Attentat public à la pudeur : Le promoteur d’Ibiza aux arrêts

Publié le par Oussouf DIAGOLA

Monument BamakoLa Brigade des mœurs et de la protection de l’enfant a fait arrêter le promoteur de l’un des plus grands night-clubs de Bamako, Ibiza Night-club, Christian Sabbague. Raison invoquée : outrage public à la pudeur.

" Soirée plage… Venez voir les plus belles miss de Bamako en maillots de bains à Ibiza Club. Ça va se savoir. Le plus beau des maillots aura un téléphone…" Ce sont des mots qui accompagnaient les images d’affiches publicitaires sur lesquelles une jeune fille au nombril percé par une boucle d’oreille invitant les mélomanes à assister à un défilé maillot de bain appelé "soirée plage".

Ces affiches, qui pouvaient être vues à travers Bamako, notamment en Commune I, ont choqué beaucoup de citoyens, qui ont cru bon de saisir la Brigade des mœurs. Informée, la structure dirigée par le contrôleur général Ami Kane, a réagi.

Et pour avoir effectivement organisé une soirée dite plage qui enfreint nos mœurs, Christian Sabbague, le promoteur d’Ibiza Club, a été interpellé pour outrage public à la pudeur et placé sous mandat de dépôt par le procureur général. M. Sabbague devra répondre de ses actes devant des jurés en mai prochain. Flash-back.

Dans la nuit du 3 au 4 avril, une annonce publicitaire invite les mélomanes à venir nombreux à une "soirée plage" où des jeunes filles devaient défiler en maillots de bain sexy. Informée la Brigade des mœurs en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés a immédiatement envoyé une convocation à M. Sabbague.

Après l’avoir entendu sur les vrais mobiles d’une telle soirée, il a été sommé d’enlever les affiches. Toutefois, elle n’a pas interdit la tenue de la soirée, croyant qu’avec la sommation, l’exhibition n’aurait plus lieu. Les investigations ont continué.

C’est ainsi que des policiers en civil se sont transportés à la "soirée plage" afin de constater toute entrave aux mœurs. Après le défilé d’un groupe de jeunes filles en jean’s qui, selon nos sources, font perdre leur croyance à des talibans, un second groupe de filles devraient sortir cette fois en maillot de bain comme cela avait été dit sur les affiches.

La source affirme qu’il s’agissait, pour les demoiselles, "d’exhiber leur corps" au plaisir de nombreux curieux. Présents, des policiers se seraient opposés à la séquence attendue par le public. Le défilé en maillot de bain collant n’aura finalement pas eu lieu. Les jours qui ont suivi, le promoteur a reçu une convocation.

Interrogé, M. Sabbague "a avoué n’être pas le seul espace à organiser de telles soirées, mais qu’il est à sa première tentative". Et d’ajouter que le night-club le "Taïga" le fait depuis. Son arrestation a été suivie par celle de son employé Adama Traoré dit Maïcano. Il est reproché à M. Traoré d’être le patron de ceux qui ont collé les affiches à travers la ville.

Les deux hommes méditent sur leur sort à la Maison centrale d’arrêt de Bamako. A la Brigade des mœurs, on affirme ne pas tolérer ces genres de pratiques qui vont à l’encontre des réalités maliennes. "Il faut sauvegarder le peu de dignité que nous avons. Si ces genres de scènes se répètent, que va devenir notre société déjà atteinte ?" s’est interrogée Ami Kane.

Au Mali, la dépravation de nos mœurs trouve son origine dans le laisser-aller de certaines autorités qui se soucient peu des règles qui régissent les bars et restaurants. La première concernée est l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (Omatho).

Bâton dans les roues

Très souvent, il y a un quiproquo entre le service chargé du tourisme et celui chargé du respect des mœurs. Dans la plupart des cas, les bars et maisons closes fermés par les soins de la Brigade des mœurs "pour entraves aux mœurs" sont rouverts avec la bénédiction de l’Omatho et la pression de certaines autorités.

L’autre explication de la dépravation des mœurs est d’ordre éducatif. Il faut surtout dire que l’éducation des Maliens a tendance à "s’occidentaliser". On préfère de plus en plus faire comme les Européens et oublier nos propres cultures... La démission de la société a joué un rôle essentiel, les chansons, danses, de plus en plus obscènes, sont acceptées et diffusées en masse par les radios ou la télévision. Rien ne semble plus choquer le Malien, aucune politique de socialisation, ni de moralisation.

Les acteurs sociaux sont invisibles. Pourquoi ne pas faire comme le gouvernement gabonais ? En 2009, un texte pour protéger les jeunes contre la dépravation des mœurs a été pris par ses soins. Le gouvernement a interdit aux enfants de moins de 16 ans de circuler ou de se retrouver dans un lieu public, après 22 h s’ils ne sont pas accompagnés de leurs parents ou de leurs tuteurs.

Il leur est également interdit d’entrer dans les débits de boissons ou tout autre établissement destiné à la consommation de boissons alcoolisées, accompagnés ou non de leurs parents. Le pays du défunt président El hadj Ondimba Bongo a aussi interdit d’ouvrir les débits de boissons et autres entités destinées à la consommation des boissons alcoolisées aux abords d’établissements scolaires et universitaires.

A Libreville, les gestionnaires des débits de boissons et des entités émettant des nuisances sonores ont été invités à fermer leurs établissements à partir de 22 h, sous peine de sanctions.

Au Mali, d’aucuns diront que la mesure est trop restrictive. Un petit tour dans les quartiers de Bamako suffit pour se rendre compte qu’il est temps, pour les plus hautes autorités du pays, de penser à mettre un peu d’ordre ne serait-ce pour renforcer les pouvoirs de la Brigade des mœurs. L’avenir du pays en dépend.

Amadou Sidibé/Les Echos (Mali)

Publié dans Mali

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