Cameroun : 10 capitales régionales interconnectées par câble dans moins d'un an

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Une infrastructure nationale de backbone en cours de réalisation devra permettre d'interconnecter l'ensemble des 10 capitales régionales du Cameroun d'ici à mai 2011 à un réseau haut débit à fibre optique, a annoncé jeudi à Yaoundé un responsable du ministère des Postes et Télécommunications.

Ajouté aux réseaux d'accès, le backbone national sera combiné avec le projet "Réseau de télécommunications haut débit à fibre optique de l'Afrique centrale" ou Central African Backbone (CAB), a expliqué Pierre Sonfack, coordonnateur de la composante nationale, lors du lancement officiel au Cameroun de ce projet concernant par ailleurs la Centrafrique et le Tchad.

"En ce qui concerne le projet CAB, il s'agit d'interconnecter les backbones des différents pays. Il faut également que ces pays- là mettent en place leurs backbones, c'est-à-dire leur infrastructure nationale à haut débit", a outre précisé M. Sonfack.

D'ici peu, a-t-il encore annoncé, les premiers signaux seront perceptibles à partir des liaisons haut débit et des boucles optiques urbaines qui vont se développer à Yaoundé, la capitale du pays, et à Douala, la métropole économique, pour avoir un accès direct à la fibre optique.

Décidé en mai 2007 lors d'un sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) à N'Djamena, la capitale tchadienne, le projet CAB porte sur la pose de 2.660 km au total de câble de fibre optique dont 1.000 km d'infrastructure existante.

Prévu en deux phases, il consiste, d'une part, à l'interconnexion sur plus de 1.000 km du Cameroun, de la Centrafrique et du Tchad en s'appuyant sur la fibre optique posée le long du pipeline Tchad-Cameroun, et d'autre part, à l'extension du réseau aux trois autres pays (Congo, Gabon et Guinée équatoriale) de la CEMAC.

La même extension concerne les 10 pays de la Communauté économique de l'Afrique centrale (CEEAC) qui, en dehors des 6 Etats de la CEMAC, se compose de l'Angola, du Burundi, de la République démocratique du Congo (RDC) et Sao Tomé et Principe.

Dans sa présentation, il est indiqué que ce projet devra permettre aux pays enclavés de la région d'avoir accès au câble sous-marin à fibre optique SAT-3 à partir du point d'atterrissement de Douala ou à d'autres câbles sous-marins en cours de développement sur les côtes de cette partie du continent.

Centre d'accueil des stations terriennes d'Intelsat et de Rascom, Douala s'impose comme un hub pour l'ensemble de la région.

D'après les explications de Pierre Sonfack, le prolongement du réseau de N'Djamena, la capitale tchadienne, jusqu'à la frontière soudanaise à Adré devra permettre de le connecter au réseau en fibre optique soudanais pur s'interconnecter aux câbles sous- marins East African (EASSY).

Autrement dit, il s'agit d'un maillon du grand réseau TAB ( Transfrican Backbone) qui, grâce à une interconnexion entre Douala et Port-Soudan, permettra d'écouler une partie du trafic international de l'Asie vers les Amériques et vice versa.

Pour le cas particulier du Cameroun, la description du développement du backbone national laisse découvrir un linéaire existant de 1.678 km, un projet chinois de l'entreprise Huawei de 3.431 km en cours, 750 km de fibre optique et un projet de 639 km de l'opérateur de l'électricité Aes-Sonel. Les projections annoncent 2.901 km à réaliser d'ici à 2012.

Dans ce pays, la demande sans cesse croissante de la bande passante internationale a favorisé le développement de multiples réseaux à fibre optique sous-marins : ACE avec point d' atterrissement prévisionnel la ville balnéaire de Kribi dans le Sud, WACS avec Limbe, autre ville balnéaire dans le Sud-ouest, comme point d'atterrissement, Main One, GI01, Teams, Seacon, Lion.

Selon le ministre des Postes et Télécommunications, Jean-Pierre Biyiti bi Essam, les services des télécommunications et des technologies de l'information et de la communication ont connu au cours des 5 dernières années un accroissement exponentiel au Cameroun. Mais en même temps, reconnaît-il, le coût des télécommunications reste relativement élevé et l'infrastructure large bande est encore insuffisamment développée.

Egalement, la couverture du téléphone fixe demeure faible, tandis que celle du téléphone mobile, qui garde pourtant une belle capacité d'accélération et de beaux quartiers susceptibles d'intéresser de nouveaux opérateurs, mérite la mention "peut mieux faire".

Le Cameroun a la fâcheuse réputation d'être un pays où les coûts des services Internet sont élevés : 67 dollars US en 2007, alors que la moyenne en Afrique subsaharienne est de 43 dollars et 21 dollars au plan mondial. Une étude de la Banque mondiale en 2008 sur l'indice de développement de la gouvernance électronique des Nations Unies, "e-Gouvernement Readiness Index", l'avait classé 149e sur 182 pays avec un indice de 0,2734.

"Le Cameron est à la traîne en termes d'infrastructure, d'implication et de débit de tous les pays du monde, pas seulement d'Afrique. Il est vrai qu'il existe un gros trou noir entre Kinshasa et N'Djamena et qu'il faut arriver à irriguer ce trou pour que demain les chances des enfants des écoles, des médecins et des entreprises soient les mêmes que celles qui sont à Johannesburg ou au Sénégal", a remarqué à Xinhua Jérôme Bezzina, économiste de la régulation à la Banque mondiale mis à disposition du projet CAB.

Avec un appui de 215 millions de dollars US sur 10 ans dont un premier décaissement de 26 millions de dollars décidé en septembre 2009, la Banque mondiale est le principal bailleur de fonds de ce programme. 200 millions de dollars supplémentaires sont attendus d' autres institutions financières comme la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque islamique de développement (BID).

"L'IUT est un ouvrier qui se met au labeur pour ce projet dont elle est partie prenante de la conception jusqu'à l'aboutissement. C'est un projet très important qui vient compléter le dispositif de connecter l'Afrique, qui est le maître-mot de l'Union internationale des télécommunications pour les Objectifs du millénaire pour le développement dont la date butoir est 2015", a pour sa part indiqué le chef du bureau sous-régional pour l'Afrique centrale de l'Union internationale des télécommunications (UIT) à Yaoundé, Jean-Jacques Massima Landji.

"Il faudrait que, a poursuivi celui-ci, l'ensemble des capitales africaines soient non seulement connectées entre elles, mais interconnectées au reste du monde en ce qui concerne ce qu'on appelle la large bande, c'est-à-dire les capacités de haut débit qui permettent que cette société de l'information soit inclusive, efficace et dynamique grâce au partage des savoirs et de la connaissance de toutes les régions du monde".

 

Publié dans Afrique

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