Burkina : Le nouvel ambassadeur de France inquiète Abidjan

Publié le par Oussouf DIAGOLA

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/jpg/gal_beth_det.jpgAvant même la prise officielle de service du nouvel ambassadeur de France au Burkina, sa nomination fait des gorges chaudes. Les supputations vont déjà bon train du côté de la Côte d’Ivoire, pays où ce dernier a commandé de 2002 à 2003 la force française d’interposition, la Licorne. Quand on sait que du commandement du général Emmanuel Beth, le pouvoir ivoirien n’a pas retenu que des aspects positifs, l’on comprend plus ou moins son inquiétude. 

Car, il est toujours frais dans les mémoires, surtout celles des Ivoiriens, que le bombardement de la flotte ivoirienne s’est passé sous sa direction. Un commentaire visible sur le site du journal du parti au pouvoir de Côte d’Ivoire, à propos de la nomination de ce général français comme ambassadeur au pays des Hommes intègres, pour relever un civil, ne tarit point de griefs à son encontre. L’auteur de l’analyse le tient pour responsable d’une certaine opportunité d’armement des rebelles ivoiriens lors d’une opération de récupération des ressortissants français vivant à Bouaké. 

Lui serait également imputable, la partition du territoire d’Eburnie, toujours selon le journal partisan, qui lui attribue la paternité du concept de zone de confiance. Autant de reproches qui poussent les partisans de Laurent Gbagbo à rechercher des raisons cachées dans la désignation de ce militaire à Ouagadougou, à deux mois de l’élection présidentielle ivoirienne.

La métropole craint-elle une déflagration dans le pays d’Houphouët-Boigny au cas où le scrutin ne se tiendrait pas à la date souhaitée et promise, à savoir le 31 octobre, au point de vouloir positionner un connaisseur du terrain ivoirien non loin de là pour coordonner une éventuelle intervention ? Les opposants au choix de Beth comme premier responsable de la diplomatie française au Faso y répondraient sans ambages par l’affirmative. Une autre opinion, plus modérée, expliquerait l’arrivée du désormais premier des Français au Burkina par le souci commun à la France et à ce pays, de pouvoir profiter de l’appui de son nouvel hôte dans la lutte contre le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne. Une troisième forme de lecture de la situation la considérerait comme un arrangement entre Sarkozy et Compaoré, ce dernier appréhendant la survenue de probables troubles dans son pays, dont il envisage de modifier un important article du texte fondamental.

Mais, toute la polémique suscitée par cette nomination, même si elle venait à être fondée en certains de ses points, peut au final engendrer plus de peur que de motif valable de panique. Etant donné le statut de diplomate du général ambassadeur, le devoir de réserve dont il doit faire montre pourrait être un garde-fou à toute immixtion de sa part dans les affaires des Etats ivoiriens et burkinabè. Et ce sera tant mieux pour l’image de la France.

Le Pays (Burkina)

Publié dans Afrique

Commenter cet article