, Sékouba Konaté ne semble pas être prêt à prendre position, même s’il est le garant de la transition, donc du processus électoral. En attendant, constate Tam Tam Guinée, le bras de fer entre Cellou et Alpha recommence à nouveau. Qui des deux prendra le dessus ? C’est toute la question. »
 
Le syndrome ivoirien
 
Au Burkina, où le président Compaoré est le médiateur dans la crise guinéenne, c’est la consternation. « La Guinée semble gagnée par le syndrome ivoirien », déplore le quotidien Le PaysLe Pays qui se demande si le procès du président de la Céni était vraiment opportun à quelques jours du second tour. Et qui s’interroge encore : « pourquoi cet acharnement à décapiter le processus à une phase aussi délicate ? Retiendra-t-on finalement la date du 19 septembre comme étant celle des élections ? Les Guinéens font-ils toujours confiance au processus ? Les conditions sont-elles réunies pour organiser des élections propres, équitables, en un temps si bref, et dans la paix ? (…) Les acteurs politiques guinéens sont bien en passe de rater leur premier grand rendez-vous avec l’histoire de l’Afrique qui se démocratise », soupireLe Pays.

L’Observateur, toujours au Burkina, s’interroge aussi sur le bien fondé du procès des dirigeants de la Céni : « oui, il y a eu des fraudes massives le 27 juin 2010, oui, il y a des correctifs à apporter et, du reste, la Céni s’emploie à le faire, aidée par le gouvernement (…). Mais est-ce pour autant qu’à une semaine du second tour, on doit décapiter l’institution, déjà boiteuse, chargée de l’organisation de cette élection ? En tout cas, ceux qui ont fait tomber le couperet sur ces dirigeants de la Céni auraient voulu instaurer le désordre dans ce processus électoral qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement », affirme L’Observateur qui en appelle également à la transition : « ces événements, qui mettent en péril le scrutin, prouvent que les autorités de la transition doivent faire preuve de fermeté. Ils prouvent également, poursuit le quotidien burkinabé, que Blaise Compaoré (le médiateur) n’est pas au bout de ses peines et qu’il faudra qu’il s’apprête à jouer les prolongations. »

Rfi

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